Relativisme ?
par Anne de toulouse, le 07/10/2008 13:26:44
Le relativisme n'est pas un concept si rudimentaire qu'on puisse le traiter par "va vivre en...". Ca me semble être une pensée un petit peu courte...
Tout d'abord, une première notion qui semble t'avoir échappée, est que j'ai écrit "probablement" comme une pointe d'humour, on appelle cela de l'ironie. Mais peut-être que de nos jours, ç'est une hypothèse démesurée que de croire que l'on comprenne l'humour...
Le second point, moins évident, est que la dictature n'est pas nécessairement une dictature violente. En fait, une dictature violente est techniquement moins efficace qu'une dictature douce, dans laquelle, au lieu de ce que les gens ne peuvent pas dire ce qu'ils veulent, les gens peuvent au contraire dire ce qu'ils veulent mais cela n'a aucune conséquence concrète, et en plus ils sont convaincus d'être libres, donc d'autant moins enclins à se révolter... Ce point a été compris depuis déjà plus d'un siècle, et décrit par Bernays et Lippman (notamment dans un livre nommé "propagande" à l'époque où ce n'était pas encore un gros mot), pour ceux que ça intéresse. Ceux qui veulent découvrir le sujet, peuvent aussi lire le dernier numéro de la revue "science humaines" actuellement en kiosque, avec un excellent dossier sur la "manipulation".
Pardon, donc, d'avoir sorti ma science, je sais que ça aussi ça peut en choquer certains ;-))
Si en plus on rajoute le fait que le monde n'étant pas en noir ou blanc, il y a toujours une part de mal dans le bien (les démocraties) et une part de bien dans le mal (oui oui, les dictatures. On peut par exemple être un pays de dictature sans liberté comme Cuba, tout en ayant un des meilleurs systèmes de santé publique du monde, ou avoir l'inverse pour les USA), la question étant de conserver du discernement plutôt que d'agiter des slogans manichéistes.
"on ne fait pas au autres ce que l'on aimerais pas qu'il soit fait a soit même."
Ca claque comme un slogan de bon sens qui convaincra tout le monde, jusqu'au moment où on se met à refléchir. Car, pardon là encore de sortir ma science, un certain Kant avait déjà flingué le concept il y plusieurs siècles. Pour faire court : il faudrait au préalable avoir supposé que tout le monde est identique. Par exemple, moi j'adore qu'on me fasse écouter de l'opéra ou qu'on me fasse manger de la cuisine tibétaine, mais je suis sûre qu'il y a des tas de gens qui m'en voudraient si je leur rendais la pareille. ;-)))
Je ne vais pas rentrer dans les détails, il y a d'excellents livres là dessus.
Petite précision que j'avais envie de dire à propos de la notion d'insultes en démocratie. Je remarque que, dans la belle image que l'on nous donne de la démocratie, le peuple est sensé être souverain : c'est lui qui est au sommet, et tout l'appareil d'état (gouvernement, force publique etc..) est sensé être son serviteur, et non pas l'inverse, contrairement à l'Ancien Régime. C'est d'ailleurs comme ça que c'est décrit dans les textes fondateurs du 18e siecle.
Or je remarque, que la loi prévoit (et abuse...) du concept de "outrage à magistrat", "outrage à fonctionnaire", "outrage à policier"... mais il n'y a pas de "outrage à citoyen"... Ca devrait mettre la puce à l'oreille, déja.. Alors certes, l'on nous dira qu'au dela de la personne, c'est la fonction, le symbole, qui est touché... Mais le symbole de quoi au fait ? Le symbole du peuple, or c'est le peuple via le symbole qu'est le citoyen ordinaire, qui est touché... Ce n'est pas une mince contradiction, non ? En fait, c'est une simple "antiphrase", du genre "je te frappe mais c'est pour ton bien", "je te brule en place publique mais c'est pour te sauver", "je te vole mais je t'ai vendu du rêve". Vous pouvez essayer vous-même chez vous, ca marche à tout les coups : "je vous fais travailler comme un esclave mais c'est pour votre liberté", "je vous coupe l'éléctricité mais c'est pour développer votre lumière intérieure", "je te frappe ma chérie mais c'est pour te montrer que je t'aime"... Ca peut faire un bon jeu de société ça ;-))
En fait, pour les curieux, ce "truc" a été déjà décrit par Aristote, il y a plus de..pfffou... 2400 ans...
En fait, le coup du "outrage à" a assez peu à voir avec le symbole de quoi que ce soit, mais beaucoup avec le fait que ceux qui l'utilisent sont tout simplement ceux qui ont de leur coté la force et le pouvoir (justice, police...), tout bêtement (genre, autoamnistie des députés, comme on a vu il y a quelques années), le reste n'est que du "remplissage" par dessus ces faits de bases. Dans la même catégorie, on pourra ranger la relative impunité des juges (voir outreau), le principe de "l'intangibilité de la chose jugée", etc... Toutes ces choses sont absolument indispensable à la stabilité d'un appareil d'état (où irait on si on se mettait à critiquer les décisions de justices !), ce qui est une considération pratique, mais n'a rien à voir avec des principes moraux quelconques.(Pour ceux que ça intéresse, se reporter au fait que les juristes de Bush utilisent les théories du juriste Carl Shmidt, le théoricien du petit moustachu, pour justifier légalement la torture, guantanamo, la guerre d'irak, etc... Et pourtant, personne ne dira que les USA sont une dictature. Mais il se trouve juste que tout se recycle)
Rappelons donc que la démocratie n'est pas un mantra qu'on récite, c'est une vigilance de tous les instants. Rappellons d'ailleurs que la déclaration des droits de l'homme stipulait que c'est la justesse des lois qui faisait qu'on les respecte, et non pas le fait que ce soit des lois.
Bref, quelques considérations de philosophie politiques, juste pour dire que même si je n'aime pas du tout les insultes ni les gens grossiers, je considère que c'est précisèment une preuve de démocratie que on puisse le dire dans un forum : et aprés tout, personne n'est obligé de les lire ni d'y repondre. Plutot que la très stupide bien que répandue "on ne fait pas au autres ce que l'on aimerais pas qu'il soit fait a soit même", je préfère la célèbre opinion de Voltaire, selon qui "je n'aime pas ce que tu fais, mais je défendrais ton droit à le faire", car il n'y a pas de vraie liberté sans tolérance.
De fait, la question de la liberté et de la démocratie, est "un poil" plus complexe que le "va vivre en..."
