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FnacMusic cherche toujours la rentabilité sans hausse de prix

Le directeur général de la Fnac revient sur un an d’activité du site de téléchargement FnacMusic. Il évalue à un peu moins de 30 % la part de marché du site sur le secteur, mais la plupart des débats et des désaccords entre les
acteurs n’ont pas évolué.

01net. : Quel commentaire vous inspire cette première année de FnacMusic ?


Bruno Crémel : Au bout d’un an, je considère qu’on a atteint nos objectifs. Aujourd’hui, notre activité de téléchargement en musique commence à décoller. Elle prend une place, dans le mode de consommation de musique de
nos clients, qui commence à devenir, non pas importante, mais en tout cas significative. Pour vous donner un ordre d’idées, chez les internautes clients de la Fnac, le téléchargement représente 20 % des ventes de CD audio sur Fnac.com en
chiffre d’affaires. C’est encore fort peu, avec 1 million de titres téléchargés par mois toutes plates-formes confondues. Cela fait moins de 1 % du marché. Mais ce n’est plus anecdotique.


Par ailleurs, on estime avoir atteint nos objectifs en matière de part de marché puisqu’on avait dit, quand nous avons lancé le site, que notre objectif était d’obtenir dans le téléchargement la même part de marché que sur la musique en
magasin et aujourd’hui on y est à peu près. On a un peu moins de 30 % de part de marché, si tant est qu’on ait des parts de marché complètement fiables dans ce domaine.Les sites de téléchargement de musique ont longtemps péché par la pauvreté de leur catalogue. Où en êtes-vous aujourd’hui ?


On a commencé avec 300 000 titres et on en est à un peu plus de 500 000. C’est l’équivalent de ce que l’on va trouver dans un magasin de grande taille, mais cela ne représente pas la largeur d’offre que nos clients sont en
droit d’attendre. Pour différentes raisons : des retards de numérisation de la part de certains éditeurs, parfois des difficultés de renégociation des droits avec les artistes. Donc, on a certaines frustrations sur ce plan-là.


Il y a quelques exemples célèbres : le titre Caravane de Raphaël vient d’être rendu accessible en téléchargement alors que l’album est sorti depuis de nombreux mois. C’est difficile d’expliquer à un client que
le titre qu’il entend en boucle à la radio n’est pas disponible en téléchargement.Le téléchargement de musique est-il rentable ?


Une des questions centrales qu’on n’a toujours pas résolue, c’est celle de l’équation économique. Nous avons pris le parti d’une offre basée sur la simplicité et la tarification unique avec le titre à 0,99 euro. Et nous pensons qu’il
faut continuer dans cette voie parce que, si l’on veut que le téléchargement légal s’impose, il faut qu’il soit accessible.


Mais c’est vrai qu’à ce tarif-là, aujourd’hui, les conditions des éditeurs ne permettent pas d’avoir une rentabilité économique satisfaisante. C’est un euphémisme. La part du chiffre d’affaires reversée aux éditeurs, à la SCPP
[Société civile des producteurs phonographiques, NDLR] et à la Sacem est nettement supérieure à celle perçue sur la vente de CD physiques.VirginMega estime que pour s’en sortir il faut augmenter les prix. Apparemment, ce n’est pas votre avis ?


Je ne pense pas aujourd’hui, vu le développement du téléchargement gratuit, en peer-to-peer, qu’il faille augmenter les prix et rentrer dans une équation et une lisibilité du prix aussi complexe que celle du CD
physique. C’est un des éléments, pour moi, qui a contribué à la crise du marché.Autre sujet sensible, l’interopérabilité. FnacMusic avait annoncé qu’elle mettrait à disposition un logiciel permettant de lire des fichiers sur tout type de baladeurs. Où cela en est-il ?


On y a renoncé. C’est sans doute un frein au développement du téléchargement parce que c’est une source de complexité et de confusion pour les clients. De fait, lorsqu’ils achètent un baladeur, ils n’ont pas forcément conscience des
problématiques d’interopérabilité, de formats propriétaires et autres qui sont les composantes d’un débat assez compliqué. En même temps, il faut relativiser.


D’après les analyses, l’utilisation du téléchargement est encore assez classique : une écoute sur ordinateur ou une gravure sur CD pour une écoute sur chaîne hi-fi. L’utilisation du baladeur est minoritaire, entre 10 % et
15 % de l’utilisation des téléchargements. Le marché n’étant pas stabilisé ni sur le marché des baladeurs ni sur celui des plates-formes de téléchargement, je pense qu’on ne verra pas d’évolution à court terme.FnacMusic est arrivé un peu après tout le monde. Est-ce que cela a pu avoir un impact sur vos résultats ?


On a pris un peu de retard, mais cela ne nous pose pas de problème. Cela nous pose un défi. Très clairement, Virgin et iTunes se sont lancés avant nous et nous n’avons pas déployé le même type d’investissement en communication que ces deux
concurrents. Je crois qu’on a bien réussi sur le plan de la conception du site. Maintenant, sur le plan commercial, il nous reste des marges de progression. On doit faire mieux.

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Propos recueillis par Arnaud Devillard