











Il ne faut jamais dire “ fontaine je ne boirai pas de ton eau ”. Et il est à tout le moins plutôt risqué de l'écrire. Le 13 juillet 2007, dans un éditorial titré “ Indépendance ”, le directeur du journal Le Monde fustigeait ce qu'il appelait “ les pseudo-médias alimentés par de pseudo-journalistes qui se soustraient aux règles élémentaires du métier ” (…) et les “ sites Internet prétendant, en mauvais alchimistes, changer la rumeur en information au nom d'un journalisme dit citoyen ou participatif ”.
Aujourd'hui, Le Monde change et lance LePost.fr, une plate-forme de contenus s'appuyant sur… le journalisme participatif. Le service, en ligne depuis le 10 septembre 2007, est édité par Le Monde interactif, filiale du quotidien du soir. Il dispose de sa propre équipe rédactionnelle. Et ses portes sont grandes ouvertes aux internautes qui peuvent y soumettre des articles, des photos (sur le modèle du site de “ citoyen-reporter ”, Scooplive.com) ou travailler de concert avec les journalistes du site.
Le concept vous rappelle quelque chose ? Cela n'est pas étonnant. En lançant LePost.fr, Le Monde entend surfer sur les récents succès enregistrés, notamment à l'occasion de la campagne présidentielle, par des sites pionniers comme Agoravox.fr ou Rue89.com (créé par d'anciens journalistes de Libération). “ Cela prouve au moins que notre modèle avait du bon ”, constate un brin ironique le fondateur d'Agoravox.fr, Carlo Revelli.
Pour le moment, selon le sacro-saint principe du Web 2.0 qui consiste à générer des revenus à partir des contributions techniques ou éditoriales produites par les internautes, les créateurs du site LePost.fr n'ont prévu aucun système de rémunération pour les amateurs de journalisme, devenus journalistes-amateurs.
Une situation que l'on retrouve également chez Agoravox et qui se comprend à la lumière de la fragilité des modèles économiques de ce type de sites. “ C'est un vrai débat chez nos contributeurs, reconnaît Carlo Revelli. Certains considèrent que l'arrivée de l'argent pervertirait le système. D'autres, qu'une redistribution des gains devrait s'opérer. ” Figure de proue des médias participatifs en France, Agoravox n'est toujours pas à l'équilibre malgré son petit million de visiteurs uniques par mois. Seul Ohmynews.com, en Corée du Sud, verse aujourd'hui plusieurs dizaines de dollars aux auteurs des meilleurs articles.
Mais dans l'univers impitoyable du journalisme participatif, il est clair qu'il est toujours bien difficile de faire de sa passion un métier. Sur un créneau similaire, Rue89, lancé au printemps dernier, travaille sur une politique de partenariat, notamment avec le pionnier de la presse en ligne aux Etats-Unis, Slate.com. “ Pour nous, il s'agissait avant tout de montrer que la révolution numérique ne se fait pas seulement dans le domaine de la musique en ligne, mais touche également le monde de l'information ”, commente Pascal Riché, cofondateur de Rue89.com.
En revendiquant une certaine subjectivité dans le traitement de l'information, le site attire déjà plusieurs centaines de milliers de lecteurs par mois. Ses créateurs ont réuni cet été leur première levée de fonds. “ Cela devrait permettre au site de tenir jusqu'en 2008 ”, indique Pascal Riché. En espérant que l'enthousiasme des internautes se transforme en revenus.
Depuis le début du mois de septembre, les lecteurs du Monde sont régulièrement informés des états d'âme de blogueur de l'ex-éditeur Guy Birenbaum. Celui qui tenait, avec un succès certain, son blog NRV sur la plate-forme du quotidien 20 Minutes a soudainement arrêté cette expérience, expliquait Le Monde le 3 septembre dernier (“ à 07h25, il a écrit son ultime note ”).
Six jours plus tard, le journal consacrait un article au désarroi des fidèles lecteurs de Guy Birenbaum. Les plus “ facétieux ” selon Le Monde allant même jusqu'à créer un site “ enattendantguy.com ”.
L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais elle vient de connaître un heureux dénouement qui ravira à n'en pas douter les lecteurs du quotidien du soir. Guy Birenbaum vient en effet de rejoindre LePost.fr, pour relancer ses activités de blogueur, indique Libération. Mais pas en tant que simple contributeur. Le chroniqueur bénéficiera, lui, d'un contrat publicitaire en échange de l'audience générée par ses contributions.
















