Prototype est un jeu qui n'y va pas par quatre chemins: les interdits, la morale, le bon goût et l'empathie, il ne connaît pas. Dans un Manhattan ravagé par un terrible virus qui transforme les gens en zombies (air connu), aucune loi, hormis martiale, ne vaut.
La ville est à vif, purulente, envahie par des créatures inconnues se délectant des survivants. Face à eux, des militaires de la Blackwatch, une puissante organisation gouvernementale secrète qui essaie d'endiguer le fléau au M16 et au char d'assaut. Au milieu, Alex Mercer. Au lieu de se transformer en goule décérébrée, Alex a vu son organisme muter. Evoluer. Devenir quelque chose de plus qu'humain, une machine de combat absolue pouvant accomplir des prouesses physiques incroyables. Quelque chose qui ferait passer Spider Man pour un Yamakazi maladroit et Hulk pour un chétif chenapan. Un cauchemar de muscles, de tentacules, de protubérances osseuses tranchantes, pouvant sauter ou chuter de plusieurs dizaines de mètres sans aucun dégât. Capable d'escalader les façades des immeubles telle une araignée infernale, de courir plus vite qu'une onde de choc nucléaire. Plus proche du démon que de l'homme, Alex Mercer est surtout en colère, dans une rogne sans fin qui le gouverne et l'envoie chercher les responsables de ce chaos… Des têtes vont tomber, au figuré mais surtout au sens propre. Enfin, pas vraiment.
Etat de siège
Radical Entertainement est un studio canadien de jeu vidéo habituellement très sage, spécialisé dans des jeux à licence plutôt destinés au très grand public. Independance Day, Les Simpson, Crash Bandicoot et surtout Hulk sont passés entre ses doigts agiles. De ce dernier, notre jeu a retenu la quintessence (tout péter à l'écran), tout en repoussant les limites de la technologie moderne.
Prototype est un titre qui cassera la mâchoire du plus blasé des geeks, en lui assenant un énorme uppercut graphique digne d'Ivan Drago. Sans atteindre les dimensions du Liberty City de GTA IV, le Manhattan de Prototype a quand même de quoi impressionner, surtout que l'on peut aller littéralement partout, Alex n'étant soumis à aucune contrainte dans ses déplacements.
Aucun sommet n'est inaccessible: quelques coups de griffes soigneusement appliqués dans le béton, et vous voilà capable d'escalader la plus fine des flèches d'immeuble.
Bien plus que dans la baston, le principal rouage de la mécanique de Prototype réside dans les déplacements, fluides et rapides, qui demandent un minimum de créativité de la part du joueur. La ville grouillant de militaires nerveux et aux aguets, se déplacer en courant comme un dératé au milieu de la chaussée – en envoyant valser dans les airs tout ce qui pèse moins de 5 tonnes – n'est pas ce que l'on appelle une façon discrète de se mouvoir. Pas plus que planer d'immeuble en immeuble, les hélicos de combat du Blackwatch vous repérant alors rapidement. Pourtant, la petite aiguille tourne en votre défaveur: se rendre vite et sans encombre d'un point à un autre est crucial.
Action mutante
Se déplacer en toute liberté, c'est bien. Pouvoir faire tout ce que l'on veut ou presque, c'est mieux. Mis à part les immeubles, on peut démolir tout ce que l'on veut dans Prototype. Alex Mercer est le personnage de jeu vidéo le plus puissant jamais offert aux gamers, un tourbillon de force pouvant modeler le monde à son image, ou plutôt le défigurer. Abribus, chars, voitures, passants… rien n'est assez solide pour résister à votre force, et tout devient une arme redoutable que vous utiliserez par nécessité, par besoin (un passant équivaut à un bon hamburger, d'un point de vue nutritionnel) ou par sadisme.
Se battre, oui, mais pas pour n'importe quelle cause: en l'occurrence, il s'agit de faire éclater la vérité, en plus de quelques rates. Prototype propose un scénario qui ravira les théoriciens du complot avec ses expériences secrètes, ses scientifiques corrompus et son gouvernement soucieux de camoufler la vérité.
Les missions sont nombreuses et rythmées, avec une agréable croissance dans la difficulté. Alex évolue beaucoup au fil de l'aventure, grâce à un système de points d'expérience permettant de débloquer de nouvelles capacités offensives ou défensives. Les missions s'en trouvent facilitées, ce qui encourage à collecter des points dans les très nombreuses épreuves secondaires disséminées un peu partout. Impossible de se retrouver bloqué ou de ne rien faire dans Prototype!
Proto-trip
Que reprocher à ce mutant du jeu d'action, qui, malgré sa sauvagerie, se dompte en quelques minutes avec le pad? Franchement, rien, même si les esprits chagrins trouveront les textures un peu simplistes (et encore, cela ne se remarque que dans les rares moments où l'on reste immobile) et les missions trop dirigées. Réalisant sans concession les fantasmes – inavouables – de bon nombre d'entre nous, Prototype canalise son chaos et procure une expérience de jeu subversive, régressive mais complètement jouissive, qui ne s'adresse vraiment pas à tous. Si vous avez une âme de poète idéaliste, il vous est instamment recommandé de passer votre chemin. Les autres s'abandonneront sans remords dans les serres de ce jeu d'action que l'on attendait depuis toujours.















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