Réparer soi-même ses écouteurs intra-auriculaires en remplaçant leur batterie usagée à l’aide d’un simple petit tournevis relève encore aujourd’hui trop souvent de l’utopie technologique dans le monde de l’audio nomade ; même si les grandes marques commencent à s’y mettre à l’image de Sennheiser et ses excellents Momentum True Wireless 5.

C’est pourtant la promesse renouvelée du constructeur néerlandais Fairphone avec la commercialisation de ses Fairbuds 2. Après une première génération lancée au prix de 149 euros, la marque revoit sa copie tarifaire et repositionne cette nouvelle mouture à 119 euros. Une baisse de prix bienvenue de 30 euros qui place ces écouteurs face à une concurrence particulièrement dense sur le segment du milieu de gamme.
L’éthique au creux de l’oreille
Tout en conservant son engagement écoresponsable historique (utilisation de composants recyclés, traçabilité rigoureuse des minerais, rémunération équitable des ouvriers et neutralité totale en matière de déchets électroniques), Fairphone entend démontrer qu’une conception éthique ne rime plus obligatoirement avec concessions techniques majeures. Les Fairbuds 2 introduisent en effet des évolutions matérielles importantes : l’apparition d’un format doté d’une tige, un boîtier de charge nettement plus discret, l’intégration du Bluetooth 6.0 ou encore la prise en charge du codec audio haute définition LDAC.

Premier constat lors du déballage : le boîtier de charge des Fairbuds 2 bénéficie d’une cure d’amincissement très appréciable. Le constructeur annonce une réduction de volume de 37 % et un poids en baisse de 32 % par rapport au boîtier de la première génération. Avec ses dimensions de 56,5 x 45,2 x 27,7 mm et son poids global de 64 grammes (oreillettes incluses), cet étui se glisse désormais sans la moindre difficulté au fond d’une poche de pantalon, comblant ainsi l’un des reproches majeurs adressés à son prédécesseur.

Question finition et éco-conception, la fiche technique force le respect. Fairphone indique que 49 % de la masse totale du produit est issue de matériaux équitables ou recyclés. La structure fait appel à 75 % de plastiques recyclés, dont 70 % de plastique PCR (post-consommation). À l’intérieur, les aimants des haut-parleurs intègrent 100 % de terres rares recyclées, la pâte à braser est composée à 100 % d’étain recyclé, tandis que l’or, le cobalt, le cuivre et l’argent proviennent de filières certifiées Fairmined ou compensées par des crédits éthiques. De surcroît, le fabricant garantit un assemblage réalisé dans des usines garantissant des primes de salaire décent et utilisant 100 % d’énergie renouvelable. Enfin, pour préserver la santé de l’utilisateur lors des contacts prolongés avec la peau, le revêtement extérieur est certifié totalement exempt de composés perfluorés (PFAS).

Cependant, la véritable prouesse d’ingénierie réside dans la réparabilité. L’utilisateur peut remplacer lui-même jusqu’à sept pièces détachées distinctes réparties entre le boîtier et les écouteurs, incluant les batteries amovibles. Cela s’accompagne d’une garantie constructeur étendue à trois ans et d’une neutralité totale en déchets électroniques.

Côté écouteurs, le design évolue par l’ajout d’une tige, absente sur le premier modèle. Malheureusement, cette architecture modulaire impose des contraintes physiques incompressibles. Les oreillettes (5,8 grammes chacune) restent volumineuses, avec des dimensions de 30,2 x 22,6 x 24,38 mm. Malgré le dégagement offert par la tige, les écouteurs s’avèrent assez imposants et ressortent nettement du pavillon de l’oreille une fois insérés. Les écouteurs bénéficient par ailleurs d’une certification IP54 garantissant une résistance aux poussières et aux projections d’eau et se déclinent en deux coloris : noir et vert.

Ergonomie et commandes : la tige fait son apparition
L’apparition d’une tige sur les Fairbuds 2 modifie la prise en main au quotidien. Pour piloter la musique et les appels, Fairphone s’appuie sur des commandes tactiles capacitives disposées directement le long des tiges de chaque oreillette.

Dans les faits, l’intégration de cette tige apporte une amélioration ergonomique bienvenue pour manipuler ou réajuster les écouteurs dans le conduit auditif sans risquer d’appuyer par inadvertance sur les zones sensibles. Les gestes tactiles classiques permettent de gérer la lecture audio, de mettre en pause, de passer aux pistes suivantes ou de naviguer entre les différents modes d’écoute.

Cependant, la protubérance marquée des écouteurs hors de l’oreille tend à altérer la sensation d’intégration. Lors de mouvements de tête répétés ou de marche rapide, la masse déportée des oreillettes se fait ressentir, nécessitant parfois de vérifier leur bon positionnement.

Application et connectivité : quelques limites
En matière de transmission sans fil, les Fairbuds 2 font le plein de technologies modernes. Ils tirent parti de la norme Bluetooth 6.0 et affichent une portée théorique de 10 mètres en champ libre. La panoplie de codecs pris en charge se montre exhaustive : en plus des incontournables SBC et AAC, les écouteurs intègrent le codec basse latence LC3 ainsi que le LDAC. Grâce à ce dernier, la transmission de flux audio peut grimpante jusqu’à un débit de 990 kbps, offrant ainsi une compatibilité avec les fichiers audio haute définition sans fil.
Les Fairbuds 2 embarquent également une fonction de connexion multipoint. Le système permet d’enregistrer jusqu’à six appareils en mémoire et de basculer de manière transparente entre deux sources connectées simultanément, par exemple un smartphone et un ordinateur portable.
C’est malheureusement du côté de la partie logicielle que le tableau se gâte. L’application compagnon Fairbuds (disponible sur iOS et Android) souffre d’un manque criant de fonctionnalités et d’une conception trop simpliste. Bien que le multipoint matériel soit parfaitement fonctionnel, l’application ne propose aucun menu dédié permettant d’afficher les appareils appairés ou de gérer manuellement les bascules entre les sources connectées.

Pour personnaliser la restitution sonore, l’application propose cinq présélections d’égalisation conçues en studio (Standard, Neutre, Amplification des basses, Amplification des aigus et Voix), ainsi qu’un égaliseur manuel à cinq bandes particulièrement pratique pour ajuster le signal selon ses préférences.

Réduction de bruit et kit mains libres : loin des ténors du marché
Sur le papier, les Fairbuds 2 mettent en avant une réduction de bruit active hybride promettant une réduction de bruit allant jusqu’à 45 dB. Pour orchestrer ce traitement, le constructeur intègre un ensemble de six microphones (trois par écouteur) destinés à filtrer les bruits ambiants, les turbulences du vent et les bruits de fond, complété par un mode son ambiant (transparence) et un algorithme d’annulation des bruits d’environnement pour les appels.

Sur le terrain, la réalité d’écoute s’avère nettement plus modeste. La réduction de bruit active manque cruellement d’efficacité globale. On est particulièrement loin de la bulle de tranquillité délivrée par les références du secteur haut de gamme. Si les fréquences graves et régulières (comme le ronronnement continu d’un moteur) subissent un léger niveau d’atténuation, le filtrage peine à contenir les bruits d’ambiance plus complexes. Les discussions environnantes, les clameurs de la rue ou les bruits métalliques traversent le système sans réelle difficulté. Le mode transparence manque lui aussi de naturel, rendant les conversations extérieures peu agréables à suivre sans retirer les oreillettes.

Le constat s’avère tout aussi décevant en ce qui concerne l’utilisation en kit mains libres. Dans un environnement calme, la voix est transmise correctement. En revanche, dès que l’environnement se fait bruyant (rue commerçante, circulation routière, vent ou transports en commun), les microphones peinent à détacher le signal vocal des bruits parasites. La voix devient rapidement étouffée, hachée et difficilement intelligible pour le correspondant à l’autre bout du fil.
Qualité audio : une très belle surprise à ce niveau de prix
Pour orchestrer la partie acoustique, Fairphone a revu sa copie matérielle. Les anciens transducteurs de 11 mm à revêtement titane cèdent leur place à de nouveaux haut-parleurs dynamiques de 11 mm en bio-cellulose.
À l’écoute, le rendu audio constitue incontestablement la très bonne surprise de ces Fairbuds 2, surtout au regard de leur tarif affiché de 119 euros. Par défaut, la signature sonore configurée d’usine se montre très punchy, portée par des basses amples et vigoureuses. Les impacts de grave sont bien affirmés, apportant une belle énergie aux morceaux de musique électronique ou de hip-hop. Revers de la médaille : cette prédominance des basses a tendance à rogner légèrement sur le registre des médiums et à enrober un peu trop les voix. Les aigus, quant à eux, demeurent bien maîtrisés, apportant la clarté nécessaire sans jamais verser dans l’agressivité ou la sibilance.

Heureusement, un tour dans l’application permet de corriger aisément ce déséquilibre. En sélectionnant la présélection « Balanced », le profil sonore s’assagit intelligemment. En atténuant le niveau des basses fréquences, ce réglage permet aux médiums de s’exprimer beaucoup mieux. Les voix gagnent immédiatement en présence, en naturel et en lisibilité.
Autre point fort remarqué lors de nos essais : la spatialisation sonore. La scène sonore surprend par sa largeur, offrant une séparation des instruments très convaincante pour une paire d’écouteurs vendue à ce niveau de prix.
La seule véritable limite acoustique concerne les registres musicaux exigeants, notamment la musique classique. Les Fairbuds 2 manquent en effet de dynamique, peinant à retranscrire avec fidélité les variations de volume subtiles entre les passages calmes et les envolées orchestrales intenses. Le son y paraît parfois un peu tassé, sans toutefois démériter au vu du placement tarifaire.
Autonomie : de belles promesses mais une réalité mesurée
Pour alimenter l’ensemble, chaque écouteur intègre un accumulateur de 45 mAh, tandis que le boîtier embarque une batterie de 500 mAh. Sur le papier, le constructeur annonce une autonomie en hausse, atteignant jusqu’à 6 heures d’écoute continue avec la réduction de bruit active (ANC) activée, et jusqu’à 8 heures sans ANC. En comptant les recharges fournies par l’étui, l’autonomie totale promise grimpe à 40 heures (contre 26 heures sur le modèle précédent).

Lors de notre test d’usage en conditions d’écoute réelle (volume réglé à 50 % et réduction de bruit active enclenchée), nous avons mesuré une autonomie de 6 h 32. Si ce résultat s’avère tout à fait honorable pour assurer une journée de travail complète, il convient de souligner que la progression annoncée par rapport à la première génération n’est pas évidente sur le terrain. En effet, nous avions mesuré 6 h 48 sur la première version des Fairbuds dans des conditions d’essai similaires.
Pour la recharge, le boîtier nécessite 2 heures pour faire le plein complet via son port USB-C (attention, aucun câble n’est fourni dans la boîte). Un système de charge rapide permet néanmoins de récupérer 1,5 heure d’écoute en seulement 10 minutes de charge. Précisons enfin que le boîtier est dépourvu de compatibilité avec la charge sans fil Qi.
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