Après une très longue attente, le Final Fantasy de cette génération de consoles est enfin disponible. Square Enix a pris tout son temps pour peaufiner ce qui va être, pendant les années à venir, le mètre étalon du jeu de rôle « à la japonaise ». Nous n’allons pas aujourd’hui revenir sur le pourquoi du comment de son succès en Occident, et plus particulièrement en France. La vraie problématique est d’arriver à cerner le treizième héritier de la saga. Car Square Enix nous livre à ce jour un drôle de spécimen, un jeu surprenant et déstabilisant.
Un air de famille
Final Fantasy XIII est définitivement un membre de la famille FF : son patrimoine génétique se lit sur son visage sans l’ombre d’un doute. Aucune autre série de jeux de rôle n’ose proposer des personnages aussi beaux et outranciers, au courage sans limite mais à la conversation quand même un peu limitée. Elles sont superbes nos stars, mais il faut avoir gardé une âme adolescente (ou en être un, c’est plus simple) pour accrocher réellement aux looks et aux attitudes des protagonistes. Plus que des héros, ce sont des concepts, avec des patronymes évocateurs : Snow, Lightning, Vanille, Hope, Fang… De la quintessence de personnages, des rôles plus que des individus. Dès les premières minutes de jeu, on sent quelle ligne mélodique va tenir chacun dans cette symphonie, tout comme l’on sait qu’il ne sera pas possible de dévier d’un iota du cadre.
Marche ou crève
Pour les pratiquants du jeu de rôle, spécialement ceux qui apprécient l’école l’américaine (citons Fallout et Dragon Age), la notion de libre arbitre et d’exploration est primordiale. Influencer l’aventure par ses propres décisions fait partie du plaisir du jeu. L’école japonaise a toujours minoré cet aspect, mais compense son absence à travers des quêtes secondaires et, parfois, un système d’évolution des personnages très complexe. FF XIII prend une tout autre direction, étant certainement le jeu de rôle le plus dirigiste à avoir jamais vu le jour. Pas de dialogues, aucune part d’exploration, des niveaux littéralement linéaires constitués de couloirs balisés à l’extrême… Le gamer aguerri a l’impression de se retrouver dans une mauvaise blague, un cauchemar rectiligne rehaussé de combats entrecoupés de cinématiques bavardes. Les mécanismes narratifs oblitèrent toute déviation : on fait ce que l’on nous demande, à l’instant T, sans aucune échappatoire possible. Retour dans le temps et changements arbitraires de personnages sont les préceptes de ce FF XIII, psychorigide au possible. A l’instar de ses personnages, le joueur est baladé sans ménagement dans les méandres d’une histoire alambiquée et, somme toute, classique pour qui a déjà erré dans un Final Fantasy.
Machine de guerre
La liberté n’existant plus dans le monde de Cocoon, il faut donc que le plaisir de jouer passe par autre chose : c’est l’autre élément primordial des jeux de rôles qui prend le relais. Le point d’orgue de ce FF XIII est son système de combat qui, lui aussi, fera s’étrangler le puriste lors du premier contact. Synthèse de plus de deux décennies de travail, l’Active Time Battle de FF XIII est une curiosité. Ennuyeux à mourir lors des premières heures de jeu, il ne cesse par la suite d’acquérir des couches supplémentaires pour devenir, au final, une usine à combattre performante, mais là aussi, très dirigiste. Dans les faits, on ne commande directement qu’un seul personnage (et si ce dernier meurt, c’est game over, quelle que soit la santé des autres héros !), mais il est possible d’influencer le comportement des autres membres du groupe. Le système de « Paradigmes » permet d’assigner des rôles à chacun, correspondant à leur classe (soigneur, attaque, bonus offensifs…), à panacher selon les adversaires. Une espèce de Shi Fu Mi un peu sophistiqué, mais rien de très tactique, la réactivité du joueur dans le mélange des rôles étant le seul élément influent des combats.
Du bonbon dans l'oeil
Du combat simple, un Level design simpliste, des classes de personnages archétypaux, une interface épurée au possible : mais que reste-t-il à ce FF pour séduire ? Des graphismes, bien sûr, certainement les plus réussis de leur catégorie. Mais là aussi, c’est une question de goût, il faut aimer écouter bavasser des caricatures ambulantes déclamant de grands discours péremptoires. Mais il est impossible de rester de marbre devant le sublime de la mise en scène générale.
Nouvelle génération
Difficile pour nous d’émettre un jugement net devant ce drôle de produit. Square a choisi d’innover et, vu la tendance actuelle des jeux vidéo, cela s’est traduit par une simplification extrême entraînant la disparition quasi totale de tout ce qui réjouissait les gamers vétérans. D’un autre côté, les consommateurs effrayés par la complexité des jeux de rôle trouveront ici un titre à la prise en main instinctive et à l’esthétique irréprochable. FF XIII fait à la fois hurler, réfléchir et amuse : impossible de rester neutre devant une aussi étrange expérience, peut-être prophétique.
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points négatifs

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