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Les informaticiens handicapés peinent à s’insérer dans le monde professionnel

Moins de 1 % des salariés de l’informatique et des télécoms sont des personnes handicapées. Faible qualification, méconnaissance du handicap, inaccessibilité des locaux… Les freins sont nombreux.

Handicap ne rime pas avec nouvelles technologies. Selon l’Agefiph(1), le taux d’emploi des personnes handicapées est de 0,99 % dans l’informatique et de 0,86 % dans les télécoms. A titre de comparaison, la moyenne nationale s’établit à 2,34 %. On est encore plus loin des 6 % dont la loi de 1987 fait obligation à tous les établissements de vingt salariés et plus. Jacques Mechoud, de l’association Handicap International, relève un paradoxe : “Des sociétés informatiques développent des solutions favorisant l’accès à l’outil informatique aux personnes handicapées sans pour autant en embaucher.” Sur le terrain, le tableau est plus contrasté. IBM et Bull, qui ont conclu des accords d’entreprise depuis, respectivement, 1998 et 1993, affichent ainsi un taux d’emploi honorable de 3,2 %. Un seuil maximal, semble-t-il, faute… de candidats.

Des locaux souvent inaccessibles brident les candidatures

“80 % des travailleurs handicapés ont un niveau CAP ou BEP. Nous avons beaucoup de mal à trouver des informaticiens bac + 4 à 5, note Etienne de la Bigne, responsable de l’insertion chez Bull. Je reçois une candidature toutes les deux semaines. Et encore, je les provoque.” Plus de la moitié des handicapés embauchés par Bull viennent de l’association Tremplin, fondée avec d’autres sociétés de la Défense. Le constructeur a aussi mis en place un programme (tutorats, bourses, stages d’études, micro-ordinateurs) pour favoriser la poursuite des études.IBM a autant de difficultés à pourvoir ses profils commerciaux bac + 4 à 5. “Entre entreprises ayant passé un accord, nous nous disputons les rares profils qualifiés”, déplore Jean-Jacques Quinery, responsable du CISPH(2). Pour interrompre le cercle vicieux, IBM offre des stages à des formateurs d’associations spécialisées à son centre de Noisy-le-Grand. Les grands noms n’ont pas l’apanage du civisme. SSII lyonnaise et partenaire du centre de ressources informatiques de Handicap International (Icom’), Acti emploie cinq salariés, dont un handicapé. Pour son dirigeant, Jean-Luc Payno, les freins sont d’ordre social et physique. “Il faut un mental terrible pour se retrouver seul en amphi. Sans compter que très peu de lycées ou de facs sont accessibles. Par la suite, cette inaccessibilité des locaux devient un argument de discrimination à l’embauche, l’Agefiph en subventionne pourtant l’adaptation.”De technico-commercial en clientèle à directeur commercial d’IBM, Sylvain Nivard, né malvoyant, connaît une évolution de carrière exemplaire. A chaque changement de poste, cet ingénieur doit convaincre et rappeler sa façon de travailler. “Le handicap suscite beaucoup d’irrationnel, de méconnaissance et de malaise.” Son poste de travail comprend un moteur de synthèse vocal et une plage tactile en braille. “J’ai établi un ratio autonomie/productivité. S’il me faut vingt minutes pour trouver une info sur un site, autant héler le collègue ?” pas toujours le même ?”, auquel cela demandera deux minutes.” Se trouvant actuellement en position d’employeur, il souhaiterait recruter une personne handicapée pour un poste d’assistant commercial bac + 2 bilingue anglais. Mais il ne trouve pas.
(1) Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées.

(2) Centre d’information et de solutions pour les personnes handicapées d’IBM.

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Xavier Biseul