Jeu de super-héros naturaliste, inFamous ne nous mettait ni dans la peau d'un chevalier blanc, ni dans celle d'un bad boy caricatural. Agile comme Spider-Man et électrique comme une chaise, simple coursier propulsé super-héros à la suite d'une explosion qui coûta la vie à tant d'innocents, Cole (et le joueur à travers lui), c'est le type lambda, porté aussi bien par ses occasionnels élans d'héroïsme que par son cynisme et sa bassesse. C'est le super-héros super normal des années 2000, faillible et affaibli, à l'image de l'Amérique post-11 septembre, où le danger ne vient plus d'un super vilain en collant mais d'un désaxé du bloc d'à côté.
Ainsi, ce bac à sable aux allures d'Assassin's Creed super héroïque nous laisse souvent toute latitude, entre grands élans et petits renoncements. Préférerez- vous rosser un artiste de rue ou désamorcer une bombe ? Achever cet ennemi ou le paralyser ? Chaque action fera doucement pencher votre balance karmique d'un côté ou de l'autre. Mais ce sont les embranchements de la quête principale qui pèseront le plus lourd : ces moments où il faut choisir entre une quête subtile ou bourrine, généreuse ou cruelle, jouer la prudence ou trancher dans le tas.
Où François Hollande rencontre God of War
Pourtant, en déménageant à New Marais, Cole et sa clique ont un peu perdu de leur ambiguïté. Le « super-héros normal » cher à François Hollande est oublié, au profit d'une histoire plus classique, avec ses personnages plus « badass », à l'image de cet affrontement aux allures godofwaresque qui fait office de scène d'ouverture. La recette est globalement la même, mais le parfum s'est un peu dilué.
D'autant que l'écriture, déjà la traîne dans le premier opus, est ici quasiment transparente. Difficile de se passionner pour l'histoire, dont les enjeux sont de toute façon désamorcés par des dialogues pseudo-cool et vraiment lourdingues. Idem pour les missions secondaires. Elles ont beau être nombreuses et variées, elles tombent invariablement comme autant de cheveux sur la soupe. La faute à des mécanismes artificiels et simplistes, façon « détruit 5 antennes » ou « allume 3 relais électriques » qui fissure le parti pris réaliste de l'univers.
Un peu beauf et bravache
Pour autant, inFamous 2 possède toujours la plupart des qualités de son aîné, que ce soit la taille et la beauté de la ville, ou le plaisir ressenti à la parcourir façon yamakazi tout en distribuant les éclairs comme autant de Colissimo. Mais on aurait voulu encore plus. Qu'à sa relecture onze-septembriste du mythe du super-héros, inFamous puise dans cette New Orleans de pacotille pour nous servir, pourquoi pas, une réflexion sur l'abandon des faibles par les puissants typiquement post-Katrina. Que Sucker Punch creuse le sillon déjà esquissé par son héros attachant car terriblement humain, plutôt que cette quasi-marche arrière un peu beauf et bravache. Pas de problème, ce n'est que du jeu vidéo. Mais ça aurait pu être plus que ça.
points positifs
- New Marais, une belle et nouvelle ville
- Toujours cette impression de puissance
- Quelques choix moraux
points négatifs

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