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Un musée en ligne expose toutes les toiles du Royaume-Uni

Une centaine de personnes a quadrillé la Grande-Bretagne pendant dix ans pour photographier toutes les peintures qui sont dans le domaine public, et les exposer sur le Web.

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C'est sans doute la plus grande collection de peintures au monde: tout ce que le Royaume-Uni compte de toiles dans le domaine public, soit 210 000 tableaux de quelque 45 000 artistes rassemblés sur un même site Internet et visibles d'un simple clic. Il a fallu dix ans à l'association Public Catalogue Foundation (PCF) pour bâtir avec l'aide de la BBC cet immense musée virtuel baptisé « Your Paintings » (« Vos peintures »).
Dix ans passés à sillonner le pays jusqu'aux coins les plus reculés, des Shetland aux îles anglo-normandes en passant par l'archipel des Sorlingues, pour recenser tous les tableaux et les photographier. « Le Royaume-Uni possède une très importante collection de toiles, mais 80 % ne sont pas exposées. Elles sont entreposées dans des musées » qui n'ont pas suffisamment d'espace pour tout exposer « ou des bâtiments publics et les gens n'y ont pas accès », relève Andy Ellis, le directeur de PCF. « Et les deux tiers, probablement, n'avaient même jamais été photographiés ».

Une peinture trouvée dans un abri atomique

Une centaine de personnes ont participé à ce projet. Un travail de limiers. Outre les musées, qui leur ont largement apporté leur soutien, les « chercheurs » de l'association ont ratissé universités, mairies, édifices communaux, bibliothèques, hôpitaux, commissariats et casernes de pompiers, exhumant des tableaux d'arrière-salles, de caves et de greniers. Ils ont même été dans un zoo, un phare et des écoles d'art, retrouvant des œuvres de jeunesse de grands noms de la peinture britannique qui les avaient fréquentées, comme David Hockney. Dans un hôpital londonien, ils ont déniché un Véronèse. A la mairie de Bristol, un immense triptyque de William Hogarth accroché sur un mur, au milieu des ordinateurs et des photocopieurs. Dans un abri atomique construit pendant la guerre froide, un James Abott Whistler, entreposé là par la collectivité locale qui a ses bureaux au-dessus.
L'association s'est concentrée sur les peintures à l'huile, l'acrylique et la tempera (des pigments liés par du jaune d'œuf, une technique ancienne). Aquarelles et dessins étaient trop nombreux pour l'enveloppe réunie pour l'opération (6 millions de livres, soit 7,5 millions d'euros, financés majoritairement grâce à des dons privés). Mais elle n'a rien laissé de côté. « C'est un projet démocratique qui inclut toutes les œuvres quels que soient leur qualité ou leur état de conservation pour permettre aux gens de voir l'intégralité de cette collection. Il leur appartient de décider ce qu'ils aiment ou pas, souligne Andy Ellis. Je ne crois pas qu'il y ait l'équivalent ailleurs dans le monde. »

Le public est mis à contribution

Les internautes peuvent taguer les toiles
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D'ici la fin de l'année, la totalité des 210 000 peintures recensées seront mises en ligne sur le site conçu par la BBC, où les plus grands noms de la peinture tels Rembrandt ou Raphaël côtoient des milliers d'artistes obscurs. Comme ce pompier qui a peint pendant le Blitz, à même un morceau de toile arraché dans un taxi réquisitionné par les secours, l'incendie d'un immeuble dont il venait d'être témoin. 10 % de ces toiles n'ont d'ailleurs pu être encore attribuées avec certitude. Et beaucoup de modèles de portraits sont inconnus.
Pour « achever le puzzle », l'association va faire appel à des experts, mais elle a demandé aussi au public de l'aider à « étiqueter » les tableaux. « Les gens peuvent par exemple reconnaître un ancêtre ou le maire d'une ville » sur une toile, explique Andy Ellis, un ancien financier de la City qui s'est pris de passion pour l'art et pense déjà à la prochaine étape : élargir le projet à la sculpture. « C'est la concrétisation la plus aboutie du rêve de Malraux », note le directeur de l'Académie royale des arts britannique, Charles Saumarez Smith, dans un commentaire posté sur « Your Paintings ». L'écrivain André Malraux avait décrit dans la France de l'après-guerre sa vision d'« Un musée sans murs », à inventer grâce à la magie de la photographie.
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