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A vos crayons de couleur

Lorsqu’une entreprise lance un appel d’offres informatiques, qui a le plus de chances de l’emporter ? Le meilleur ? Bien sûr que non ! C’est celui qui manipule le mieux les crayons de couleur.

Mais pourquoi, pourquoi ont-ils colorisé Les Tontons flingueurs ? Le chef-d’?”uvre de Georges Lautner n’avait pas besoin de ça ! Ce mystère me hante depuis quelques années et aujourd’hui j’ai trouvé, sinon une explication définitive, du moins une allégorie explicative. Les réponses aux appels d’offres informatiques, en couleur également, répondent au même impératif : ça se vend mieux.Pour peu que l’on pose la question aux principaux concernés, les exemples ne manquent pas.Au jeu du coloriage de rapports, les sociétés de conseil s’en tirent généralement beaucoup mieux que les services informatiques internes. Normal, c’est leur métier. Ainsi, dans cette grande entreprise de restauration, en plein projet Oracle Applications : “Nous avons testé le prestataire, une grande société de conseil, sur un site pilote et avons fait des préconisations en parallèle”, bouillonne encore le directeur informatique, mis en concurrence contre sa volonté. Présenté avec grande classe, le projet du ” Big ” passe haut la main. Pour mieux se planter ensuite. Résultat : le projet interne, quatre fois moins cher, est finalement retenu pour le déploiement général. Pour cette fois, la photocopie a gagné.Mais la couleur, c’est aussi la chaleur, l’impalpable, le détail humain qui fera prendre une décision stratégique… sur un sourire ou une bonne tête.Fin des années 90, dans une grande entreprise de services, un projet colossal de refonte informatique se plante dans un splendide feu d’artifice. Il n’aura fallu que quelques sourires et une maîtrise d’?”uvre interne experte en communication pour faire passer la pilule : “Notre directeur informatique a du charisme, il est positif, franc, honnête, plein d’énergie”, s’enjouait récemment l’un des chefs de projet. En bref, un candidat potentiel à l’élection du DI de l’année…
Avec le recul, le même chef de projet, sous couvert d’anonymat, se rend compte que le charisme apaise, la franchise rassure et l’honnêteté endort. Les meilleures qualités du monde ne sont pas venues à bout d’un projet qui visiblement partait à vau-l’eau.Alors, fallait-il coloriser Les Tontons flingueurs ? Non ! Le mystère reste entier. Faut-il colorier ses rapports de projet ? Oui ! Malgré les effets pervers, pas de mystère. Voici dailleurs un petit exercice pratique pour la semaine à venir : traquez les rapports coloriés, les chefs de projet grimés et utilisez leurs propres armes : les crayons de couleur. Vos (bonnes) idées en ressortiront grandies.Prochaine chronique le lundi 9 avril
2001

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Philippe Billard