Il y a la grande Histoire, celle de l'Humanité, de la Résistance et puis il y a celle de Sean Devlin, Irlandais d'Epinal, comme tout ce qui figure dans ce jeu d'ailleurs, archétype du grand gars bourru, un poil porté sur la picole, les clopes, les femmes et les voitures. L'histoire, dans The Saboteur, est une toile de fond un peu floue. Après une rapide introduction dans la boîte de nuit qui sert de repaire à Sean, on a droit à un flash-back, trois mois plus tôt, pendant l'été 1940. Première surprise, la guerre n'est toujours pas déclarée. Deuxième surprise, les nazis n'arborent pas de croix gammée, marché allemand oblige.
Et puis les anachronismes ou les détails amusants, il y en a à la pelle. La tour Eiffel éclairée comme un sapin de Noël (le couvre-feu ? Jamais entendu parler, pourquoi ?), les voitures équipées d'autoradios RDS de série, ce qui donne l'occasion d'écouter une bande-son jazzy-musette plus française que Maurice Chevalier. On ne s'attardera pas sur l'histoire personnelle du héros, qui entre en résistance par vengeance avant de devenir le fer de lance d'une Résistance très précoce. On ne s'arrêtera pas plus sur les dialogues pitoyables, qui laissent émerger quelques perles, parfois.
J'ai deux amours, mon pays et GTA
The Saboteur est une sorte de GTA. Tout ce qu'il a, GTA l'a en mieux. Les modes d'alerte-poursuite, par exemple. Et, alors que l'épisode IV reproduisait un New York renommé avec une grande fidélité, ici, l'équipe de Pandemic Studios a recréé un Paris miniature, comme vu d'un bus Sight Seeing Tour. Entrez dans un bar, et les femmes sont nues – si vous avez téléchargé le DLC gratuit « Nuit parisienne ». Ah ! Paris ! la lingerie, les petites femmes de Pigalle… Et puis on passe de la gare de l'Est à Port-Royal en un clin d'œil et du parc des Buttes-Chaumont à la Bourgogne, oui, la région, comme si de rien n'était. Autant pour la géographie.
On arpente donc ce Paris vu depuis la Californie à pied, au sol, ou de toit en toit – à la Assassin's Creed. Ou encore en voiture, volée, comme il se doit, ou prise dans les garages clandestins d'un certain Santos, qui est un de ceux qui vous donnent des missions (récupérer une bouteille de champagne, faire sauter un tank, etc.). Les missions sont d'ailleurs assez variées et couvrent un panel assez large d'activités : pose d'explosif, assassinat, vol, etc.
Mort trop subite ?
Graphiquement, on est loin d'être emballé. Sur console, c'est correct, mais évitez d'y jouer sur un écran à tube cathodique, même de bonne taille, car vous ne pourrez pas lire les instructions. Sur PC, les graphismes sont bien plus soignés et lisses, et on prend vraiment plaisir à contempler les variations de tons et de lumière.
Quelle que soit la plate-forme, au niveau du gameplay, entre les partis pris et des besoins d'ajustements évidents – ajustements qui n'ont pas été réalisés par Pandemic Studios pour cause de licenciements économiques –, on se demande longuement quoi penser du jeu. La conduite très arcade donne l'impression de rouler sur des rails, ce qui arrive par ailleurs. La physique ? Quoi ça ?
Les développeurs ont décidé de ne pas faire peur au joueur inexpérimenté. L'aspect infiltration est totalement supplanté par l'action. Loin d'un Splinter Cell, on s'aperçoit rapidement qu'on peut foncer dans le tas et tenir le choc pendant suffisamment de temps pour finir la mission. En tout cas en mode normal ; ça se complique et l'IA devient plus agressive quand le niveau monte.
Et pourtant ça marche
Malgré ces défauts, The Saboteur parvient à donner envie de jouer. Sont-ce les dizaines de sous-objectifs qui font qu'on prend plaisir à détruire les dépôts d'essence, les tours de surveillance, les haut-parleurs diffusant la propagande, etc. ? Est-ce cette jolie trouvaille graphique un poil manichéenne, qui veut que les zones « libérées » par vos soins passent à la couleur et prennent vie alors que celles où vous n'êtes pas allé sont encore grises ou noires ? Sont-ce ces bonus qu'on débloque ou qu'on peut acheter pour améliorer ses capacités ou ses armes ?
En échappant à une alerte de niveau III, on obtient le titre d'Artiste de l'évasion, ce qui donne le droit de prendre une voiture gratuitement dans un garage clandestin quand on est en fuite. Le niveau d'alerte V vous balance tout de même dans les pattes des tanks et des avions. Il y a dix catégories dans lesquelles on peut débloquer des compétences (Bagarre, Sabotage, Matériel, Grabuge, Sniper, Course, Explosif, etc.). On pourra acheter au marché noir, avec des points de contrebande glanés en faisant sauter des objectifs ou en trouvant des caches, des armes plus performantes ou plus silencieuses. La panoplie n'est pas énorme, mais suffisante.
The Saboteur saboté
Doté d'une ambiance propre, d'une patte comme on en trouve rarement dans les jeux trop policés, The Saboteur souffre d'un gameplay pas toujours abouti. Faute de temps, peut-être. On sourira également, dans nos contrées, de l'image de la France qu'on nous renvoie. Pour autant, pour un baroud d'honneur, reconnaissons-le, Pandemic s'en est bien sorti. Deux façons de voir : le jeu à moitié vide ou à moitié plein. Soit on voit le potentiel et ce qu'on aurait pu avoir entre les mains, soit on prend ce qu'on a et on apprécie. The Saboteur, sans être le jeu de cette fin d'année, pourrait bien vous donner un peu de plaisir, entre un Assassin's Creed II de toute beauté et un Splinter Cell : Conviction qu'on attend de pied ferme.
points positifs
points négatifs

test










![]() |
Youseemii
Mesurez gratuitement votre visibilité sur internet et les réseaux sociaux
|
|


nos newsletters














agrandir la photo
