Brisons le suspense : le dernier Prince of Persia se révèle être une très agréable surprise, si on le rapporte à sa médiatisation très discrète. Certes, il ne propose aucune idée originale, mais sa qualité d'exécution est indéniable, et sa narration, ses décors et son ambiance forment un tout tellement fluide et cohérent qu'il réussit à procurer une dizaine d'heures de vrai dépaysement.
Un Ubi assez atypique
Paradoxalement, ce nouvel épisode est bien moins ambitieux que le précédent POP (testé ici), sorti fin 2008. Il peut même paraître suranné parfois, à rejouer des mécanismes de gameplay et des astuces de level design qui ont sept ans aujourd'hui, comme les courses à l'horizontale contre les murs, les sauts en suspension de pilier en pilier et les retours en arrière magiques de quelques secondes pour annuler une envolée manquée. Mais, dans son horlogerie minutieuse, faite de pièges retors et de cascades improbables, il a beaucoup à apprendre à de nombreux jeux de 2010 – y compris, et surtout, aux habituels blockbusters en monde ouvert d'Ubisoft, marqués par des théâtres de jeu souvent vastes et visuellement impressionnants, mais où il n'y a pas, généralement, autant d'acrobaties à réaliser.
Prince of Persia 1.5
Cet épisode reprend l'esthétique épurée de l'opus fondateur (Les Sables du temps, l'une des révélations de 2003) et renonce à tous les développements ultérieurs : l'ambiance goth metal de L'Âme du guerrier (2004), les transformations en Dark Prince des Deux Royaumes (2005), ou encore l'onirisme du dernier Prince of Persia (2008). Ni sang ni remontée d'hormones, le jeu revient aux fondamentaux : courir sur des murs, esquiver les pièges meurtriers d'un palais, jouer sur le temps pour revenir sur une acrobatie ratée et, enfin, last but not least, sabrer des soldats-squelettes, plein de soldats-squelettes.
Squelettes de sable
Sous leurs dehors classiques, Les Sables oubliés sont pourtant un modèle de jeu d'action moderne, et ce malgré un scénario des plus fins. En l'occurrence, le nouvel Ubisoft raconte le parcours du Prince, dirigé par le joueur, et de son frère Malik, que l'on suit dans les cinématiques, tous deux confrontés dans un vaste palais à l'« armée de Salomon », essentiellement des squelettes de sable modérément amicaux.
Chacun des deux frères détient un médaillon ; réunis, les deux doivent permettre de mettre fin à l'invasion. Mais, chaque fois que l'on élimine un squelette, il transmet à son vainqueur une partie de son pouvoir, sous forme d'orbe jaune, et lui permet d'accroître sa puissance. Gare au duel fratricide.
Frères ennemis
En effet, le Prince est protégé par le sceau d'un djinn bienveillant. De son côté, les orbes se manifestent donc par des points d'expérience, qui lui permettent d'acheter de nouveaux pouvoirs, plus de puissance, ou plus de résistance, et ainsi de tisser la noble mainmise du joueur sur ce palais retors. Du côté de Malik, celui de l'antihéros qui donne le tempo au scénario, les orbes développent au contraire une personnalité de plus en plus ambiguë, menaçante et belliqueuse, dans laquelle pointe déjà, sous la figure craquelée du grand frère, le spectre rouge et ténébreux de l'ennemi qui s'affirme et détruit.
Fluidité et scénario
Les quelques moments forts du scénario, grâce à des séquences soudain intenses et spectaculaires, rythment admirablement les phases de plates-formes et de combat, souvent plus calmes et routinières. En d'autres termes, une fois l'aventure lancée, on se prend vite au jeu, au point de se laisser entraîner dans le rythme effréné des chapitres. Thermes, terrasses suspendues, cour intérieure, suite royale ou salle du trône souterraine, le palais montre peu à peu toute son envergure et sa majesté.
Les Sables oubliés offrent ainsi une fluidité et un entrain qui
évoqueraient presque Uncharted 2, le générateur aléatoire de
paysages exotiques en moins. Et ce grâce à une difficulté volontairement
faible, une prise en main tolérante et des chapitres qui, s'enchaînant
sans transition, se boivent comme du petit lait à la fleur d'oranger.
Un jeu à succès
Sans doute aurait-il été possible de perfectionner encore la recette. Quelques séquences de plates-formes reviennent ainsi très – trop – souvent, et les monstres eux-mêmes manquent de variété, même si les combats en meute, volontairement simples et défoulants, demeurent un plaisir à expédier.
En fait, un peu plus de renouvellement dans l'aventure n'aurait rien retiré aux qualités premières de ces Sables oubliés. Mais ils se rattrapent sur leur cohérence globale, leur univers très fort, leur challenge à la fois accessible et progressif, leur réalisation solide et leur train entêtant. Sans oublier ces quelques points de détail qui font la différence, comme des succès et des trophées généreux, voire parfois drôles (sauter sur les épaules de 30 squelettes d'affilée…).
Au bout du compte, Les Sables Oubliés sont un bon jeu, tout simplement : peut-être moins m'as-tu-vu que les dernières productions d'Ubisoft, mais tout aussi bien, si ce n'est mieux, maîtrisés. Si vous avez aimé Prince of Persia version 2008, cet épisode vous semblera éventuellement un peu trop linéaire, dirigiste et classique. Mais, si vous aviez été conquis par Les Sables du temps, en 2003, vous devriez adhérer à son cachet si unique, fait d'ambiance orientale maîtrisée et d'audacieuses acrobaties virevoltantes.
points positifs
- La prise en main facile
- Les phases de plates-formes tolérantes
- L'univers unique et dépaysant
- La réalisation de haut niveau
- L'équilibre entre plaisir et challenge
- L'envergure majestueuse du palais
- Les quelques défis amusants
- Le rythme très accompli du scénario
points négatifs

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