Les Total War se suivent et ont quand même sérieusement tendance à se ressembler. Depuis dix ans, c'est une recette à peu près immuable qu'on retrouve dans ce jeu consacré au général corse : un volet stratégique, avec carte générale, en tour par tour, où il s'agit de gérer des villes, d'y construire bâtiments et infrastructures, tout en développant notre arbre technologique, histoire de satisfaire la population et d'amasser assez d'argent pour lever des troupes et les envoyer se battre. Car si on connaît Napoléon, ce n'est pas vraiment pour sa philatélie galopante ou son amour irraisonné du surf des neiges, mais bien pour ses qualités de général et de conquérant.
C'est là que se déploie l'aspect tactique. Qui peut, selon les goûts, être considéré comme le cœur du jeu ou comme la cerise sur le gâteau. Une très grosse cerise juteuse alors, sur un gâteau par ailleurs relativement quelconque. En effet, on peut parfaitement zapper les combats et laisser le soin à l'intelligence artificielle de les résoudre, mais ce serait passer complètement à côté du soft, en plus d'aller au devant de graves déconvenues : l'IA est parfaitement capable de se faire laminer lors d'une bataille pourtant imperdable.
Sun-Tsu pour les nuls
Terriblement simple à prendre en main, Total War nous donne les outils nécessaires pour laisser s'exprimer le petit stratège qui sommeille en nous, histoire d'expérimenter quelques manœuvres bien crapuleuses et de révolutionner des siècles de tactique. Attention, on n'a pas dit que c'était facile. Juste que c'était possible, et pas trop hermétique. Bref, gratifiant.
Jouissif aussi, grâce au moteur graphique, qui, dans les grandes lignes, n'a pas bougé depuis Empire Total War, mais fait toujours le job et s'enrichit de quelques effets pyrotechniques bienvenus. Il est toujours aussi réjouissant de se balader au-dessus du champ de bataille, de partir de ses braves petits soldats modélisés avec soin, et de « dézoomer » jusqu'à apercevoir au loin la fumée soulevée par l'armée ennemie en marche. Et comme on a vite fait d'aligner un bon millier de troupes sur le champ de bataille, le résultat est épique à souhait.
L'Europe des Cinq
On va donc suivre les pérégrinations de Bonaparte durant quatre campagnes. Les deux premières sont assez courtes, pour se mettre dans le bain en douceur. On commence avec un jeune Napoléon tentant d'ouvrir une brèche dans le nord de l'Italie pour atteindre l'Autriche, en soumettant au passage les républiques locales. On continuera avec l'Egypte, contre les Mamelouks et les Ottomans, histoire d'aller voir une bonne fois pour toutes ce que l'Histoire contemple de si intéressant depuis quarante siècles du haut de ces pyramides.
Mais c'est avec la troisième campagne, Europe, que les choses sérieuses commencent. Toute l'Europe s'offre enfin comme terrain de jeu, pour assouvir nos pulsions impérialistes. Une carte qu'on aura l'heur de parcourir également, la baïonnette au bout du fusil, en mode « campagnes de la Coalition ». On passe alors de l'autre côté de la barrière, aux commandes des Britanniques, Autrichiens, Prussiens ou Russes, avec pour mission d'annexer un certain nombre de provinces françaises en sept ou huit ans.
Waterloo, finally facing my Waterloo (air connu)
Troisième mode enfin, uniquement concentré sur le volet tactique, « Batailles de Napoléon » propose d'enchaîner les batailles rangées, en y intégrant en passant un semblant de véracité historique (un point sur lequel on veut bien croire les gars de chez Creative Assembly sur parole). On enchaîne ainsi vingt ans de batailles, d'Arcole à Waterloo en passant par Austerlitz et Trafalgar.
Car comme Empire Total War, cet opus n'oublie pas les combats navals, qui restent malgré tout le parent pauvre de la guerre terrestre. Malgré la qualité de la modélisation des bateaux (tout cela est fort agréable à regarder), il est difficile d'y retrouver l'engouement ressenti en alignant des centaines de petits pioupious impériaux.
Bref, c'est le même plaisir déjà rencontrer lors des séries précédentes, à quelques différences près, comme le changement de rythme (deux semaines par tour au lieu de six mois) qui ralentit un peu l'action, ou encore la prise en compte du climat sur la santé des troupes. Le jour où vous vous aventurerez en Russie, tâchez de ne pas oublier votre petite laine.
Mais la cohérence de ce Napoleon : Total War, concentré sur une période précise et des batailles cristallisées autour de la personnalité charismatique de Bonaparte, en fait sans aucun doute une valeur sûre pour les fans et le jeu idéal pour ceux qui voudraient découvrir ce cocktail stratégie/tactique inégalé malgré les années.
points positifs
- Prenez le destin de l'Europe en main !
- Un cocktail tactique/stratégie au poil
- Une réalisation soignée
points négatifs

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