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La Commission européenne présente son plan stratégique sur les données et l’intelligence artificielle

L’exécutif de l’Union européenne lance son plan de bataille pour faire du continent un champion de la data et des IA « responsables » et « humaines ».

Elle était très attendue, la voici. La Commission européenne vient de dévoiler mercredi 19 février sa feuille de route liée au numérique. Ce plan de bataille se concentre essentiellement sur l’intelligence artificielle (IA) et la gestion des données. Le message de la présidente, Ursula von der Leyen, est clair : le numérique est une opportunité et l’Europe a les moyens de s’en saisir. Pendant trois mois, ces « mesures et idées » sont ouvertes à la consultation publique, c’est-à-dire à toutes les parties prenantes : entreprises, syndicats, société civile, les gouvernements des 27. Des propositions législatives sont attendues d’ici la fin de l’année.

Allier « excellence et confiance »

Concernant l’IA, la Commission a publié dans la foulée un Livre blanc [PDF]. Il s’agit de développer deux écosystèmes : un « d’excellence » et l’autre de « confiance ». Pour l’exécutif européen, l’excellence passe par la création de centres européens de recherche centrés sur l’IA. Le réseau transnational mobiliserait environ 100 millions d’euros* d’investissement pour sectoriser ces pôles de recherche. Concernant la confiance, il s’agit de faire respecter les neuf principes prédéfinis par le groupe d’experts européens en 2019. « Nous voulons que l’application de ces nouvelles technologies soit digne de la confiance de nos citoyens […] Nous encourageons une approche responsable de l’intelligence artificielle centrée sur l’humain », a déclaré la présidente de la Commission.

Pour mener à bien ce projet, le budget collectif s’élèverait à 20 milliards d’euros* par an. Cet argent proviendra à la fois de l’Europe, des États membres, mais aussi du secteur privé. Bien que toujours en négociation, face aux centaines de milliards investis par les États-Unis et la Chine, l’enveloppe européenne semble pourtant encore assez mince.

Un super cloud européen

« Mais l’IA c’est de la data », a rappelé Ursula von der Leyen. C’est pourquoi le deuxième volet de cette stratégie numérique veut créer d’un espace de partage de données sûr et transnational pour « en extraire la valeur », « stimuler la croissance » et « soutenir la transformation de l’économie européenne dans son ensemble ». Pour cela, la Commission envisage la création d’une super infrastructure. Son ambition est de fédérer les clouds nationaux. Une des conditions : assurer l’interopérabilité entre les pays et entre les secteurs. À partir de 2022, entre 4 et 6 milliards d’euros* seront investis par le secteur privé, mais aussi les États. La Commissaire a rappelé l’enjeu primordial de la sécurité des données sans pour autant entrer dans les détails techniques – qui devraient être discutés lors de la consultation publique. 

Selon la Commissaire, le tissu industriel de l’Europe fait sa force et c’est précisément ce levier qui sera utilisé dans le package numérique européen pour faire la différence. Elle a rappelé que 25 % des robots industriels sont « made in EU ». Le Commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, l’a également martelé, le numérique est une opportunité pour les industries et réciproquement. Profitant de l’occasion, la Commission a rappelé que si la Chine détenait un arsenal industriel pour le déploiement de la 5G, l’Europe aussi avait ses champions Nokia et Ericsson, alors qu’aux États-Unis il n’existait aucun constructeur d’infrastructures radio.

La reconnaissance faciale pas à l’ordre du jour

Si les propositions sont encore en chantier, certains champs n’ont pas encore été investis par l’Europe dans ce plan. Quid de la reconnaissance faciale ? Après avoir annoncé bannir toute expérimentation pendant cinq ans puis rétrocédé sur ce point début 2020, la Commission européenne s’en remet aujourd’hui au cadre existant : le RGPD. Les expérimentations de cette technologie dans les États membres sont des exceptions en raison des données sensibles qu’elles traitent et elles doivent le rester. Néanmoins aucune nouvelle déclaration n’a eu lieu… bien que la Commission nationale de l’informatique et des libertés en France réclame un encadrement strict et urgent

En plus de renforcer son cadre législatif sur le numérique et d’en rester le modèle à l’échelle internationale, l’Europe semble vouloir saisir l’opportunité ouverte par les tensions sino-américaines couplées au lancement de la 5G. Rendez-vous dans trois mois.

* Toutes les sommes évoquées ne sont pas fixées puisque le budget européen est actuellement en cours de négociation. 

Source : Commission européenne

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Marion SIMON-RAINAUD