Passer au contenu

Test : Google Home est-il vraiment utile ?

Fraîchement débarquée en France, l’enceinte connectée et intelligente de Google utilise exclusivement la voix. Présentée par beaucoup comme une interface d’avenir, est-elle pour autant aussi efficace celles que nous utilisons déjà ?

Disponible aux Etats-Unis depuis novembre 2016, Google Home est enfin disponible en France ce 3 août, pour 149 euros. Ce délai s’explique par la difficulté à adapter en français Google Assistant, le cœur logiciel de l’appareil. Syntaxe, compréhension, langage naturel et particularités culturelles locales doivent être déclinés pour chaque pays, comme nous l’expliquait Gilles Drieu, directeur de l’ingénierie du projet chez Google.

Très attendue, l’enceinte connectée et intelligente promet monts et merveilles. Plus besoin de sortir son smartphone ou sa tablette, il suffit de lui demander tout ce que l’on veut, de manière absolument naturelle, comme si l’on parlait à un ami de manière informelle. Questions de culture générale, lecture de musique, contrôle des objets connectés de son foyer, lecture de vidéos, recettes de cuisine, traduction ; tout y passe ou presque. Mais au quotidien, est-ce que l’expérience est assez fluide pour adopter cette interface vocale ?

01net.com – A chaque requête, des lumières apparaissent sur la partie supérieure de Google Home.

La reconnaissance vocale marche parfaitement

Commençons tout d’abord par ce qui fonctionne très bien. Google Home répond de manière précise à des tas de questions… avec une voix féminine, douce, quoique un peu chevrotante. « Qui est l’homme le plus riche du monde ? » L’Assistant source Forbes pour nous raconter que Jeff Bezos l’est devenu il y a peu. « Ecouter les Foo Fighters. » Là encore, l’enceinte va piocher sur notre compte Spotify pour lire une chanson idoine. « Allume les lumières du salon. » Les trois ampoules Philips Hue de la pièce s’allument l’instant d’après. « Quelles sont les dernières informations ? » Le flash le plus récent de France Info est alors lu. « Souviens-toi que l’anniversaire de Jérome, c’est le 25 août » Home enregistrera cette information et sera ensuite en mesure de la régurgiter.

D’autres requêtes peuvent également s’avérer pratiques. Home profite par exemple de l’intégration de Google Traduction : vous pourrez l’utiliser pour traduire des mots voire des phrases complexes en de nombreuses langues. Il est également incollable en maths : vous pourrez l’utiliser son brillant cerveau pour vous dispenser de calculer mental (« 984,25 + 12 % », par exemple) ou convertir des devises ou des mesures.

Tout cela marche à la perfection : les deux microphones intégrés reconnaissent très bien notre voix, où que l’on se trouve dans la pièce. Pas besoin de parler fort ou de se tourner systématiquement vers l’enceinte.

01net.com – Situé à l’arrière de Google Home, le seul bouton de l’appareil permet de couper les microphones.

Pour parvenir à cela, il faut toutefois largement configurer en amont ces services via l’applications Home, disponible sur Android et iOS. On devra y renseigner ses identifiants Spotify, sur quelle radio on préfère écouter les infos ou encore se connecter à son compte Philips Hue. Cette dernière manipulation n’a d’ailleurs pas fonctionné sur l’application iOS, nous avons dû passer par la version Android pour nous authentifier. Soyons donc bien conscient qu’une bonne partie des fonctionnalités de Google Home ne sont pas magiques et demandent une importante séance de configuration avant de pouvoir les utiliser pleinement.

C’est également parmi ces préférences que l’on configure les paramètres de sa journée. En demandant ensuite le programme de sa journée à Google Home, l’assistant détaille la météo, le temps de trajet vers notre travail, nos prochains rendez-vous et un point sur l’actualité. 

Il est également possible de lier Google Home à un Chromecast branché sur la télé du salon, ce qui ouvre un nouveau champ de possibilités. Vous désirez regarder la dernière vidéo de 01netTV ? Il vous suffit de demander « Lance 01netTV sur Youtube » pour activer le Chromecast et a accéder au contenu sur votre petite lucarne. Cela marche de la même façon pour Netflix « Lance Black Mirror sur Netflix » ou pour vos photos hébergées sur Google Photos (« montre-moi mes photos de New-York», par exemple). C’est assez bluffant !

Parfois, ça dérape

Mais la magie a aussi parfois du mal à opérer. Il arrive par exemple que sur nos trois ampoules connectées, l’une d’entre elle ne réponde pas à notre sollicitation. Seulement deux s’allument, quand la troisième demeure mystérieusement éteinte. A titre de comparaison, nous n’avons jamais constaté le phénomène en passant par l’application Hue ou en ordonnant la même chose à Siri via un iPhone.

On se demande aussi parfois l’utilité de certaines fonctions. Par exemple sur l’intérêt de demander une recette de cuisine. « Quelle est la recette du couscous ? » Google Home égrène alors une longue série d’instructions, tirées du site Marmiton, d’une voix monocorde digne d’une annonce de la SNCF. Autant dire qu’il est bien plus simple et efficace d’aller chercher directement la recette sur le site, plutôt que d’essayer de prendre des notes.

Difficile aussi de ne pas être déçu du son produit par Google Home. La marque présente l’appareil comme une vraie enceinte musicale. Dans les faits, les trois haut-parleurs intégrés sont largement moins bons que la plupart des enceintes Bluetooth classiques. L’essentiel du spectre audio se trouve dans les médiums. Autant oublier la profondeur des basses et les détails permis par les aigus.

01net.com – Trois haut-parleurs équipent Google Home.

Et souvent, c’est le bug

Outre ces comportements approximatifs, certaines fonctions manquent de précision ou ne marchent tout simplement pas. Exemple : « A quelle heure est la prochaine séance pour La Planète des singes au MK2 Gambetta ? ». Difficile de faire plus précis que cela. La même recherche avec ces mots clés sur le moteur de Google nous donne une réponse. Pourtant, Google Home cale de manière incompréhensible sur ce type de questions en se contentant d’indiquer dans quels cinémas à proximité le film est projeté.

Même chose lorsqu’on lui demande les horaires de fermeture de la Fnac. Sans problème, le moteur de recherche nous géolocalise et affiche la réponse du magasin le plus proche. Mais à la question « à quelle heure ferme la Fnac », Google Home est incapable de répondre, se contentant de nous indiquer l’adresse d’un magasin proche. Pour parvenir à nos fins, il faut énoncer précisément « Quels sont les horaires de la Fnac ». Pas très intuitif…

Dernier exemple raté, l’impossibilité de nous donner le restaurant le plus proche, Assistant nous indique un établissement à plusieurs kilomètres de chez nous. Une nouvelle fois, une simple recherche du mot « restaurant » sur Google indique les plus proche du lieu où l’on se trouve.

Notons toutefois quelques particularités locales sympathiques, mais qui servent surtout aux démonstrations. Google Home n’hésite ainsi pas à sortir les mots « biloute » ou « chocolatine » si on lui demande s’il connait le ch’ti ou le Sud-Ouest. « J’ai de la chance » déclenche un jeu de culture générale en cinq questions digne de Question pour un champion. Sympathique pour épater ses amis, mais lassant au bout de quelques manches. On aurait bien aimé varier les plaisirs par exemple en pouvant jouer à un blind test.

Terminons enfin sur une interrogation quant à notre vie privée. De manière très peu surprenante, comme sur l’ensemble des services Google, l’intégralité des interactions est enregistrée par Google Home. Le bon point est que l’on peut y accéder et les gérer si on le désire. Le mauvais point est que Google accède à ce genre d’informations pour affiner un peu plus votre profil publicitaire. Il faut aussi accepter d’avoir chez soi un microphone supplémentaire, en plus de celui de son smartphone, de sa tablette, voire de son téléviseur, qui peut être hacké à tout moment. 

Une immense marge de progression

Après quelques jours passés à utiliser Google Home, on en sort finalement avec un sentiment mitigé. Passées les premières heures de découverte, agréables et parfois bluffantes, on tourne un peu en rond, lassé par les « désolé, je ne comprends pas » qui reviennent très souvent dans la bouche virtuelle de Home.

Car dès que l’on veut aller un peu plus loin dans l’utilisation, on se rend compte des limites encore importantes de Google Assistant, que ce soit en matière d’intelligence artificielle, de langage naturel et de système conversationnel.

Impossible d’utiliser Home comme un secrétaire pour ajouter contacts, entrées d’agenda, lire vos mails ou vos notifications Twitter par exemple. Home est aussi énervant : votre groupe préféré a un nom bizarre ? Il vous faudra sans doute vous y reprendre à plusieurs reprises, voire feinter, pour que Google Home parvienne à lancer une chanson dans Spotify. Vous pensiez pouvoir entretenir une vraie conversation avec Assistant, en demandant des précisions sur une question que vous venez de poser ? La plupart du temps, cela ne fonctionnera pas. C’est d’autant plus frustrant qu’il faut répéter le fameux « OK Google » avant chaque commande, ce qui à force devient pénible.

Dommage enfin que bon nombre de services tiers ne soient pas encore gérés dans la version française. Sur la mouture américaine de Home, ceux-ci apportent un avantage non négligeable au produit en étendant largement ses possibilités.

Google Home est un produit extrêmement ambitieux… Qui révèle le manque de maturité des assistants vocaux. Souvent présentée et pressentie comme l’interface du futur rêvée dans de nombreux films de science-fiction, la voix est encore loin d’être aussi pratique à utiliser que les interfaces tactiles de nos smartphones.

Le travail abattu par les ingénieurs de Google pour arriver à ce résultat est déjà immense, mais si vous craquez, mieux vaut savoir que vous serez forcément confronté aux mêmes déconvenues que nous. Elles sont certainement de moins en moins nombreuses au fil du temps : Google ne cesse d’améliorer Assistant et va évidemment profiter des retours des utilisateurs français pour peaufiner son engin. Il n’empêche qu’il en faudra encore beaucoup plus pour qu’on préfère demander à une enceinte d’éteindre la lumière du salon plutôt que d’appuyer sur l’interrupteur en sortant de la pièce.


Jean-Sébastien ZANCHI
Journaliste