You're in the army now! ArmA II, ce n'est pas aussi sympathique que la chanson des Enfoirés, bien qu'on lutte là aussi pour une bonne cause. En l'occurrence pour aider le Chernarus, un petit pays imaginaire de l'ex-URSS en pleine période de troubles politiques. Des rebelles séparatistes mettent à mal le gouvernement, et, forcément, le ton monte de plusieurs crans. Cette région du monde étant une véritable poivrière qui menace de faire éternuer toute la région, un détachement de marines est envoyé sur place pour remettre un peu d'ordre. La vision géopolitique est un peu obsolète, le concept de gendarme du monde ayant du plomb dans l'aile depuis quelques années, mais qu'importe, cela sert parfaitement le propos d'ArmA II. Et, en évitant de tomber dans le militarisme forcené et les mauvaises influences politiques, le titre se révèle tout à fait fréquentable, une fois débarrassé de son treillis.
La guerre, la presque vraie
Marchant dans le sentier ouvert par les rangers de son aîné, ArmA II reprend intégralement le concept unique créé par Bohemia Interactive: le simulateur de soldat. A la lisière du serious game, ce produit est très éloigné des productions actuelles. Pour schématiser, imaginez qu'il s'agit d'un Battlefield en beaucoup plus réaliste, où le moindre paramètre est pris en compte. Le système de visée surprendra ceux qui sont habitués à Counter-Strike ou à Quake: c'est bien plus lent et beaucoup moins précis. Impossible ici de galoper 500 m, de sauter une barrière et d'aligner les tirs dans la tête… Votre soldat n'y arrivera pas, épuisé qu'il sera. Il faut gérer la respiration, la vitesse du vent, le recul de l'arme, la distance de la cible… Chaque tir compte, chaque balle coûte. Chaque échange de coups de feu peut avoir une issue fatale, et rentrer au pays en bodybag n'est pas une option.
Arma gauche
Bien qu'originaire d'Europe de l'Est, le studio Bohemia semble avoir puisé une certaine inspiration dans le Veda pour l'ergonomie de son jeu. Il faut en effet le cerveau de Ganesh pour assimiler toutes les touches et combinaisons, tout comme il faut avoir le physique de Shiva pour arriver à jouer efficacement. Conduire un char d'assaut ne s'improvise pas, encore moins piloter un avion de chasse… On n'est pas dans GTA ni dans Mercenaries. Les didacticiels sont plus que bienvenus, mais se sentir à l'aise demande plusieurs heures de jeu. ArmA II est étrangement rythmé, puisant sa force dans la tension ambiante plus que dans les fusillades. Comme dans la réalité, vous ne pouvez pas jouer cavalier seul et devez marquer à la culotte les autres membres de votre escouade, poétiquement baptisée le Razor Team.
Pas question de batifoler, l'isolement conduit à la catastrophe, surtout si vous êtes assigné à des missions de confiance, comme marquer au laser des blindés ennemis afin que l'aviation les supprime. On vous demande beaucoup de choses, tout le temps: Arma II ne souffre pas la distraction et demande un engagement total de la part du joueur. Qui, en récompense, vivra de grands frissons de peur virtuelle ainsi que de beaux moments d'action. Spécialement en mode multijoueur, un secteur où ArmA II excelle grâce à une importante communauté de joueurs. Trouver un serveur ne sera pas un problème, ne pas s'en faire éjecter parce que l'on joue comme un bidasse newbie au milieu de commandos aguerris en est un autre…
Alarma!
Exigeant, ArmA II l'est tout autant sur le plan technique. Graphiquement réussi et détaillé avec un soin incroyable, ce jeu demande une configuration plus que musclée pour pouvoir tourner à un niveau visuel satisfaisant avec une résolution d'écran décente. Y jouer avec toutes les options graphiques au maximum – et il y en a un bon paquet – est pour l'instant réservé à un microcosme fortuné. Hélas, l'exigence s'arrête au matériel utilisé: le code du jeu se révèle bien plus bugué qu'il ne devrait l'être. Une constante chez Bohemia, mais, heureusement, le développeur suit son produit de près et propose régulièrement des patchs corrigeant bon nombre de problèmes. Ce n'est pas encore parfait, mais les améliorations sont d'ores et déjà visibles dans les premières mises à jour déjà disponibles.
Elitiste mais immersif, ArmA II ne révélera tout son potentiel qu'aux plus acharnés. C'est dommage qu'un jeu aussi bien pensé dans son concept reste aussi hermétique à cause d'une interface lourde. Mais tel est le prix à payer pour le réalisme… Un beau légionnaire, brut de décoffrage, qui se mérite.















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