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Pourquoi Surface Phone est la dernière chance de Microsoft sur mobile

Attendu comme le messie, le Surface Phone porte sur ses épaules plus que le devenir d’une gamme. C’est toute la stratégie de Microsoft qu’il devra incarner et porter aux nues. Avec le risque d’un nouvel échec… qui serait sans doute le dernier.

4,5 millions seulement. Lors du dernier trimestre fiscal, Microsoft a vendu 4,5 millions de smartphones Lumia, malgré les derniers-nés de la gamme (les Lumia 950 et 950 XL). Malgré Windows 10. Pour mémoire, Samsung a écoulé 81,3 millions de mobiles pendant la même période, Apple 74,8 millions, Huawei 32,6 millions et même Lenovo-Motorola affiche un insolent 20,2 millions d’unités vendues selon Strategy Analytics.

Mal en point

Dire que les Lumia sont un échec est un euphémisme. Il suffit de voir leurs parts de marché décroître ou stagner avec constance au fil des années pour constater que quelque chose ne va pas. Ou de retenir qu’entre 2015 et 2016 d’une même période de l’année fiscale à l’autre, les ventes de Lumia ont chuté de 57% pour comprendre l’ampleur du désastre !

En 2015 (chiffres publiés en août et portant sur le deuxième trimestre), IDC indiquait que les Windows Phone représentaient 2,6% de parts de marché, contre 13,9% pour les iPhone et 82,8% pour les smartphones Android…

Un problème historique

Trop geek et mal pensé pour un monde du smartphone chamboulé par l’iPhone, Windows Mobile a mué en 2010 pour devenir Windows Phone 7. Un nouvel OS qui était une vraie renaissance, à la fois ergonomique et fonctionnelle.

Mais Microsoft a multiplié les faux pas. Il a notamment coupé les ponts avec les versions précédentes de Windows mobile et les parts de marché qu’elles représentaient. Windows Phone 7 avait aussi l’ambition de se rapprocher de Windows sur PC. Une bonne idée… malheureusement plombée par la catastrophe industrielle qu’a été Windows 8.  

Comme si cela ne suffisait pas, le rachat de Nokia pour 5,44 milliards d’euros, en septembre 2013, n’apparaît finalement que comme l’acquisition de brevets et d’une marque en déclin là où Microsoft espérait sans doute acheter un accélérateur d’activité. Un autre échec : les milliers de licenciements qui ont suivi en sont la preuve.

Surface Phone, la tentation de l’esprit d’Apple…

Microsoft semble dans une situation impossible, condamné sur le mobile. Pourtant, il est difficile d’imaginer que les contrecoups de la stratégie portée par Steve Ballmer et Stephen Elop ne puissent être corrigés quand on s’appelle Microsoft et que l’enjeu est si important.

Depuis son arrivée à la tête du géant de Redmond, Satya Nadella déroule une stratégie nouvelle, qui veut se défaire des ratés de l’équipe précédente. Un futur qui se construit sans Lumia. Le destin que Microsoft se dessine fait penser par certains aspects à la fusion de plusieurs lignes : celles de Google et d’Amazon pour les services et celles d’Apple pour les produits.

Lors de l’annonce de Surface Pro 4 et de Surface Book, Panos Panay avait à la bouche le crédo sans cesse répété de Steve Jobs : l’intégration du logiciel et du matériel. Les Surface Pro 4 et Book, surtout, en sont l’incarnation et connaissent un beau succès de ventes. Microsoft annonce une hausse de 29% du chiffre d’affaires pour les produits Surface, explosion en grande partie liée à ces deux nouveaux produits.

Avec le Surface Book, Microsoft a prouvé qu’il était capable de concevoir un appareil qui tire pleinement parti du logiciel qu’il a conçu. Un produit séduisant et innovant, comme on n’en voit plus tellement.

Surface Phone, plus qu’un produit

La rumeur d’un Surface Phone, confirmée à demi-mots par des dirigeants de Microsoft, laisse planer l’espoir d’un smartphone d’exception qui changerait la donne. Mais le Surface Phone ne devra pas seulement être un produit plus innovant que les autres. Il lui faudra détourner les utilisateurs d’iOS et d’Android vers lui et pour cela il lui faudra de sacrés arguments. Il lui faudra aussi sortir de ce cercle vicieux qui a largement contribué à l’échec des Lumia : peu d’utilisateurs, donc peu de développeurs, donc peu d’applis… Donc encore moins d’utilisateurs.

Microsoft a prévu des voies possibles pour pallier l’absence d’écosystème autour de ses mobiles. Les applications universelles, censées permettre de retrouver la plupart des programmes PC sur smartphone, en sont une. Le projet Windows Bridge for iOS, qui promet de faciliter le portage des applications iOS vers Windows 10 mobile, en est un autre.

La victoire ou la défaite victorieuse ?

Mission impossible ? Avec le Surface Phone, Microsoft doit reconstruire une image, reconstruire une relation avec des utilisateurs qui l’ont quitté ou qui n’ont jamais eu envie d’utiliser Windows Phone. 

Le Surface Phone devra donc accomplir de révolution technique, applicative et d’usage. Ce smartphone-fantasme a tous les airs d’un mouton à cinq pattes, d’une inaccessible étoile. 

En abandonnant les Lumia, et en misant sur un produit qui pourrait être seul dans sa gamme et positionné comme un smartphone très haut de gamme, Microsoft joue sa dernière carte. Ses poches ont beau être profondes, le Surface Phone semble être son ultime chance de réussir. Si cet appareil devait échouer ou ne jamais voir le jour, Satya Nadella a toutefois déjà prévu une autre voie, une autre approche « platform agnostic ». Fini le temps ou Microsoft ne développait presque exclusivement que pour Windows : désormais, l’entreprise est fière de dire qu’elle est l’un des plus gros éditeurs de logiciels iOS ou Android.

C’est cette vision du monde, où les querelles de clochers semblent oubliées, qui permet par exemple à Cortana, l’assistant personnel numérique de Windows, de se retrouver sur iOS ou Android. L’esprit mobile de Microsoft se « dilue » alors pour être partout. Si le Surface Phone devait échouer, Microsoft aura encore la possibilité de se greffer sur les smartphones de ses concurrents.

Une manière de continuer l’aventure mobile en étant présent sans s’encombrer du matériel. Une omniprésence victorieuse qui ne fera pas oublier ses échecs patents.

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Pierre FONTAINE