Comprenez. On ne pleure pas quand un jeu dont on n'attend rien est mauvais. Mais là, tout est si différent. De Mafia I, on se rappelle le plaisir de la conduite, le dirigisme bienvenu, le plaisir des missions longues et éprouvantes. Il y avait un quelque chose qui vous marque un joueur. C'était en 2002. Huit ans plus tard, on a forcément envie de remettre le couvert. Et le jeu est si beau – si votre machine tient la route, et, cette fois encore, on sent la différence de potentiel entre console et PC en termes de puissance graphique. Et l'ambiance est si bien réussie. Une copie de New York, rebaptisée Empire Bay, qui traverse le temps à partir des années 1940. Avec sa musique, ses saisons pour chaque « époque », une identité visuelle vraiment plaisante et une lumière très cinématographique. Un plaisir pour les yeux, même avec une ATI 4870 X2 vieillissante. Monde ouvert oblige, Empire Bay est peuplée de clones, de passants produits à la chaîne ayant appris les mêmes répliques. Mais on n'y fait pas trop attention. Le plaisir de conduire, au départ, masque ces petits à-côtés qu'on a appris à tolérer dans GTA IV.
Pour vous Niko Bellic, Johnny Klebitz et Luis Lopez
On a comme l'impression de découvrir Liberty City, la New York de RockStar, quelque cinquante ans plus tôt. Et puis, rapidement, on s'aperçoit qu'Empire Bay n'offre que le minimum. Pas de club, pas de salle de billard, pas de minijeu. Il y a bien quelques magasins : pour s'acheter des fringues et des armes, mais, très vite, à faire les poches des ennemis abattus, on est mieux équipé que l'armurier du coin… Il est bien possible de voler des voitures pour un peu d'argent, mais rien de plus. De toute façon, Mafia II mise sur son scénario et enchaîne les missions sans vous laisser vagabonder à l'envi. A la fin de chacune d'elles, vous rentrez chez vous, jusqu'à ce que le téléphone sonne, que quelqu'un hurle sous vos fenêtres ou qu'on vienne frapper à votre porte…
« Deuja-vou », comme on dit en anglais
Mais le souci, c'est que le scénario est au mieux classique, au pire ennuyeux. On tranchera pour prévisible, parce que les dialogues sont assez sympas, les personnages, bien campés et attachants et qu'il y a quelques rebondissements que vous n'aurez pas vus venir si vous dormiez un peu. Sur une bonne douzaine d'heures de jeu (selon la difficulté choisie ; on vous recommande Difficile, pour ne pas décrocher), on passe les six premières à se demander quand tout ça va décoller. Et puis on finit par ne plus y croire. Le talent narratif d'un GTA IV ou d'un Red Dead Redemption n'est pas de la partie. Ici, la narration est ultrabalisée et recourt systématiquement à des cinématiques qui, parfois, arrachent le joueur hors de l'action au lieu de l'y plonger et arrivent avec brio à couper une action essoufflée de bout en bout. Conséquence, on est comme Vito, démobilisé.
Pan ! pan ! t'es mort !
Parce qu'entre quelques courses-poursuites lentes à mourir (et le passage de la conduite en mode simulation n'y changera pas grand-chose), avec des bagnoles qui accusent leur carrosserie en taule épaisse, et des fusillades en forme de couloir, on peine à s'intéresser à ce que font Vito Scaletta, le héros, et son pote d'enfance, Joe Barbaro.
Pas l'ombre d'un défi quand on aligne les headshots à la chaîne, quand l'IA est placide et besogneuse, quand on possède des armes lourdes au bout de quelques missions d'une affligeante répétitivité, quand on se demande si l'on n'irait pas se chercher un truc à boire alors qu'on est censé être au cœur d'un nœud scénaristique. Seul le placement, perfectible, de la caméra (en vue à la troisième personne) gêne parfois la visée et fait qu'on se prend quelques balles. On se met alors à couvert pour voir sa vie remonter… Est-ce par conscience de cette faiblesse des fusillades ou en croyant nous faire plaisir en variant les approches ? Toujours est-il que les développeurs ont aussi saupoudré leur jeu de combats aux poings. Coups lents, coups rapides, esquives. Le pire ennemi en l'occurrence est la lassitude – quoi, encore un combat à mains nues alors que tout le monde autour à des flingues et pourrait buter un des adversaires ? Forcément, on baisse sa garde.
Simulation de radio rock
Pour une simulation de balade au fil des années 1940-1950 dans un New York imaginaire, Mafia II s'en sort bien. Mais il semble trop prisonnier des canons du genre mafieux pour surprendre et donner du plaisir avec son histoire. Les personnages sont attachants, mais semblent mal employés. Et puis on ne peut pas vraiment dire que Mafia II mérite le nom de jeu d'action tant il donne l'impression d'une vieille voiture qui peine à prendre de la vitesse et en perd dès qu'on prend un virage. Si tout n'est pas déplaisant, si on avance – parfois en bâillant – dans les missions, c'est finalement juste pour boire jusqu'aux larmes un whisky qui a tout l'air d'être frelaté, alors qu'on attendait un single malt d'exception.
points positifs
points négatifs

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