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Les serveurs ont décidé de se faire tout petits

Les cartes serveurs remplaceront bientôt les empilements de boîtiers ultraplats qui peuplent les centres de données. Objectif : gagner de la place et dépenser moins en équipements de réseau.

Pour les centres de données, le gain de place reste la première préoccupation. La possibilité de concentrer un maximum de serveurs dans un minimum d’espace conditionne souvent la complexité, et donc le coût, du système d’information d’une entreprise. Avec l’arrivée, il y a quelques années déjà, des boîtiers ultraplats, les entreprises ont pu réduire considérablement l’encombrement de leurs salles de serveurs, réduisant du même coup les dépenses en câblage et en maintenance. Ces boîtiers sont aujourd’hui en passe d’être remplacés par des cartes.Au lieu d’être empilés à raison d’une douzaine par armoire de deux mètres de haut, les serveurs sont désormais enfichés par groupe de 4, 8, 16, voire 24, dans un châssis, sur le même principe que les disques durs extractibles dont sont équipés la plupart des serveurs. Résultat, dans une armoire où l’on entassait une quarantaine de boîtiers ultraplats, il sera possible de loger jusqu’à 200 ou 250 cartes.

Bataille de standard

Selon le cabinet Dataquest, le marché pour ce type de produit avoisinerait 1,2 milliard de dollars (1,3 milliard d’euros) en 2006, avec plus d’un million d’unités vendues. Mais que tous les constructeurs aient, très logiquement, répondu présents ne signifie pas que ce marché connaîtra un décollage rapide. Sur les traces de la pionnière du domaine, la start-up RLX Technologies, HP, Sun, et plus récemment Dell proposent leur interprétation des cartes serveurs. IBM et Compaq devraient suivre avant l’été. Mais leurs divergences en disent long sur le chemin qui reste à parcourir pour aboutir à des produits aussi normalisés que le sont aujourd’hui les serveurs ultraplats. Une bataille de normes qui, analyse encore Dataquest, peut freiner durablement l’adoption de cet outillage par les entreprises, mais qui s’explique par l’importance de l’enjeu pour chaque constructeur impliqué.Car, à la seule exception peut-être du processeur, tous les composants entrant dans la fabrication d’un serveur sont quasiment à repenser. Dans son principe, l’architecture d’une carte serveur est relativement simple : imaginez qu’au lieu d’être entouré d’une grosse boîte en plastique, votre PC se résume à un simple circuit imprimé auquel serait directement fixé le disque dur. Mais la compacité de l’ensemble crée de nouveaux défis pour les constructeurs. En premier lieu, les serveurs ne peuvent plus disposer chacun de leur propre alimentation, ils doivent donc se reposer sur une source de puissance externe, intégrée au châssis. Idem pour les périphériques d’entrée/sortie (lecteurs de disquettes ou de CD-Rom, clavier, écran et souris). Là encore, la carte serveur doit partager ces ressources, au travers du châssis, avec ses voisins. Chez Dell, c’est une carte de contrôle qui se charge d’organiser l’accès aux serveurs. Seule entorse à cette règle du partage absolu, les connexions de réseau. Chaque carte serveur dispose en effet de sa propre interface de communication, reliée à un micro réseau local interne, le fond de panier. “De cette façon, souligne Pierre Bruno, de Dell France, on évite de multiplier les équipements de réseaux pour connecter les serveurs entre eux.”Bien connue des fabricants de matériels de réseaux, cette architecture est inédite dans le monde des serveurs d’entreprise. Selon ses promoteurs, elle y apporterait une plus grande flexibilité et une réduction significative ?” pour moitié, selon Dell ?” des coûts de maintenance. Au passage, les cartes serveurs apportent une solution à l’un des problèmes majeurs des centres de données, les émissions de chaleur : débarrassé de la gestion de certains composants (CD-Rom, clavier, etc.), le circuit de communication interne (PCI) peut être réduit au minimum, abaissant d’autant l’émission de chaleur. Selon les ingénieurs de Dell, un ensemble de huit cartes n’en diffuserait pas plus, à plein régime, que trois serveurs ultraplats.

Des serveurs “briques”

Mais c’est en réalité pour les constructeurs que les cartes serveurs constituent une aubaine. En mettant en avant un coût total de possession (achat, exploitation et maintenance), qui peut être inférieur de moitié à celui d’un serveur en boîtier, tous espèrent engager à nouveau les entreprises dans un cycle de renouvellement des équipements qui s’était sérieusement ralenti (trois ans et demi en 2001 contre trois ans l’année précédente) depuis le début de la crise. Une étape, explique-t-on chez Dell. Le constructeur envisage de sortir en 2003 une gamme de serveurs “briques”, une déclinaison plus avancée du concept de cartes serveurs, qui permettrait de modifier la configuration matérielle d’un serveur comme l’on monte ou l’on démonte un jeu de Lego.

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Paul Philipon-Dollet