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Nos smartphones pourront-ils bientôt utiliser les communications satellites pour accéder à Internet ?

L’intégration du satellite au réseau mobile est en marche. La normalisation progresse et les premiers smartphones compatibles pourraient être commercialisés dès 2024.

La conférence de rentrée d’Apple du 14 septembre dernier a été précédée d’une folle rumeur. Les iPhone auraient été sur le point de se connecter à des satellites pour passer des appels d’urgence en s’appuyant sur les services de l’opérateur Globalstar. Même si Apple n’a finalement rien annoncé en ce sens, l’idée d’obtenir une liaison satellite sur un smartphone ne relève aujourd’hui plus de la science-fiction.

Les constellations en orbite basse seront privilégiées

Pour commencer, de gros progrès ont été réalisés ces dernières années par l’industrie de la téléphonie mobile pour prendre en charge davantage de fréquences.
La 5G a été en effet l’occasion de s’ouvrir aux ondes millimétriques qui sont comprises entre 24,5 et 27,5 GHz en Europe. Or, elles sont proches de certaines bandes comme la Ka, qui se situe entre 26,5 et 40 GHz, et qui est utilisée pour le Haut et Très Haut Débit satellitaire. Il ne serait donc pas impossible d’y connecter des smartphones.

Il reste tout de même quelques difficultés techniques. Le problème, c’est la distance entre les terminaux et les satellites qui joueront le rôle de stations de base. Plus ils sont éloignés, plus la latence est grande. C’est la raison pour laquelle, les constellations en orbite basse avec des satellites de dernière génération comme Starlink ou OneWeb devraient être privilégiées. Elles se situent malgré tout à une altitude de 300 à 1 200 km environ. Or, les terminaux qui s’y connectent actuellement sont massifs et disposent de grandes antennes.

Des débits très limités

Les smartphones en seront-ils eux aussi affublés, s’en trouvant par là-même défigurés ?
Pas forcément. D’après des acteurs du marché que nous avons consultés, munis de petites antennes, ils pourraient tout de même bénéficier de liaisons satellites. Mais la puissance d’émission serait moindre et le débit limité.

« C’est un problème radio. Pour obtenir du très haut débit, il faut des antennes de taille conséquente comme celles de Starlink », nous explique Eric Fournier, directeur de la planification et des affaires internationales de l’ANFR (Agence nationale des fréquences).

Une solution impossible à intégrer pour le moment dans des smartphones grand public.

« Il faudra alors s’attendre à un débit de seulement quelques centaines de kilobits par seconde sur un terminal de type iPhone. Les usages seraient donc plutôt concentrés sur de la voix, des SMS, de la messagerie instantanée et de l’Internet très bas débit », prévient notre expert.

IOT, roaming et services d’urgence pourraient aussi en bénéficier.

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Un gros travail de normalisation

Restera tout de même à régler des problèmes d’interférences et de paramétrages réseaux. Car les bandes de fréquences des constellations vont se retrouver partagées entre des besoins satellites et des usages mobiles.
Il faudra aussi que les opérateurs satellitaires soient en règle dans chaque pays couvert et dispose bien des droits à utiliser leurs fréquences pour les deux cas.
Des mises à jour logicielles devront enfin être entreprises dans les coeurs de réseau des opérateurs télécoms et sur les smartphones. Les temps de réaction pour établir des communications ne seront, par exemple, pas les mêmes suivant qu’ils se connecteront à des stations de base terrestres ou des satellites. C’est la raison pour laquelle il faut normaliser le tout.

L’intégration de la composante satellite dans la 5G a énormément progressé pendant la définition de la Release 17 sur laquelle travaille actuellement l’organisme de normalisation du 3GPP, nous a indiqué l’un des coordinateurs des travaux.
Toute la partie cahier des charges, ainsi que les impacts sur l’architecture ont déjà été spécifiés. Il reste à régler le sort des protocoles et des conséquences sur le réseau d’accès. C’est en cours, avec un aboutissement probable au mois de mars 2022.
Enfin, l’Union internationale des télécommunications (UIT) devrait aussi définir des interfaces satellites pour la 5G d’ici 2024. Par la suite, si la 6G est retenue, les communications satellitaires devraient y tenir une place encore plus importante.

Vers une convergence satellite et mobile

Il y a, pour la première fois, une unanimité et une entente des acteurs du satellite et de ceux de la téléphonie mobile, alors qu’ils s’opposaient jusque-là pour emporter des fréquences.

« L’enjeu est désormais de fournir une connectivité partout dans le monde, et de dépasser les limites des réseaux terrestres. Or, il n’y a que le satellite qui puisse assurer une couverture aussi vaste », souligne Eric Fournier.

C’est d’ailleurs probablement pour cela que Patrick Drahi, patron du groupe Altice*, et propriétaire notamment de l’opérateur SFR, cherche aujourd’hui à rafler l’opérateur satellitaire Eutelsat. Sans compter que le satellite sert aussi à accéder à de l’Internet fixe Très Haut Débit pour ceux qui ne peuvent bénéficier de la fibre optique.

Du côté des fabricants de smartphones, Apple n’est sûrement pas le seul constructeur non plus à y réfléchir. Il faut s’attendre à découvrir des démonstrations dès le Mobile World Congress 2022, au plus tard lors de l’édition 2023. Avec la perspective d’une commercialisation de premiers smartphones grand public avec des liaisons satellites dès l’année suivante.

Se posera malgré tout l’épineuse question de savoir comment commercialiser ce service additionnel. Sera-t-il proposé en option payante avec le risque de devenir un bonus pour usagers fortunés qui voudraient se connecter partout, y compris depuis leur yacht ? Pourrait-il être réservé aux entreprises ? Tout dépendra sans doute des usages offerts, dans un premier temps. Les opérateurs télécoms devront en tous cas trouver un modèle économique.

* 01net.com est édité par une filiale de NextRadioTV, elle-même propriété de Altice Media

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Amélie CHARNAY