Les psychopathes du beat’em all ne savent plus où donner de la
tête ces dernières semaines, avec une déferlante de jeux où les
concepts du Bien et du Mal sont traités avec ambiguïté. Des casse-têtes
moraux que l’on résout en laissant éclater ses incertitudes, le nœud
gordien étant fait pour être tranché avec vigueur. Dans le cas de Dante’s Inferno,
c’est avec la faux de la Mort que le damné héros répond à ses questions
métaphysiques. Le didacticiel, expédié en cinq minutes, permet de
découvrir toutes les subtilités du dernier titre de Visceral Games.
Absoudre les âmes ou les plonger dans le plus profond des tourments, le
choix est crucial pour Dante, un soldat envoyé sur le front de
Jérusalem. L’opération militaire à laquelle il participe tourne en eau
de boudin bénite, les otages dont il avait la responsabilité se faisant
massacrer sans vergogne par ses zélés coreligionnaires.
Trois mille morts sur la conscience, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux
pour s’attirer les grâces divines, pas plus que la compassion de ses
chefs. En plus, le vilain Dante trompe sa femme Béatrice, qui dans la
foulée se fait trucider par un revanchard envoyé par les familles des
otages. On a fait plus léger comme background, mais Dante’s Inferno se positionne comme une tragédie.
Al Dante
Inspiré par les poèmes L’Enfer du vrai
Dante, le titre de Visceral Games propose de plonger dans les neuf
cercles afin d’aller récupérer l’âme de Béatrice, devenue entre-temps
la promise de Lucifer. Le royaume des morts vu par un studio américain
pas vraiment caractérisé par sa subtilité de traitement graphique
(souvenez-vous du gorissime Dead Space), c’est quelque chose d’assez hollywoodien et, en fait, de pas très effrayant.
La direction artistique a opté pour des environnements et une ambiance
sadique et gothique, avec une forte dose d’organique à la Giger. Ceux
qui se sentaient mal devant les humanoïdes déformés de Dead Space rebrousseront rapidement chemin : Dante’s Inferno
joue quasi-exclusivement sur ce registre pour mettre le joueur mal à
l’aise. Bébés carnassiers, obèses vomissants, catins étripées
constitueront l’ordinaire de vos journées de fabricant industriel de
steak haché avarié. Pas pour les végétariens, donc, sans parler des
rivières de sang où se prélassent des cadavres plus ou moins putréfiés.
Bref, pour Visceral, l’enfer est organique, sexuel (ne pas jouer près
des plus jeunes !) et finalement conventionnel, proche des films
d’horreur et des tableaux de Bosch. Plus judéo-chrétien, tu meurs.
Dante occulte
Dante est tout à fait à son aise en ces lieux où la lumière ne brille
pas (pensez d’ailleurs à pousser la luminosité de votre écran), avec
son costume cousu à même la peau et son Opinel taille XXL. Un Croisé
énervé en Enfer, ce n’est pas ce qu’il y a de plus finaud et, comme
expliqué plus haut, c’est en moissonnant des âmes que le rebelle
repenti augmente sa puissance. La plupart s’obtiennent pendant les
phases de combat, où vous pouvez choisir l’absolution ou la damnation.
A noter que dans le premier cas, la manipulation est un poil plus
compliquée.
Selon l’orientation choisie, Dante acquiert alors des pouvoirs divins
ou maléfiques supplémentaires, comme des nouveaux coups ou des
sortilèges. Pour simplifier, on dira que le Mal, ça fait mal, et que le
divin protège. A vous de voir selon votre façon de jouer. On remarquera
également qu’il n’y aura aucun changement d’arme ou d’armure pendant
l’aventure, la partie équipement se bornant à des amulettes octroyant
quelques juteux bonus.
Œil pour œil, Dante pour Dante
La prise en main de Dante n’est pas compliquée lors des combats, les
combos demandant un nombre réduit d’entrées de touches. Plus que de Bayonetta ou Devil May Cry, on est très proche de God of War,
avec des attaques balayant tout l’écran et faisant trembler le sol.
Dante n’est pas une demi-portion et utilise sans rémission ses muscles
pour décapiter à tout va des créatures bien plus grosses que lui. Les
boss de fin de niveaux sont tous gigantesques, bien animés et modélisés
avec soin. On regrette en revanche qu’ils ne soient pas très originaux
dans leurs attaques, la plupart se contentant de frapper le sol avec
leurs poings pour écraser le teigneux moucheron que vous êtes. Pour les
vaincre, ouvrir l’œil et avoir un minimum de réflexes suffit : des quick time events font souvent office de mise à mort. Dommage que la lisibilité ne soit pas optimale sur ce point.
L’animation du héros est bonne, bien qu’on ait vu plus fluide,
notamment sur le plan des esquives, un peu raides à notre goût. La
caméra, bien qu’entièrement fixe, n’handicape en aucun cas les combats
ou les déplacements car son positionnement est toujours judicieux. La
bande-son est sujette à caution, avec un mixage assez pénible pour les
tympans : on entend plus les gémissements des damnés que les parties
orchestrales.
Le Bien, le Mal
Dante’s Inferno est une superproduction à l’américaine, avec sa
mise en scène convenue mais techniquement irréprochable, ses clichés
scénaristiques et sa volonté fébrile d’en mettre toujours plus dans les
rétines du joueur. Le titre n’est pas bien méchant, tout au plus
s’avère-t-il enquiquinant lors de certaines phases de plates-formes. Et
les rares puzzles ne vous claqueront pas le cortex. Parfait pour les
joueurs occasionnels qui, après une dizaine d’heures, pourront lire
l’épitaphe de ce titre dont on sait déjà qu’il aura une suite et du
contenu téléchargeable. Pour le gamer accompli, une journée
suffira jusqu’au face à face contre Lucifer, si l’on fait preuve de
courage devant le manque d’équilibre de certains boss.
Six heures à presser des boutons comme un forcené, dans un dénuement
total de subtilité, ça peut toutefois paraître long… Sans compter
qu’aujourd’hui la rejouabilité de Dante’s Inferno est très en-dessous de celles de Bayonetta et de Devil May Cry. Un bon jeu grand public, avec ses limites et ses forces.
points positifs
points négatifs

test










![]() |
Nod32 Antivirus
Sécurité totale contre toutes les menaces connues et inconnues !
|
|


nos newsletters













agrandir la photo
