Dans un futur très proche... en Arabie Saoudite, un avion est abattu par un missile d'origine douteuse. L'attentat est revendiqué par un groupuscule terroriste, Al-Samaad. Vous êtes un membre de l'agence Alpha Protocol, chargée de retrouver le responsable et de tirer cette affaire au clair. En tant que tel, vous n'êtes pas reconnu officiellement par le gouvernement, qui niera tout lien en cas de pépin. Autrement dit, vous avez le champ libre, pour mener votre enquête entre Moyen-Orient, Europe, Russie et Asie. Mais attention, il se pourrait bien qu'un dangereux lobby de marchand d'armes tire des ficelles en arrière-plan... Ah oui, un détail : malgré ce contexte mêlant habilement géopolitique, conspiration et tourisme alternatif, Alpha Protocol est un jeu de rôle. Etonnant non ?
Il faut dire que l'équipe d'Obsidian, jusqu'ici plus habituée à travailler sur des suites de jeu à succès pour le compte de plus gros studios, réalise ici son premier projet « personnel ». Kotor 2, Neverwinter Nights 2, le prochain Fallout : des boulots de commande qui leur ont appris à se concentrer davantage sur l'écriture, plutôt que sur des contingences aussi futiles qu'un moteur graphique ou un background. Soulagement : ce savoir-faire, on le retrouve intact dans Alpha Protocol. Intact, et même transcendé.
C'est mon dernier mot, Jean-Pierre
Alpha Protocol, avant d'être le jeu de rôle « d'infiltration » que nous promet la jaquette, est peut-être le premier jeu de rôle psychologique. Par exemple, pendant les dialogues, le joueur a une poignée de secondes pour adopter un ton « pro », agressif, ou alors décontracté. Enfin, ça c'est la théorie, mais les réponses possibles sont heureusement souvent plus nuancées. Dommage que les mots-clés entre lesquels il faut choisir ne soient pas toujours très explicites : il n'est pas rare de répondre à côté de la plaque et de prendre ainsi, à son corps défendant, une décision parfois très lourde de conséquences.
Parce que même s'ils permettent de gagner quelques bonus, les dialogues sont avant tout un prétexte parmi d'autres pour influencer l'histoire. C'est justement ce qui fait la force et la particularité d'Alpha Protocol. Depuis dix ans et le très culte Deus Ex, rarement, on a eu l'impression d'avoir une telle emprise sur le scénario. Et c'est là tout le génie du titre d'Obsidian. L'impression de jouer un rôle ne vient pas tant de points de compétence à distribuer et d'inventaire à gérer, mais bien de l'impact tangible que chaque action, chaque décision, a sur le monde qui nous entoure. Pour l'anecdote, même l'ordre dans lequel on exécute les missions influence la narration. Subtil.
Drôle de rôle
Pour autant, Alpha Protocol n'oublie pas toutes les conventions du jeu de rôle. Ainsi, à chaque niveau, le joueur reçoit un certain nombre de points à répartir entre neuf compétences, allant de la furtivité au sabotage, en passant par l'aptitude technique, la résistance, et la maîtrise des différentes armes et du corps-à-corps. On peut ainsi débloquer dix degrés de maîtrise pour chacun d'entre elles, pour booster notre héros (visée, points de vie, minijeux de sabotage facilité, etc.) et parfois débloquer des pouvoirs spéciaux bien pratiques même s'ils tranchent étrangement avec l'ambiance réaliste du soft (se rendre invisible, pauser le temps pour pouvoir viser soigneusement, réussir les Dry Martini...).
Mais les points sont rares et les compétences nombreuses, et là aussi, il faudra faire des choix. D'autant qu'une fois bouclé le premier tiers du jeu environ, trois des neuf compétences peuvent être élargies à non pas dix, mais quinze degrés de maîtrises. Soldat, pirate, saboteur ou assassin invisible : la spécialisation est le maître-mot. Tant mieux : en plus du scénario évolutif, voici une excellente raison de recommencer le jeu, histoire de prendre des options totalement différentes.
Infiltration et bazooka
Puisqu'Alpha Protocol s'enorgueillit d'être aussi un jeu d'infiltration, il est temps de parler de ce qui fâche : fan de Project IGI, de Dark Project, de Splinter Cell, vous êtes priés de revoir vos velléités de furtivité à la baisse. Ca commence doucement, par quelques fautes de goût, comme l'impossibilité de traîner un cadavre pour le cacher. Et puis, peu à peu, apparaît l'atroce vérité : pas mal de niveaux sont bâclés, en particulier les combats de boss et l'éprouvante dernière mission. Des scènes où il devient rapidement obligatoire de se la jouer façon Gears of War. Pour un jeu d'infiltration, ça la fout mal.
Autre problème : le manque certain de moyens ou d'organisation dont Obsidian a visiblement souffert. Cela transpire à chaque moment. Déjà, le scénario, assez abscons, donne souvent l'impression que les développeurs n'ont pas eu le temps de s'en occuper correctement. Graphiquement ensuite, ça coince un peu. Alpha Protocol souffre de multiples effets de flou, de textures qui s'affichent au dernier moment et même de quelques rares ralentissements. Et on évitera de s'étendre sur les animations et les PNJ qui ont parfois l'air de glisser au-dessus du sol. Heureusement, tout le volet sonore est beaucoup plus soigné, avec des doublages (en anglais sous-titrés français uniquement) extrêmement convaincants et une BO en béton armé.
Alors certes, Alpha Protocol est loin d'être un jeu parfait. Mais il fait tant d'efforts pour participer à redéfinir la notion même de « jeu de rôle », qu'un réel fan de JDR ne peut raisonnablement pas passer à côté. Alpha Protocol est d'ores et déjà un jeu important : sans ses défauts, il aurait instantanément pu devenir culte.
points positifs
- Le scénario évolutif
- Un dégré d'immersion rarement atteint dans un jeu vidéo
- Les dialogues, aussi stressants qu'une phase de shoot
- On termine le jeu en une quinzaine d'heures, mais avec l'envie de recommencer directement une partie en faisant d'autres choix
points négatifs

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