Renouer avec les grands jeux de rôle à l'ancienne. Proposer une quête épique. Construire des personnages complexes. Replacer le libre-arbitre au cœur de l'aventure et remettre tous ces petits jeunes prétentieux à leur place. Telles furent peut-être les ambitions de Bioware au moment de développer Dragon Age Origins. Ou peut-être ne se sont-ils pas du tout donnés ces objectifs et sont arrivés à un tel résultat un peu au pif.
Mais en tout cas le résultat est bien là : Dragon Age Origins est un jeu qui s'installe d'office parmi les maîtres du genre, quelque part à la droite de Neverwinter Nights, à côté de Baldur's Gate, pas très loin de Knights of the Old Republic.
La guerre, toujours la guerre
Commençons par situer le contexte de ce nouvel univers. Bienvenue dans le royaume humain de Férelden. Un royaume où la plupart des Elfes sont des parias, constituant la lie des cités des hommes, tandis que les Nains sont embourbés dans une guerre souterraine et interminable contre les démoniaques Engeances. Ces monstres ne sortent normalement jamais à la surface, sauf durant les Enclins, sombres périodes durant lesquelles ils sont menés par leur maître, un Archidémon à l'apparence de dragon.
Et, à la grande horreur des humains, il semblerait bien que leur royaume s'apprête à vivre un nouvel Enclin. Mais alors que les forces du Roi Cailan, soutenues par l'ordre séculaire des Guerriers des ombres auquel vous appartenez, se prépare à accueillir dignement l'armée des monstres, le père de la reine, le traître Loghain, cause leur défaite. Vous êtes bien évidemment l'un des seuls survivants et c'est à vous que revient la tâche de prendre la tête de la croisade contre les Engeances.
L'ascenseur social en action
Tout cela est bel et bon, mais quelle différence avec un jeu de rôle lambda ? Déjà, et surtout, Dragon Age se concentre sur un aspect que le jeu de rôle occidental a sérieusement tendance à oublier depuis le succès de Morrowind ou encore des action-RPG : le personnage. Dès le début, on se retrouve plongé dans la peau d'un personnage qu'on trouvera, selon notre choix, confronté à une existence singulière en forme de préquelle à l'aventure. C'est le fameux « Origins » du titre.
Si on fait le choix d'un elfe citadin, quasi-esclave des hommes, l'histoire commencera quelques heures avant notre mariage, promis à un bien funeste avenir. Le joueur qui choisira d'incarner un roturier nain débutera dans une cité loin sous la surface de la Terre, en tant que petite frappe travaillant pour un mafieux local. Mais si vous préférez être un aristocrate humain, un nain noble, un elfe dalatien (ceux restés indépendants) ou un mage, c'est tout à fait possible, avec un scénario différent à la clé.
Bien sûr, ce sont avant tout les premières heures de l'histoire qui s'en ressentiront, avant que les différentes préquelles convergent en un tronc commun. Mais toute votre quête durant, comptez sur votre origine pour se rappeler régulièrement à vous, continuant à influencer votre aventure, vos rencontres, dix, vingt heures ou plus, après le début du jeu. D'autant que quoi que vous fassiez, vous serez un jour confronté aux fantômes de votre passé.
Sim-RPG
Les relations entre les différents protagonistes constituent un aspect primordial du jeu, qui remplace avantageusement le système d'alignement qu'on trouve trop souvent dans la plupart des autres jeux de rôle. Si vous voulez jouer une parfaite crapule, libre à vous, mais vos compagnons vertueux risquent d'avoir du mal à le supporter, à terme. Idem si vous décidez d'adopter trop souvent un comportement de bon samaritain : vos alliés moins compréhensifs n'hésiteront pas à vous pousser vers le côté obscur.
Car ici, l'ambiance est sombre, l'univers adulte et sans pitié. Et quand on dit adulte, ce n'est pas à la façon d'un GTA, jeu finalement terriblement adolescent. Il y a certes énormément de sang, et des romances et scènes de nu fortement suggestives, mais c'est avant tout avec les dialogues, excellents, ou face aux situations morales souvent difficiles mais jamais caricaturales qu'on s'aperçoit que Bioware ne prend pas les joueurs pour des idiots.
Dragon Age Origins est d'ailleurs extrêmement bavard, les scènes de dialogues, avec choix multiples de rigueur, ne devant probablement pas être beaucoup plus courtes que celles de combats (pourtant nombreux, tactiques, retors et que l'on peut heureusement mettre en pause). Mais on se passionne volontiers pour l'histoire et l'avenir de chaque personnage.
Retour aux origines
Pour le reste, les mécanismes de Dragon Age Origins sont classiques mais aussi touffus que bien rodés. Si vous ne commencez qu'en tant que simple guerrier, voleur, ou mage, le jeu vous donnera par la suite la possibilité d'opter pour deux spécialisations à choisir avec soin, chacune conférant de solides bonus. Mais tout au long de l'aventure, à chaque niveau, vous aurez également à monter huit compétences (possédant chacune quatre niveaux de maîtrise). Chaque classe possède en outre une cinquantaine de compétences de combat et de sorts.
En gros, d'une partie à l'autre, et sans même parler de l'origine de votre personnage, il y a peu de chances de jouer deux fois la même aventure. Et comme il vous faudra, à la louche, une bonne soixantaine d'heures pour en voir le bout la première fois, il y a fort à parier que Dragon Age Origins vous tienne en haleine longtemps.
points positifs
- Un univers mature
- Le système des origines très réussi
- Le soin apporté aux différents personnages non jouables et aux dialogues
- La durée de vie
- L'intensité des combats
points négatifs

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