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Reboot : dix jeux cultes qui remettent le couvert

Moins risqué que la suite, plus chic que le remake, le reboot permet à une série vieillissante de prendre un nouveau départ. Voici dix sagas cultes qui se sont réinventées, chacune à sa manière.

Prenez une série culte, mais en perte de vitesse. Troquez ses vieux graphismes pour une 3D flambant neuve, réinventez son principe en vous inspirant des titres à la mode, et, surtout, effacez toute référence aux opus précédents sur la jaquette du jeu. Si on vous le demande, dites que vous faites tout ça pour « retrouver l’esprit des débuts et revenir sur les origines de la saga ». Félicitations, vous avez accouché de votre premier reboot !

Retour sur les différentes occurrences d’un phénomène très à la mode ces derniers mois.

Prince of Persia – The Sands of Time

C’est sans doute l’un des premiers reboots de l’histoire du jeu vidéo, ou du moins, le premier à égaler, voire à dépasser, le succès de la série originale. Les équipes d’UbiSoft avaient la difficile tâche de faire oublier la première trilogie, avec ses deux premiers épisodes mythiques et un troisième, en 3D mais doté d’une caméra et de contrôles catastrophiques, à l’héritage tout aussi lourd. En modifiant radicalement le rapport à la plate-forme (revue à la sauce cabriole) et au temps (PoP n’est plus une course linéaire et chronométrée, mais une boucle qu’on peut remonter à sa guise), le Prince of Persia nouveau reprend les éléments qui ont fait le succès de son aîné, tout en les arrangeant à la sauce 2003. Le jeu est un énorme succès : la nouvelle trilogie est lancée, et sera elle-même rebootée… deux fois.

Doom 3

Id Software a érigé le reboot au rang d’art. Il faut dire que ses jeux, conçus davantage comme des démos technologiques que comme des univers, sont, sauf exception, plus beaux que profonds. Dans ces conditions, faire table rase du passé ne leur demande pas beaucoup d’efforts. Première expérience en la matière, un Return to Castle Wolfenstein qui reprenait de très loin l’intrigue du père des FPS, Wolfenstein 3D, sorti 10 ans plus tôt. Il connaîtra d’ailleurs une suite. On pourrait aussi parler de la série Quake, qui s’auto-reboote quasiment à chaque épisode, en troquant allègrement les démons du premier opus contre des extraterrestres dans Quake II et IV, avec, au milieu, un Quake III sans identité bien marquée et au gameplay, uniquement multi, qui n’avait rien à voir.

Pour les besoins de la démonstration, en retiendra Doom 3, qui, en 2004, propose une relecture audacieuse de l’épisode fondateur : on joue toujours un space-marine, sur Mars (même si les jeux précédents se passaient en fait sur les satellites de la planète rouge), luttant seul contre une invasion de démons, zombies, et autres Imps. Sauf que cet univers fourre-tout est rationalisé, rendu plus compact, plus crédible, quitte à perdre en route la dimension « ultrabourrine » et défoulante des épisodes originaux, au profit d’une ambiance purement horrifique.

Bionic Commando

Bien que ses univers soient pourtant bien plus forts et marqués que ceux d’Id, le studio japonais Capcom est lui aussi tenté par le reboot de ses séries. L’occasion pour lui de rajeunir et d’élargir son public, notamment en Europe et aux Etats-Unis. D’où cette idée a priori géniale : faire développer ses nouveaux jeux par des studios occidentaux. Premier à faire les frais de cette nouvelle politique : Bionic Commando, licence culte, mais plus ou moins perdue de vue depuis les années 80. Grin, un studio suédois, s’attaque tout d’abord à un excellent remake (Bionic Commando Remarmed), puis, en 2009, à un sympathique reboot en bonne et due forme, avec une nouvelle histoire et un nouveau gameplay tout en 3D. Las : c’est un bide retentissant. L’année suivante, le catastrophique Dark Void, un autre jeu développé en Occident, convaincra Capcom d’arrêter les frais et les développements outre-Pacifique.

Grin, à la même époque, travaillait aussi pour un autre mastodonte nippon, Square Enix, qui l’avait chargé de « ré-inventer » et d’occidentaliser l’univers Final Fantasy. Mais peut-être à cause de l’échec Bionic Commando, Square Enix semble changer d’avis en cours de route. D’après Grin, le japonais n’aurait cessé de lui mettre des bâtons dans les roues afin de couler le titre. Le jeu ne sortira jamais, et Grin finira par déposer le bilan.

Castlevania : Lords of Shadow

Castlevania, c’était jusqu’ici un jeu de niche, dont chaque épisode était salué par la critique et attendu par les aficionados, mais qui tournait un peu en rond. Vingt ans d’exploration, de combat contre les vampires, à peu près autant de jeux, et une histoire complexe s’étirant sur des dizaines de générations. Du coup, en 2010, quand il a fallu réinventer son gameplay, Konami et les Espagnols de MercurySteam en ont profité pour mettre aussi à plat sa mythologie. On découvre donc ici la naissance du clan Belmont et les origines de sa lutte contre Dracula, même si les producteurs insistent sur le fait que l’histoire contée ici ne prétend pas s’inscrire dans le « canon » de la série principale. Pour ce qui est du jeu proprement dit, MercurySteam, sous le très haut patronnage d’Hideo Kokima (monsieur Metal Gear), a préféré au cocktail d’exploration et de beat’em up des originaux un mélange entre God of War et Shadow of the Colossus. On a connu références moins lourdes à porter. Et pourtant, bien que perfectible, le résultat est plutôt convaincant.

Medal of Honor

Le reboot, quand on est une série agonisante, voire décédée, c’est le meilleur moyen de faire oublier son passé poussiéreux et de faire plus « djeunz ». La série Medal of Honor a connu des débuts retentissants, en 1999, avant de rapidement sombrer dans la médiocrité quand les développeurs d’origine sont passés à la concurrence pour travailler sur… Call of Duty. En 2010, bien décidé à récupérer sa couronne, et comme Call of Duty avant lui, ce Medal of Honor next-gen abandonne les riants rivages d’Omaha Beach pour ceux du golfe persique. Tout en effaçant prudemment de son nom toutes références aux 153 épisodes antérieurs.

Mortal Kombat

Le cas du neuvième Mortal Kombat (MK) est épineux. Sur le papier, il s’agit bien d’un reboot, puisqu’il revisite l’histoire des trois épisodes fondateurs, tout en faisant l’impasse sur ce que les tristes opus post 1995 ont apportés (à part la 3D). Un reboot donc, mais aussi une suite : tout commence à la veille du tout premier tournoi de Mortal Kombat, celui que raconte MK1. Raiden, le protecteur du Royaume Terre, a une vision de la fin du monde consécutive aux événements de MK8. Dès lors, il n’aura de cesse que d’essayer de modifier le cours de l’histoire, et ainsi de sauver le monde. Au-delà de son pitch uchronique, ce Mortal Kombat cuvée 2011 est surtout l’un des meilleurs épisode de la série, qui opère ici un salutaire retour aux racines tout en s’inspirant du succès de jeux récents comme Street Fighter IV.

Hunted : The Demon’s Forge

Le reboot, Brian Fargo, ça le connaît. On lui doit déjà The Bard’s Tale, sorti en 2004, reprenant les grandes lignes d’une série de jeux de rôle des années 80. Hunted s’inscrit dans cette même mouvance : il s’agit en fait du reboot de son tout premier titre, Demon’s Forge, un jeu d’aventure de 1987 et dont à peu près personne ne se souvient. On se demande un peu la raison de cette résurrection, d’autant que l’opus 2011, dungeon-crawler musclé et axé coopération, n’a vraiment pas grand-chose à voir.

La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas impossible que Wasteland, un autre jeu de Brian Fargo, fasse un jour les frais de sa « rebootite aiguë ». C’est du moins ce qu’il déclarait en 2007, après avoir racheté les droits de la série. On adorerait voir ce jeu de rôle post-apocalyptique renaître de ses cendres radioactives, tout en étant conscient de l’ironie de la situation : le tout premier Fallout, sur lequel a travaillé Fargo, était déjà, d’une certaine façon, un reboot de Wasteland.

Kid Icarus Uprising

Nintendo a bonne mémoire, et n’oublie jamais les héros qui ont fait sa renommée. Donkey Kong, Mario, Link, Samus, et tant d’autres personnages vieux parfois de trente ans : tous ont régulièrement droit à de nouveaux jeux à leur gloire. Pourtant, une poignée d’entre eux a été laissée sur le carreau, comme le dragon de Devil World, les jumeaux d‘Ice Climber, ou encore Lolo, le lointain cousin de Kirby. Mais celui qui manque le plus aux fans, c’est sans doute Pit, le héros de Kid Icarus, dont on est sans nouvelles depuis 1991. Depuis trois ans, et son apparition au casting de Super Smash Bros Brawl, on était à peu près sûr qu’il finirait par revenir sur le devant de la scène. Nintendo officialisera la chose en 2010, en annonçant Kid Icarus Uprising pour la 3DS. On l’attend toujours, mais il ne devrait plus tarder : le nouveau Kid Icarus est prévu pour la fin de l’année aux Etats-Unis, et probablement pour début 2012 en Europe.

XCOM

Avant de se perdre en spin-off malheureux, les tous premiers X-COM ont fait le bonheur des amateurs de stratégie (dont le premier épisode s’appelait UFO, sans pour autant avoir de lien direct avec la série UFO des années 2000 qui lui rend pourtant hommage, vous suivez ?). Et c’est avec une joie mêlée d’appréhension que ces mêmes fans voient leur jeu préféré revenir sous une forme sensiblement différente. Terminé l’escadron qu’on contrôle en vue du dessus : XCOM est désormais un FPS, même si on peut s’adjoindre les services de quelques coéquipiers, dont il est toujours possible d’améliorer l’équipement entre les missions. Terminé aussi, le tour par tour et les déplacements millimétrés : le XCOM nouveau, plus axé action, est en temps réel mais devrait permettre de ralentir le temps. Terminé enfin, le contexte historique, un futur proche incertain : cette fois, les extraterrestres ont débarqué au début des années 60. Bref, le studio 2K Marine semble avoir fait des choix risqués, mais qui pourraient se révéler payants. Les premières images sont alléchantes, et on a hâte de vérifier ça manette en main, en mars prochain si tout va bien.

Tomb Raider

Dernier reboot de notre liste, mais pas des moindres : celui des aventures de la belle Lara Croft. Après avoir révolutionné le jeu 3D, puis s’être perdu avec des opus médiocres, avant un retour en grâce à la faveur d’une nouvelle trilogie solide, mais pas très audacieuse, Tomb Raider est une saga fatigué. Et Lara, après quinze ans de cabriole, accuse le coup. C’est donc un sérieux lifting que lui offrira Crystal Dynamics à l’automne 2012, en nous racontant comment la riche héritière s’est muée en Indiana Jones au féminin au contact d’une nature hostile. A des années-lumières de l’image d’impeccable bimbo trapéziste qui a fait le succès, puis le kitsch, de la série, ce nouveau départ semble devoir autant au jeu d’aventure qu’au survival sado-masochiste.

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Corentin Raguenes