Forza est la réponse de Microsoft au Gran Turismo de Sony: le but avoué est de séduire les amateurs de sport automobile en leur proposant une simulation aussi exigeante que leurs attentes. La barre est haute, la puissance de calcul des consoles modernes permettant de réaliser des jeux visuellement bluffants, à la limite du photoréalisme et pouvant gérer des centaines de paramètres influant sur la conduite des véhicules.
En raison du retard de son concurrent, l’éternel Arlésien Gran Turismo 5, Forza 3 a donc la piste rien que pour lui cet hiver pour convaincre les shootés au cheval vapeur que le meilleur jeu de caisse du moment se trouve sur Xbox 360 et nulle part ailleurs. Mission accomplie: Forza prend une sacrée avance sur son rival, sur tous les compartiments de jeu.
Forza tranquille
Un simulateur de voitures, c’est avant tout une question de prise en main et de sensations. Le Graal est atteint lorsque le jeu est visuellement réaliste et fluide, qu'il procure une vraie sensation de vitesse, qu'il gère les dégâts et qui s’avère un minimum pointilleux à prendre en main, sanctionnant par un tête à queue impitoyable les pilotes peu soucieux des lois de la force centrifuge. Ou «centripète», mais alors roulez les vitres ouvertes!
Forza n’en est pas encore à ce degré de réalisme mais remplit haut la main les conditions énoncées plus haut. Il se permet même de rajouter une dose supplémentaire de vernis en proposant une vue intérieure jouable pour chaque véhicule et son habitacle représenté avec une minutie digne d’un modéliste-horloger suisse. Difficile de ne pas s’appesantir sur l’intense mais froide beauté graphique de Forza: on s’y croirait presque lors des ralentis. Les reflets sur les carrosseries, la modélisation des circuits, les peintures qui s’écaillent ou les pare-chocs qui volent après un accident… Tout est là pour mettre à genoux les esthètes mécaniciens. Cela manque en revanche complètement de fantaisie et d’effets de particules mais là n’est pas le propos du titre. Si vous cherchez du tape à l’œil, allez plutôt voir du côté de Grid.
Passe ton bac à sable d’abord
Grid, justement: Forza nous rappelle à son bon souvenir en empruntant sans vergogne son système de rembobinage temporel, permettant de revenir quelques instants en arrière pour éviter un crash. Ou plusieurs instants. Ou plusieurs virages. Ou un tour complet… Il n’y a qu’à appuyer sur la touche Back de la manette pour réécrire le passé!
On ne s’étendra pas sur la prouesse de programmation de cette option de jeu (mais comment font-ils avec si peu de mémoire vive ?!?) mais on insistera plutôt sur son côté pratique. Fini de relancer une course en cas de carton, ce qui arrangera à la fois les tricheurs et les joueurs pas très performants. Les pros, quant à eux, pourront emprunter à l’infini le même virage afin de trouver la trajectoire idéale qui leur permettra de gagner le millième de seconde séparant le bovin du divin.
Réglé au millimètre
Forza 3 a envie de plaire à tout le monde et, à travers ses nombreux réglages, permet de personnaliser complètement l’expérience de conduite qu’il apporte. Microsoft annonçait que le jeu pouvait être pris en main par un enfant de six ans... Et ce n’est pas du pipeau: si l’on active toutes les assistances de conduite, le plus fougueux des pur-sangs mécaniques se transforme en gentil baudet de manège. Les caisses collent au sol, ne virent jamais dans le mauvais sens mais cela reste quand même agréable à jouer, le feeling de vitesse restant toujours bien présent.
A l’opposé, les maniaques subiront un châtiment à la mesure de leur vice s’ils s’amusent à jouer en mode simulation. Mais le jeu reste juste, récompensant le vertueux, tançant le casse-cou et piétinant le stupide via ses algorithmes de simulation dignes de la Nasa. Les modifications de trajectoire à la suite d'un passage sur un dévers ou un accrochage sont subtiles tout en étant brutales: il est possible de rattraper son châssis du bout des ongles sur le vibreur si l’on maîtrise l’appel/contre-appel, pourvu que l’on ait convenablement réglé ses amortos et surgonflé ses gommes. J’arrête ici, je sens que vous décrochez…
Ceux qui comprennent ce jargon en auront pour leur argent, Forza 3 proposant une énorme liberté quant au tuning de son véhicule, aussi bien cosmétique que mécanique. Les réglages à effectuer sont pléthoriques et les statisticiens seront alimentés non-stop par un flot de données télémétriques incroyablement dense. Un tel degré de réalisme n’avait jamais été approché par un jeu console, frisant le pathologique.
Mention spéciale à l’intelligence artificielle, joueuse et flexible, aux antipodes des robots de Gran Turismo. On ne s’ennuie pas une seule seconde en solo avec de tels adversaires virtuels. Et comme le panel de circuits disponibles s’avère incroyablement fourni, vous avez de quoi tenir un demi-siècle avant d’être lassé.
Pole position et podium mérités
Forza est aussi une expérience communautaire, qui s’épanouit magnifiquement via ses modes en ligne. Pas seulement à travers ses courses mais également avec le système de vente aux enchères, un véritable jeu dans le jeu. En quelques secondes, vous pouvez gagner les crédits qui vous manquent en revendant votre vieille épave, acheter et spéculer sur les modèles les plus populaires ou compléter votre collection sans disputer toutes les compétitions. C’est simple, rapide, efficace et accrocheur: on attendait ça depuis tellement longtemps!
Difficile de trouver un défaut à Forza si l’on aime un tant soit peu le sport auto, tout au plus peut-on déplorer l’absence d’un mode Rallye ou F1 mais ce n’est après tout qu’une sombre histoire de licence, les voitures de Le Mans Series ou les courses sur route apportant des sensations quasi identiques sur tarmac (il n’y a pas de piste sur boue ou gravier). Peu nombreux sont les titres à bénéficier d’un tel degré de finition, plus rares encore sont ceux qui arrivent à transcender des recettes que l’on pensait irrémédiablement éventées. Forza est un phénomène, ratissant large sans délaisser personne: l’amateur de jeu vidéo lambda comme le plus couronné des pilotes de salon trouveront leur compte. Un jeu super, sans aucun plomb.
points positifs
- Un choix de voitures impressionnant avec plus de 400 véhicules
- Une animation bien plus fluide que dans les épisodes précédents
- Les circuits variés
- Les possibilités de personnalisation, aussi bien cosmétiques que mécaniques
- Une intelligence artificielle sportive
points négatifs

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