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Oui à la double compétence, sauf pour les métiers pointus

Le non-informaticien est souvent très apprécié par son employeur. Pourtant, les spécialités techniques requièrent des aptitudes particulières. Les traitements exigeant un niveau élevé de sécurité ne peuvent être confiés à des néophytes.

C’est bien connu, rien ne vaut une bonne motivation. “Les non-informaticiens font de très bons professionnels de l’informatique. Sans doute parce qu’à la double compétence, ils ajoutent la motivation qui pousse à toujours mieux faire.” Joan Chamary, directrice des ressources humaines d’Atos, n’a pas l’enthousiasme béat. Elle sait de quoi elle parle. En 1998, confrontée à un marché de l’emploi sous tension, la SSII a recruté, pour son seule pôle ” intégration “, pas moins de… cent huit non-informaticiens ! Essentiellement des ingénieurs (mécanique, électronique), des universitaires bac + 4 et des chimistes, pour la plupart jeunes diplômés. Mais la sélection a été rigoureuse. Implacable même. Entretiens multiples, tests de motivation, vérification du minimum de connaissances informatiques requis, analyse du changement d’orientation. . . Résultat, seulement un candidat sur sept postulants a été retenu. “Une garantie de succès pour nous comme pour eux”, remarque Joan Chamary.
Aujourd’hui, après une période intensive de formation aux NTIC et presque deux années de travail effectif aux côtés d’informaticiens ” tuteurs “, seuls trois d’entre eux ont renoncé. Les autres poursuivent l’aventure et donnent entière satisfaction. “Ils ont vraiment la volonté de réussir.” Pour ces non-spécialistes devenus consultants avant-vente, ingénieurs commerciaux ou encore ingénieurs d’études et de développement, il aura fallu une bonne dose de ténacité. Car tous les recruteurs vous le diront : pour ceux qui ne sont pas du sérail, si le diplôme est essentiel, l’envie est une exigence. “La double compétence est un atout que nous recherchons et que nous valorisons. Encore faut-il l’acquérir, explique Arnaud Lescroart, directeur informatique international chez Decathlon. Pour les jeunes diplômés, il s’agit de remettre l’ouvrage sur le métier au cours de leur période de formation, ce qui ne va pas de soi pour tout le monde. A diplôme équivalent, c’est l’enthousiasme qui fait la différence.”

Les métiers pointus, domaine réservé

Le barrage de la sélection franchi, la formation digérée, le non-informaticien deviendra-t-il meilleur que les autres ? Dans sa besace figurent quelques ” plus ” que les recruteurs ne manquent pas de vanter : autonomie, sens de l’initiative, créativité, compétences initiales enrichissantes pour l’entreprise… Chez Grolier, éditeur multimédia et fournisseur d’accès Internet (Club Internet), comme chez Infogrames, tous deux gros recruteurs de non-informaticiens, on sait apparemment apprécier les talents. “Le passionné, élevé à la console de jeux, devenu bidouilleur génial, fait partie du mythe des années 80 et 90. Il existe encore et nous le recrutons toujours, mais nos métiers se sont professionnalisés avec la mise en place de filières d’études”, raconte Karine Lechevalier, chargée du recrutement chez Infogrames. Si l’entreprise se tourne aujourd’hui vers des ingénieurs, graphistes ou diplômés d’écoles supérieures de commerce, c’est pour partie en raison de la conjoncture, mais aussi pour ce qu’ils peuvent apporter. Selon elle, ils offrent à la fois “ des idées, du recul par rapport à leur métier et des capacités de management d’équipe. Là, leur double compétence devient un véritable atout pour l’entreprise “.

Mais qu’on ne s’y trompe pas. Si, dans les métiers transversaux, les non-informaticiens ont la cote, il reste nombre de domaines où la prime reste aux informaticiens traditionnels. Plus les métiers sont pointus, techniques, plus les places pour les néophytes sont rares, voire inexistantes, surtout pour les jeunes diplômés. “Impossible pour nous de les accueillir, témoigne ainsi Philippe Droin, directeur des ressources humaines de Neurocom, SSII spécialisée dans la sécurité des réseaux. Il est déjà difficile de recruter des spécialistes réseaux : nous recrutons donc des informaticiens expérimentés, que nous formons. Les non-informaticiens ne seraient pas assez rapidement opérationnels, surtout au regard de notre croissance.”



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Nicolas Fontenelle