Cette drôle de production de Gas Powered Games (le studio de Chris Taylor, auteur de Total Annihilation et, plus récemment, de Supreme Commander) est un paradoxe qui alterne le très bon, le médiocre et le franchement décevant. Une étrange glace à trois boules: le problème, c'est qu'il est impossible de les dissocier lors de la dégustation… Les gamers vétérans devront avoir le palais solide pour avaler ce qui leur fera penser à une énorme couleuvre. Les plus sagaces ne manqueront pas de remarquer la grande ressemblance entre Demigod et Defence of the Ancients (DOTA), un module gratuit de Warcraft III extrêmement populaire. Et ils auront raison: Demigod est une copie complète du game design de DOTA, qui reprend sans aucune vergogne ses fondamentaux… C'est mal de copier ses concepts sur le voisin, M. Taylor!
Dans Demigod, vous prenez le contrôle d'un héros qui n'a qu'une seule envie: dérouiller violemment les soldats ennemis et détruire leur forteresse. Et, si possible, se faire un presse-papier de la boîte crânienne du héros adverse. Un peu fruste, notre demi-dieu, pas vraiment raffiné bien qu'il revendique une appellation de stratège en temps réel. Le modèle tactique choisi est plus proche de celui d'Hannibal… Lecter que du randonneur transalpin. Malgré la présence de nombreuses unités alliées, sachez que vous ne dirigerez que le héros. Il est en effet impossible de contrôler les mouvements de ses troupes ou de maîtriser leur production: c'est une chair à canon qui, avant tout, sert à ralentir la progression de l'adversaire. Ou à lui servir de punching-ball…
Demi-rôle
Avant de démarrer la partie, vous devez choisir votre camp: la lumière ou les ténèbres. L'histoire justifiant ces échauffourées divines reste un mystère, les développeurs ayant écrit le strict minimum concernant l'univers du jeu. C'est dommage, surtout avec un environnement graphique aussi réussi et original… On aurait aimé en savoir plus, mais seules quelques lignes de texte sont disponibles sur le site du jeu. A l'heure actuelle, Demigod propose huit divinités, mais l'effectif devrait grossir dans les mois à venir grâce à un contenu supplémentaire qui, malheureusement, sera payant. Huit demi-dieux, répartis en trois catégories: les balaises qui cognent fort, les planqués qui aident les autres en les soignant ou en handicapant l'adversaire et les chétifs sournois qui tapent à distance.
Des aptitudes parfaitement complémentaires, c'est le minimum syndical pour un jeu conçu pour être joué en mode coopératif. Demigod n'aura pas le prix de l'innovation mais son système de jeu fonctionne sans anicroche. Plus vous vous battez, plus vous gagnez de l'expérience (limitée à vingt niveaux par partie), laquelle vous donne des points, à répartir dans des arbres de compétences. L'aspect jeu de rôle est assez marqué, avec gestion d'inventaire et d'objets magiques. A noter la lenteur de déplacement des héros, assez frustrante… Surtout en cas de décès: le temps pour revenir au bon endroit se révèle odieusement long!
Demi-cadeau
Les premières minutes de jeu sont assez déconcertantes car il n'y a pas de didacticiel digne de ce nom pour expliquer le fonctionnement de base. Heureusement, pas besoin de sortir de Normale sup' pour comprendre que tout se joue au clic. Au bout d'un petit quart d'heure, on sait utiliser son héros et employer ses pouvoirs spéciaux sans trop d'hésitation. La gestion de la caméra, entièrement libre, permet de contempler l'excellent travail des graphistes sous tous les angles. Visuellement, ce jeu ne lésine pas pour en mettre plein les yeux, avec ses créatures magnifiquement et minutieusement modélisées, animées avec un soin méticuleux. Mention spéciale à Rook, un gigantesque golem équipé de tourelles sur les épaules et d'un énorme marteau de guerre capable d'aplatir une armée en un coup!
Demigod fera plaisir aux joueurs bien équipés et sortira de leur torpeur les ventilateurs de cartes graphiques, tout en restant jouable sur des configurations un peu plus modestes. C'est fluide mais ce n'est pas vraiment un exploit, car il n'y a pas tellement d'objets à l'écran. Le design général des cartes est très simple: toutes sont symétriques et ne proposent rien d'autre qu'une texture de sol et quelques tours. Elles sont dans l'ensemble exiguës et ne laissent que peu de place à la surprise, malgré l'emploi d'un brouillard de guerre. Trop faciles, trop lisibles, surtout pour les joueurs avertis qui trouveront bien vite les méthodes idéales de rush pour remporter la victoire.
Demi-citron
Demigod est avant tout orienté vers le multijoueur, ce qui peut justifier le côté spartiate de la partie solo. Pas de campagne à jouer seul, à peine un mode Escarmouche ou Tournoi: le minimum syndical, avec une IA pas vraiment satisfaisante. Trop facile en normal, le jeu devient pénible en difficile à cause de l'apathie de vos coéquipiers virtuels et de l'agressivité de l'IA adverse. Le solo sert juste à se faire la main avant d'aller en découdre sur le Net avec de vrais joueurs… Et là, c'est le drame.
L'éditeur online de Demigod (Stardock) a péché par altruisme en refusant d'inclure une DRM. Résultat au 16 avril: 18000 jeux vendus, 120000 requêtes de connexion sur les serveurs, cherchez l'erreur… Stardock n'avait pas prévu un tel volume de connexions au lancement du jeu, et les serveurs saturent, rendant quasi impossibles les parties sur Internet. Un coup dur, et injuste, porté à un jeune éditeur un peu naïf. Et qui fait enrager le consommateur honnête, qui se retrouve sur les bras avec un jeu solo plastiquement magnifique, mais très moyen sur le fond, dont il ne peut pas exploiter le vrai potentiel.
En attendant que Stardock résolve ce problème, vous pouvez toujours tenter de jouer entre amis via des logiciels de type Hamachi. Un jeu avec un vrai potentiel, donc, mais il est encore un peu trop tôt pour y investir 40 euros.















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