Comme d'habitude, ce sont les méchants communistes qui ont fait le coup. Les Rouges ont découvert un matériau mystérieux, l'E99, sur l'île de Katorga-12. Celui-ci s'annonce plein de promesses, il devrait leur permettre, pêle-mêle, d'atomiser les Etats-Unis, de manipuler le temps et de se réchauffer un bon bortsch en quelques fractions de seconde.
Bien sûr, rien ne se passe comme prévu, et le fait que les locaux commencent à cracher leurs dents et à se dévorer les uns les autres finit par mettre la puce à l'oreille aux autorités, qui placent alors les lieux en quarantaine. Ce n'est qu'un demi-siècle plus tard que vous intervenez, brave soldat américain que vous êtes, seul survivant d'une opération de reconnaissance menée façon Pieds nickelés.
Sauf que l'île est infestée d'anomalies temporelles et qu'au détour d'un petit saut dans le passé vous allez innocemment bouleverser le destin de la planète dans son ensemble. Puis, accessoirement, le vôtre.
Licence IV qui reprendrait Michael Jackson
Une dictature. Les années 50. Une précieuse et très instable nouvelle source d'énergie perdue au milieu de l'océan. Une expérience qui tourne mal, une société qui s'enfonce dans le chaos, la dégénérescence et l'oubli. Un héros, qui, à la suite d'un crash, redécouvre ce qui reste de cette utopie devenue cauchemar. Oui, c'est à peu de choses près le scénario de Bioshock. Mais, par une étonnante coïncidence, dont on n'imagine pas un instant qu'elle puisse devoir quoi que ce soit à de l'opportunisme mal placé, c'est également celui de Singularity.
L'étonnante gémellité entre les deux titres ne s'arrête pas à cette ambiance post-dystopique. Elle se manifeste par de nombreux petits détails, de la gestion des pouvoirs « magiques » à l'amélioration des armes, en passant par des magnétophones - où sont consignées les dernières paroles jamais très inspirées des anciens habitants des lieux -, jusqu'à l'ersatz de libre-arbitre laissé au joueur dans les cinq dernières secondes de jeu.
Le contrôle du temps fait aussi penser au Gravity Gun de Half-Life 2. A vrai dire, le moindre détail évoque un autre jeu, plus vieux et généralement bien meilleur. Singularity est au jeu vidéo ce qu'un album de reprises de Michael Jackson par Licence IV est à la musique pop.
On ne fait pas d'omelette sans casser les E99
Parce que malheureusement pour lui, ce bien peu singulier Singularity n'a pas à un seul instant le génie de ses modèles. Le gameplay de Bioshock, par exemple, n'était pas d'une folle originalité, mais il avait au moins pour lui une relative non-linéarité, au service d'un univers marquant. Rien de tout ça dans Singularity, FPS ultrabasique où la monotonie des couloirs, qui se succèdent inlassablement, le dispute à la laideur maronnasse.
Ce n'est pas nouveau, Raven semble bloqué dans les années 90 et continue comme si de rien n'était de nous abreuver de FPS qui feraient passer Half-Life 2 pour un perdreau de l'année. Ce ne sont pas les pouvoirs du héros qui y changeront quelque chose, simples prétextes à une poignée d'attaques vaguement magiques qu'on zappe dès qu'on a réussi à mettre la main sur la mitrailleuse lourde.
Il serait injuste de dire que Singularity n'est pas un titre surprenant. Par exemple, on ne se lasse pas de découvrir, à chaque coin de couloir, des textures encore plus moches que les précédentes. L'occasion sinon de s'émerveiller du moins de bien rigoler. Dommage, parce qu'une solution pour apprécier Singularity aurait été de le considérer comme un « shooter » à l'ancienne, le genre un peu dépassé et bas du front !
Mais là, avec ses graphismes tout aussi approximatifs que ses contrôles au pad, ça devient vraiment dur d'être indulgent.
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