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L’heure des ” anirobots ” de compagnie a sonné

Au Japon, où acquérir un animal domestique tient parfois du parcours du combattant, chiens et chats robotisés ont trouvé leurs marchés.

Quel zoo ! Il y a Kuma l’ourson, Tama le chat, et puis Banryu, le chien de garde, et encore bien d’autres créatures zoomorphes. Autant de “successeurs” du petit Aibo, le premier chien-robot de compagnie. L’ambition de son créateur, Koji Kageyama, était de fabriquer une machine capable de suivre partout son propriétaire. Au début, rappelle-t-il, Sony n’y voyait pas d’aspect pratique. La firme envisageait mal un marché de ces petites bêtes robotisées. Le produit coûtait tout de même quelque 250 000 yens (2 175 euros) à l’époque de sa sortie, au mois de juin 1999. Mais Aibo n’a pas encombré les stocks du géant nippon de l’électronique de loisir !

Moins chers que les vrais

À ce jour, Sony a vendu au total plus de 100 000 chiens-robots. D’abord au Japon, par le canal internet et dans les boutiques spécialisées et grands magasins, puis dans le monde entier. Pour stimuler l’intérêt des clients, les descendants d’Aibo se perfectionnent d’année en année. Les derniers modèles, qui coûtent autour de 180 000 yens, se pilotent avec Bluetooth (protocole de transmission de données sans fil sur de courtes distances). Leurs têtes et leurs pattes sont interchangeables, histoire de donner l’illusion d’avoir plusieurs animaux, un luxe dans un pays où posséder un véritable chien est soumis à des conditions draconiennes. Mais si Aibo reconnaît une cinquantaine de mots et sait jouer avec une balle, il pique du nez moins d’une heure après son réveil, les batteries à plat. Un détail technique à corriger pour atteindre l’objectif de diffusion que Sony s’est fixé : un Aibo dans chaque foyer japonais d’ici à une dizaine d’années.Sega s’est donné un objectif similaire avec son chien Poochi, un petit jouet en plastique. Moins élaboré techniquement mais bien plus abordable (3 000 yens), Poochi s’inscrit dans un marché des jouets robots en plein essor : sur ce segment, la firme a vendu 15 millions de produits depuis le mois d’avril 2000. Si ces jouets ne sont pas véritablement des robots, ils contribuent tout de même à l’éducation de toute une génération en mal de communication. Jouet communicant ou robot de compagnie, Dog.com, le chien de la firme Tomy, peut avoir seize humeurs différentes, selon la manière dont il est traité. Les Japonais semblent apprécier, puisqu’ils en ont déjà acheté 60 000.Les derniers nés des animaux du grand zoo robotique japonais ont des fonctions de plus en plus élaborées. Quitte à s’éloigner parfois de la fonction ludique. Banryu, un véritable chien de garde, est truffé de caméras qui transmettent à un centre de contrôle les images d’éventuels cambrioleurs. Les mouvements et aboiements de la bête sont contrôlés par téléphone mobile de troisième génération (l’équivalent de l’UMTS). La créature est issue d’une collaboration entre Sanyo Electric, qui a fourni la technologie de reconnaissance vocale et les batteries, l’entreprise TMSUK, qui s’est chargée du contrôle à distance, et d’Omron pour les capteurs. Ces gardiens à 500 000 yens pièce pourraient être commercialisés d’ici à la fin de l’année. “La sécurité des bâtiments constitue un gros marché potentiel. Mais il faut être prudent, car les robots ne seront jamais aussi intelligents que les hommes”, reconnaît, non sans pragmatisme, Shin Furukawa, directeur de la stratégie et du plan de TMSUK.

Fidèles et attentionnés

Les missions de surveillance peuvent être plus soft. Prenez Kuma ou Tama, les dernières créatures de Matsushita. Ces animaux domestiques robots sont conçus pour tenir compagnie aux personnes âgées. Des expériences sont menées dans la petite ville d’Ikeda, près d’Osaka, où plusieurs personnes vivent avec ces nouveaux compagnons. Sous des formes différentes, Kuma et Tama ont plus ou moins les mêmes fonctions : on leur parle, ils répondent, donnent des informations locales, du genre “Il va pleuvoir aujourd’hui, couvrez-vous”. L’animal, mouchard, transmet aussi des informations à un central, en l’occurrence la mairie d’Ikeda. Si la conversation s’arrête un certain temps, par exemple, il est possible que la personne ait des problèmes de santé. Il faut donc réagir. “Ces robots, qui ne sont pas encore commercialisés, permettront de réduire le nombre d’aides domestiques et joueront en même temps le rôle d’animaux de thérapie”, pronostique Akira Kadota, de Matsushita. L’entreprise entend accroître les solutions globales d’aide aux personnes utilisant les robots et les réseaux. Exemples : l’aspirateur qui fonctionne tout seul quand la poussière est là, la valise Vital Sign Box, grâce à laquelle un individu peut mesurer sa tension ou évaluer son niveau de sucre dans le sang et transmettre ces résultats via le réseau internet au laboratoire et chez le médecin.Certains objets improbables revêtent au Japon un aspect thérapeutique parfois difficile à comprendre pour l’Occidental moyen. “Regardez les boules Q-Taro, de la taille d’une boule de bowling. Quand on approche sa main, elles roulent et suivent les doigts. Ces objets vivent avec les hommes et changent de couleur selon l’humeur de la personne qui les guide à distance. Ces boules sont un peu comme des poissons dans un aquarium : elles nous calment”, expliquent les concepteurs de ces étonnants objets. Plus complexe, Memoni, drôle de petite chose informe développé par la société Tomy, est un robot de reconnaissance vocale capable d’apprendre des mots quand on lui parle, de reconnaître la voix de la personne qui lui adresse la parole pour engager une conversation adaptée. Ces appareils serviraient-ils d’exutoire à une communication devenue insuffisante entre les humains ?La fascination des Japonais pour les machines animées va au-delà de cette seule problématique. Il faut voir petits et grands applaudir devant les performances des robots, un public qui manifeste une grande tendresse face à ces machines intelligentes. Il faut voir la passion des jeunes qui se précipitent dans les Robofesta, les festivals de robots où sont organisées plusieurs fois l’an, dans différentes villes du Japon, des compétitions de minuscules sumotori (lutteurs de sumo) robotisés ou d’énormes insectes mécaniques. Des milliers de participants, scolaires, étudiants et scientifiques, viennent faire concourir leurs créatures. Robofesta, initiative soutenue par le gouvernement, a certes pour but de divertir le public, mais aussi de former à la robotique une communauté de gens familiers de la question. “Créons un groupe de fans, et le marché suivra”, disait une chercheuse du groupement de recherche créé par le spécialiste japonais de l’intelligence artificielle Hiroaki Kitano. Sony vient de comprendre la logique, et annonce pour ce mois-ci la mise en ligne des spécifications et du kit de développement d’Aibo, pour un usage non commercial. Un forum permettra aux amateurs et professionnels de la robotique de confronter leurs expériences.

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Dominique Hoeltgen