Il y a quelque chose d'hypnotique dans Sengoku Basara Samurai Heroes. Quelque chose qui fait que le cerveau passe en automatique quand, aux commandes d'un général japonais « kitschissime », après avoir massacré le 12 000e ennemi avec la même combinaison de trois ou quatre boutons, et après avoir réussi pour la dixième fois ce qui nous a semblé la même mission, avec dix fois les mêmes objectifs, on voit finalement s'afficher le générique de fin du jeu. Et qu'on se surprend à lancer une nouvelle partie, avec un nouveau personnage, sans même s'en rendre compte.
Spinoza et le beat'em up
C'est là le secret de Sangoku Basara : proposer des combats ultrarépétitifs, tellement bas du front qu'ils feraient passer God of War pour une relecture exhaustive et tout en nuances de l'intégralité de l'œuvre de Spinoza. Tout ça avec pour cadre des décors sans grande originalité : tout au plus une petite poignée d'arènes reliées entre elles par des couloirs d'une intense banalité, guère sublimées par des graphismes taillés à la serpe hérités des épisodes PlayStation 2. Dans chacune, un seul objectif : après quelques checkpoints arrachés à l'armée adverse, parvenir jusqu'à un boss avec plusieurs dizaines de milliers de points de vie, et lui faire mordre la poussière.
Bref, rien qui nécessite de mettre en branle plus d'une poignée de neurones. Les synapses au repos, on a alors tout le loisir de mettre ses doigts à contribution, à l'épreuve même, puisque ce ne sont pas cinq, dix, ni même cinquante missions qui les attendent, mais plusieurs centaines. Si terminer le jeu une première fois est une formalité plus proche du mode solo d'un Street Fighter que d'un Final Fantasy, il faudra la recommencer d'innombrables fois, avec chacun des dix persos hystériques et caricaturaux de la ménagerie Sengoku Basara, en s'engageant à chaque fois dans des batailles différentes, qui influenceront la progression d'une histoire protéiforme et gratuite, où il est vaguement question d'amitié et de trahison sur fond de reconquête d'un Japon médiéval manga.
Epileptique de la baffe
Sengoku Basara, c'est un jeu pour épileptiques de la baffe, mais aussi pour frénétiques de la collection, le genre à vouloir recommencer le jeu trente fois minimum, pour être sûr d'avoir débloqué tous les persos, toutes les histoires alternatives, une partie des armes et au moins une fraction des objets bonus. Pas franchement ce que le jeu vidéo nous a livré de plus profond, d'intelligent, et de mature, plutôt le genre de passe-temps régressif qui plaira à ceux qui trouvent Dynasty Warriors encore un peu trop subtil, mais qui aura du mal à convaincre ceux qui ne sont pas tombés dans la marmite du « button-smashing » quand ils étaient petits. Ou alors à la rigueur par petite dose, dans un état d'abandon, avec son cerveau en mode veille, et de préférence en « coop' » pour se tenir mutuellement éveillé.
points positifs
points négatifs

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