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Internet par satellite : Amazon renouvelle les ambitions de sa constellation Kuiper

Le PDG Andy Jassy estime que le marché serait de 300 à 400 millions de clients dans le monde. Mais il va devoir affronter le service Starlink et bien d’autres concurrents. 

A la tête d’Amazon depuis juillet 2021, Andy Jassy a partagé sa première lettre aux actionnaires en fin de semaine dernière. Si l’essentiel de sa missive était consacrée aux profits phénoménaux réalisés par le groupe sous l’effet de la pandémie, il a aussi glissé un mot au sujet de la constellation de satellites Kuiper. Un projet cher à son prédécesseur Jeff Bezos.

Il estime que le marché mondial de l’accès à Internet par satellite pour les constellations en orbite basse (LEO) serait de 300 à 400 millions de clients. Il a rappelé qu’Amazon y consacrait un budget de 10 milliards de dollars. « Kuiper servira les clients avec une connectivité haut débit fixe minimale ou nulle, modifiant ainsi l’accès aux informations et aux ressources pour de nombreuses communautés », écrit-il.

Andy Jassy, le PDG d'Amazon.
Amazon – Andy Jassy, le PDG d’Amazon.

Le géant américain ciblera aussi bien les particuliers que les entreprises, les écoles ou les organisations gouvernementales. La constellation s’appuiera sur le réseau logistique et opérationnel mondial d’Amazon, ainsi que sur le réseau et l’infrastructure d’Amazon Web Services (AWS). Andy Jassy se montre confiant dans son futur modèle commercial, qui devrait pourtant reposer sur des tarifs très abordables pour les clients. On peut s’attendre à ce qu’il casse les prix.

Un contrat de lancement spectaculaire

Amazon a obtenu l’autorisation auprès de la Commission Fédérale des Communications (FCC) de déployer 3236 satellites. La moitié devra être en place d’ici juillet 2026 et la totalité mi 2029. Un contrat de lancement spectaculaire a été signé il y a peu avec United Launch Alliance, Arianespace et Blue Origin pour sécuriser 83 lancements sur une période de cinq ans.

Mais lorsque le service sera opérationnel, il devra faire face à une concurrence extrêmement forte. Kuiper va arriver tard par rapport au service Starlink de SpaceX, qui a déjà conquis plusieurs centaines de milliers d’utilisateurs dans 25 pays et est même devenu incontournable en Ukraine depuis la guerre. OneWeb, malgré des difficultés, a également réussi à mettre 428 satellites en orbite avec un service actif au-dessus du 50e parallèle. L’Europe, sous l’impulsion du commissaire Thierry Breton, entend aussi lancer les premiers satellites de sa propre constellation dès 2024. Une question de souveraineté et de redondance en cas de d’attaque. Il y a enfin le projet Telesat Lightspeed, qui veut être opérationnel dès 2023. Et il ne faut pas enterrer trop vite les services d’accès à Internet fournis par les satellites géostationnaires d’opérateurs comme Viasat ou Eutelsat.

Pour l’heure, Amazon prévoit de lancer deux missions prototypes dans les mois qui viennent. Plus de 1 000 personnes travailleraient actuellement sur le projet.


Amélie CHARNAY
Journaliste