Les amateurs de jeux de rôle à la japonaise ne savent plus à quel saint se vouer : Final Fantasy XIII a provoqué un énorme schisme dans leur communauté. Déstabilisant mais novateur, moins simple qu'il n'y paraît, technologiquement irréprochable, le dernier opus de Square Enix a perturbé les vieux « rôlistes ». Trop facile, trop linéaire, avec un système de combat « Shi Fu Mi » trop perturbant, les puristes n'ont pas vraiment apprécié... Tapi dans son coin, Resonance of Fate a attendu son heure et se dévoile au grand jour quelques semaines après la sortie du monstre sacré.
Il faut avoir une satanée dose d'expérience pour oser se prendre en frontal un Final Fantasy, mais le studio Tri Ace et Sega n'en ont cure. Après tout, Bayonetta est sorti entre Darksiders, Dante's Inferno et God of War : l'éditeur, on le sait, ne manque pas de piquants !
Duel de générations
Resonance of Fate claque comme un acte de défiance, un duel proposé par un vieux samouraï à son jeune élève flamboyant. Duel amical, mais baigné par un enjeu dépassant le simple cadre du combat de genre : de l'issue du combat (et donc des ventes...) dépendra l'histoire du jeu de rôle sur console et son orientation.
En 2010, existe-t-il suffisamment de joueurs fascinés par un système de jeu aussi complexe que passionnant ? Combien sont-ils encore à aimer les combats aléatoires ? En subsiste-t-il suffisamment de ces ascètes de la gestion d'inventaire et des points de compétence ? Sont-ils encore suffisamment vifs pour survivre à des mécaniques de combat mêlant semi temps réel, positionnement au centimètre près et réflexes ophidiens ? En 2010, qui a encore envie de recommencer, encore et encore, le premier donjon d'un jeu au niveau de difficulté aussi vicieusement élevé ?
Apprendre à aimer
Tri Ace ne s'est pas posé la question et frappe de tout le poids de sa tradition : les créateurs de Star Ocean et de Valkyrie Profile osent sortir l'un des jeux de rôle les plus complexes jamais produits. Un titre complètement anachronique et totalement punk, se souciant comme d'une guigne de la mode. Un vieux breuvage, capiteux et explosif, qui emportera la mâchoire et le cerveau des joueurs tendres... Le cœur de Resonance of Fate bat au rythme de mécaniques de combat incroyablement denses, non linéaires, demandant une attention de tous les instants de la part du courageux.
Certes, les monstres ne sont pas plus intelligents que la moyenne et ont un comportement prévisible, mais ils s'avèrent redoutablement efficaces. Une boulette suffit pour qu'une bagarre quelconque tourne en Waterloo, et c'est fréquemment que le mot de Cambronne sera prononcé. S'enfermer une paire d'heures dans le didacticiel de combat, l'assimiler et le refaire jusqu'à la perfection est fortement recommandé pour éviter la dépression.
Autre point névralgique, l'univers et la façon de s'y déplacer. Très fermée au départ, la carte du monde déstabilise par son fonctionnement, demandant de débloquer les zones via des pièces hexagonales que l'on obtient lors de certaines missions ou pendant les combats aléatoires, si on a de la chance. Classées par couleur, elles disposent de propriétés spécifiques et les acquérir est une quête complète en elle-même.
Horloge cosmique
Resonance of Fate déroule son scénario dans le monde de Bezel, une ville volante construite comme une gigantesque horloge. L'ambiance est unique mais peu festive, la palette de couleurs étant assez fade, à dessein. La modélisation générale, hormis pour les héros, ne provoquera pas les mêmes exclamations que celles suscitées par FF XIII : à l'instar de son gameplay, Resonance est très vieille école. Les niveaux sont finalement peu linéaires et assez nombreux, dépeignant efficacement une cité crépusculaire en plein chaos politique. Un monde mécanique sur le déclin, où la magie n'existe pas et où la force de l'injustice fait loi. Redonner un peu d'espoir à la population ne sera pas facile !
Les héros de Resonance ne se laissent pas apprivoiser facilement, distillant leur biographie au fil de séquences cinématiques la plupart du temps réussies (surtout, ne zappez pas l'introduction !).
Ultime défi ?
Resonance of Fate, fatalement, est affaibli par son héritage : scénario linéaire, quêtes secondaires peu excitantes, graphismes surannés. Des défauts transparents pour les inconditionnels des jeux de rôle à la japonaise les plus fervents, ceux qui ont grandi à l'aune de la souffrance des Dragon Quest, Star Ocean ou autre Skies of Arcadia. Ils n'auront aucune raison de refuser l'un des derniers challenges qui leur sera proposé avant longtemps. Pour connaisseurs seulement, ou curieux courageux. Dans les deux cas, l'expérience ne s'oubliera pas.
points positifs
points négatifs

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