On se méfie des jeux de superhéros, trop souvent des produits dérivés paresseux. Spider-Man Dimensions, comme Batman Arkham Asylum il y a peu, pourrait faire figure d'exception. Mais là où Batman brillait par son ambition, c'est paradoxalement sa simplicité qui fait la force de cette nouvelle aventure de Spidey.
Fini les bacs à sable vides et sans âme, l'apanage de la plupart des épisodes 3D de la série. Les développeurs ont fait le pari d'un jeu d'action à l'ancienne, totalement linéaire, où ça bastonne sec sans avoir besoin de chercher son chemin des heures. Un beat'em up old school en somme. Ca pourrait passer pour un manque d'ambition : c'est justement le prix à payer pour faire un jeu efficace, survitaminé, avec une vraie ambiance et finalement une réelle personnalité.
Quatre araignées au plafond
Old school, c'est aussi ce qui définit le mieux son scénario, dont le point de départ semble tiré d'un vieux comic des années 1960. Mystério veut mettre la main sur une antique tablette magique, une sorte d'iPad mystique mais sans fonction Wi-Fi. Spider-Man, en voulant l'en empêcher, brise la tablette en une dizaine de morceaux, qui se retrouvent dispersés à travers différentes dimensions. Dès lors, l'homme-araignée, mais aussi ses alter ego Spider-Man 2099, Ultimate Spider-Man et Spider-Man noir se lancent à la recherche des pièces détachées, en espérant (les naïfs) mettre la main dessus avant la ribambelle de supervilains habituels. Edifiant, non ?
Par la magie de ce scénario qui tient sur une feuille de papier à cigarette, nos héros se voient offrir chacun trois ou quatre grosses missions à l'ambiance unique. Ainsi, les niveaux se suivent et ne se ressemblent jamais, qualité rare pour un beat'em up. Celles où l'on incarne ce bon vieux « Amazing » Spider-Man, dans sa livrée rouge et bleue, sont les plus classiques. Axées sur l'action, la castagne et le tissage à l'ancienne, elles fleurent bon le comic originel, un peu naïf, quasi parodique.
Autre dimension, celle de l'« Ultimate Spiderman », avec sa tenue bleue nuit organique, nous met aux commandes d'un héros plus sombre, capable de déchaîner une « furie » monstrueuse et dévastatrice. Paradoxalement, ces missions sont sans doute les plus cartoonesques, les plus délirantes, « bigger than life ». Pour vous donner une idée, Spidey s'y retrouve notamment candidat à un reality-show mortel, où il doit affronter rien de moins qu'un tsunami. Bonne chance Spidey. Plus inattendue est la présence du futuriste Spider-Man 2099. A lui les missions les plus urbaines, et aussi les plus explosives, donnant lieu à quelques passages mémorables en chute libre. Classieux.
Une araignée bavarde comme une pie
Enfin, plus originales encore : les missions de Spider-Man noir. Dans des années 1930 gothiques qui font immanquablement penser au Gotham City du concurrent Batman, un Spider-Man quasi steampunk doit user aussi bien de la force que de sa discrétion pour retrouver ses fragments de pierre. Ca commence façon infiltration musclée, avant de devenir carrément plus exigeant à la fin. D'ailleurs, dommage qu'il faille attendre autant avant que le jeu ne se décide à jouer à 100 % la carte de la discrétion : on aurait voulu avoir tout un jeu consacré à ce Spidey noir et à son gameplay « infiltration ». D'autant que l'ambiance de ces années 1930 est une réussite totale, forte de son noir et blanc poisseux et de sa faune de mafieux mutants. Le climax : une fête foraine qui louche sans vergogne en direction du génial Batman Arkham Asylum.
Léger, sans prétention, Spider-Man Shattered Dimensions affiche sa décontraction jusque dans son humour. Bavarde, l'araignée multiplie les vannes et les bons mots. Ca ne fait pas toujours mouche (la faute peut-être à une VF inégale) mais voilà qui donne un coup de boost supplémentaire à cette aventure « pop-corn », un Spider-Man drôle, décomplexé et touche-à-tout, pur produit de la génération « zapping ».
points positifs
- De l'action acrobatique, sans prétention et sans temps mort
- Quatre héros, quatre univers, quatre façon d'envisager le jeu d'action
- Un graphisme mâtiné de cell-shading discret donnant une petite touche dessin animé sympathique
- Donne furieusement envie de voir un jeu entièrement consacré au Spider-Man noir des années 1930
points négatifs

test











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