Shattered Memories aurait pu nous refaire le coup de l'amnésique qui se cherche et d'ailleurs, il nous le fait. Mais avec un talent et une finesse plutôt bien balancés. Là où, dans Silent Hill Homecoming, on avait pris l'habitude d'avoir un peu peur, mais surtout de tirer à tout-va, ces « souvenirs épars » vous plongent dans un thriller propre à vraiment faire pétocher.
La neige tombe toujours et encore, tout est ouaté, tout disparaît sous un manteau blanc informe. Avant même de perdre le contrôle de votre véhicule et de votre mémoire, vous êtes perdu. Vous vous réveillez, votre fille a disparu, vous l'appelez et la voix anglaise est déchirante. La frénésie de l'inquiétude vous prend. Où est-elle ?
La solitude est un cercueil de glace
Vous vous retrouvez donc dans une petite bourgade où chacun est calfeutré (ou mort, qui sait ?) pour cause de tempête de neige comme jamais. De hangars en dépôts, de bureaux en magasins désertés, vous avancez, lampe torche en main. Si sur la Wii, vous pouvez éclairer où vous le souhaitez, sur PSP, vous dirigez la lampe là où vous allez, sauf à utiliser la gâchette de droite pour voir les alentours.
Et franchement, même si les décors sont plutôt beaux et réussis dans leur minimalisme paradoxalement détaillé, vous préférerez parfois ne pas voir... Rapidement, le jeu vous mène de petit puzzle en mini-recherche, d'un endroit à un autre. Alors qu'on commence à se demander où veulent en venir les développeurs, jusqu'à ce que notre téléphone grésille et nous voilà à prendre en photo un spectre, puis à écouter des messages téléphoniques glaçants de notre petite fille qui nous enjoint de fuir, de fuir car « papa tu ne peux pas les combattre ».
Vous êtes seul, toujours.
Pas l'ombre d'une arme
Et de fait, vous ne combattrez jamais, sans aucune arme pour vous défendre. A chaque fois que vous basculerez dans le monde glacé parallèle et que vous rencontrerez des monstres, pas toujours inspirés, il vous faudra fuir toujours et encore vers les portes bleues. Fuir malgré la lourdeur du personnage, parfois harassante. Fuir en repoussant ces saloperies.
Le sang battant aux tempes, la trouille au ventre, jusqu'à retrouver le vrai monde. Il faudra parfois s'y reprendre à plusieurs reprises, mais ce n'est jamais lassant. D'autant que cette alternance de fuite et d'exploration est toujours saupoudrée d'effets de scénario réussis.
Scenario, scenarii
De temps à autres, comme une respiration, vous vous retrouvez chez un psy atypique. Il vous demande de répondre à des questionnaires sur votre vie sexuelle, votre rapport à la famille, et le goût amer de la vie. Il vous propose de colorier - en tirant la langue parce que les détails ne sont pas faciles à faire à la PSP - des images, etc.
Et chaque fois, vos réponses ont une répercussion dans le jeu, sur le jeu. La porte que vous avez peinte en rouge chez le psy sera rouge dans la « réalité ». Vous avez dit qu'il vous est arrivé d'être infidèle, certaines personnes seront plus avenantes, aguicheuses. Au contraire, vous avez dit que vous êtes toujours fidèle, elles seront plus réservées.
Comme l'indique un avertissement en début de partie, le jeu se joue autant de vous que vous de lui. Et cela contribue à la perte des repères, au sentiment diffus de ne plus savoir où vous en êtes. Au fil des six ou sept heures de jeu, vous recherchez votre fille, jusqu'à la révélation finale qui ne devrait pas vous décevoir.
Impression durable
Glaçant, plutôt joli et très hardi au niveau du scénario, ce Silent Hill tire très bien parti de la PSP (à qui il manque définitivement un second joystick) et nous rappelle qu'avant d'avoir peur en tuant des monstres, on avait peur tout court. Avant, quand on était petit et qu'on ne se cachait pas derrière un arsenal pour exorciser nos frayeurs.
D'autant que celles exposées ici sont les terreurs les plus simples, celles de l'inconnu et du désarroi. Et si sa durée de vie est réduite, vous pourrez y rejouer sans risque de répétition, puisque chaque comportement, réaction, réponse change une partie infime de la trame, le fil narratif restant le même. Un très bon jeu de genre.
points positifs
- L'ambiance
- La réalisation
- La narration
- L'absence d'arme
- Les allers-retours entre réel, monde parallèle et psy
- La rejouabilité
points négatifs

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