Un pirate éperdument amoureux qui hésite entre des fleurs et des glaces pour séduire son aimée, un fantôme farceur qui vous demande d'éteindre les lumières pour mieux effrayer le froussard du marais, un gremlin qui vous offre de l'argent contre le journal intime de Pat Hibulaire, ou le célèbre gredin qui vous promet un artéfact rare si vous l'aidez à emprisonner des lapinots mignons, mais enquiquinants...
Bienvenue dans Epic Mickey, ce drôle de jeu d'aventure et de
plate-forme, pile à mi-chemin entre Mario et Zelda, mais où chaque
décision relève d'un dilemme moral et affecte vos relations avec les
autres personnages.
Le dilemme permanent
Si dans sa prise en main, ses graphismes, sa progression, le titre de Disney Interactive ressemble à s'y méprendre à un jeu Nintendo, les incessantes alternatives qu'il offre et les imbrications de missions risquent de dépayser les habitués de l'elfe vert et du plombier. Un exemple simple : en tant que héros, vous pouvez affronter et battre le capitaine Crochet en duel. Mais vous pouvez aussi retrouver et délivrer la fée Clochette. En remerciement, c'est Pat Pan (croisement de Pat Hibulaire et Peter Pan) qui se chargera de mener le combat à votre place !
Le choix est au cœur du jeu. Piégé dans un monde de toons oubliés sur lequel il a malencontreusement renversé une bouteille de dissolvant maléfique, Mickey se promène avec un pinceau à double emploi. Gâchette droite et encre bleue, il repeint le monde, transforme les ennemis en alliés, donne consistance à des plates-formes invisibles, et génère de l'amour pour le héros. Gâchette gauche et diluant vert, il dissout le monde, révèle des passages secrets, supprime les toons ennemis, et fait naître de la suspicion pour le héros. Les deux se révèlent utiles et permettent de modeler en partie le monde à votre envie.
Walt Disney autrement
Le monde, justement, sûrement l'aspect le plus étonnant d'Epic Mickey. Des amis de la souris transformés en robots mis en pièce, un spectre voleur
de cœur, un savant fou kidnappeur de toons, des personnages de dessins
animés en noir et blanc en pleine déprime, un lapin oublié mégalomane, une montagne jonchée de jouets abandonnés... le monde dessiné par Warren Spector et son équipe tranche avec le Walt Disney que l'on a coutume d'imaginer. Sombre, étrange, ambigu, le jeu ne s'adresse pas qu'aux enfants, mais aussi, beaucoup, aux adultes curieux ou nostalgiques.
Les principales respirations de l'aventure prennent d'ailleurs la forme de miniséquences de plate-forme en 2D, courtes et simplistes, mais dans le contexte de dessins animés d'archives. Du noir et blanc des premiers Mickey à l'onirisme de Fantasia, c'est chaque fois une plongée revigorante dans l'histoire mythique ou oubliée de Walt Disney. On en ressort amoureux de la petite souris, même, voire surtout, lorsqu'on ne s'y attendait pas.
Quand Disney fait du Nintendo
C'est également tout le génie de ce titre. Pris dans le détail, et même s'il s'en inspire énormément, il reste un ton en-dessous de Mario. Mickey est plus limité dans ses mouvements, les angles de caméra sont moins bien étudiés, et si les différents lieux traversés se montrent variés et sophistiqués, ils sont rarement aussi riches et innovants qu'un niveau du plombier. Si le bateau du capitaine Crochet et l'île au Crâne resteront comme les plus aboutis, la ville centrale, Main Street, et son unique rue bordée de maisons fermées et de ruelles en trompe-l'œil peine à donner la vie attendue à ce monde de toons. Mais dans l'ensemble, la variété est là, les secrets à découvrir innombrables, et peu de jeux hormis Banjo et Kazooie ont su flirter à ce point avec le savoir-faire de Nintendo.
On retrouve aussi beaucoup de Zelda dans Epic Mickey, même si les deux mondes ne sont pas construits du tout de la même façon. A l'envergure d'Hyrule répond ici une succession de petites régions connectées entre elles par des dessins animés d'archives qui interrompent l'aventure. L'ensemble manque d'unité, l'aventure principale se finit en une petite douzaine d'heure et les allers-retours se montrent plus nombreux et répétitifs que dans les péripéties de Link. Mais là encore, le titre de Warren Spector parvient à offrir autre chose de précieux en compensation : des relations entre personnages qui demandent qu'on s'implique, un univers moins prévisible et la possibilité de faire deux fois l'aventure sans jouer de la même façon, avec, en outre, une atmosphère unique, cartoonesque, épique ou nostalgique.
Au final, Epic Mickey n'est pas parfait, non. Mais il est tellement unique dans son approche, ce mélange des genres entre Mario et Zelda, entre Disney et Tim Burton, il est tellement généreux dans ses bonus et ses secrets, tellement riche en (re)découvertes, tellement atypique et improbable, qu'il mérite au plus haut point de faire partie de la ludothèque d'un joueur sur Wii. Il y a des jeux excellents qu'on oublie. Il y a de bons jeux imparfaits dont on veut se souvenir. Epic Mickey est de ceux-là.
points positifs
- Le scénario inattendu où chaque décision importe
- Le système de jeu original qui offre de la liberté
- Le mélange équilibré entre le monde de Disney, Mario et Zelda
- L'ambiance épique et onirique
- Les régions variées et bien construites
points négatifs

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