L'année 2010 ne sera pas celle de l’amour, vu l’agressivité du contenu des jeux de ce premier trimestre. Quatre beat’em all en trois mois, c’est suffisamment rare pour être souligné ! Après le sexy Bayonetta, le stylé Darksiders, le challenger Dante’s Inferno, voici God of War, troisième du nom, qui vient jouer des coudes dans la mêlée. Avec un tel nom et une ascendance pareille, le jeu de Sony se devait d’être incontournable. Pari réussi, malgré l’acharnement de la concurrence et un début laborieux !
Pas fin, mais ça se mange sans faim
La série des God of War, démarrée sur PlayStation 2, a remis au goût du jour le jeu de baston de masse, tout en le modernisant avec une mise en scène grandiloquente. Aucune limite n'avait été fixée dans le mauvais goût : les massacres à la chaîne de centaines d’ennemis étaient entrecoupés d'affrontements avec des créatures gigantesques, d'éventrations et de décapitations à tire-larigot… Conçu en Amérique, God of War reprenait les recettes classiques du genre tout en les transposant en taille XL. Et cela a marché, vu le succès commercial et critique des deux premiers épisodes.
God of War III, nouvelle console oblige, se devait d’aller plus loin, et c’est dès les premières secondes que le jeu de Sony-Santa Monica attaque violemment les cellules de votre écran LCD. Pas le temps de faire un round d’observation histoire de poser le scénario : on se retrouve au cœur du conflit opposant les Titans aux dieux de l’Olympe. En première ligne, même, car c’est juché sur l’épaule de Gaia que l’on retrouve Kratos, le divin chauve devenu dieu de la guerre. En pleine varappe sur le mont Olympe, la déesse se fait attaquer par Poséidon, qui pour l’occasion se manifeste sous la forme d’un crabe-cheval-serpent parasitant les organes vitaux de Gaia. Forcément, ça énerve Kratos, donc il y a bagarre…
Beau comme un dieu grec
D’entrée de jeu, la barre est placée extrêmement haut au niveau visuel. La PlayStation 3 ronronne à plein régime, sollicitée jusqu’au dernier de ses processeurs par les effets spéciaux, les particules et les milliers de polygones à animer : un décrassage comme elle n’en avait pas connu depuis Uncharted 2 et Killzone 2. Une prouesse technologique qui, malheureusement, se substitue au jeu en lui-même. Comme dans un Final Fantasy XIII, il n’y a pas grand-chose à faire pendant les deux premières heures de jeu, hormis marteler comme un forcené deux boutons du pad… C'est à faire passer Dante’s Inferno pour un jeu de polytechniciens, et ne parlons même pas de Bayonetta, qui ne joue pas vraiment dans la même catégorie. Kratos a la décence de ne pas vouloir coucher avec son asiatique cousine…
Sac (de frappe) Hermès
Après ce long et mouvementé prologue, God of War dévoile ses mécaniques de jeu, que vous connaissez par cœur ou presque. Simili-exploration (les niveaux sont linéaires), entrée dans une zone un peu large où des ennemis apparaissent, extermination de ces derniers puis passage à la zone suivante. Avec à la clé des combats contre des boss mélangeant baston pure et quick time events (QTE). Ici, ce sont des dieux que l’on martyrise, et pas de la plus douce des manières…
Le titre justifie amplement son étiquette 18+, tant il fait l’apologie de la cruauté et du sadisme sans laisser aucunement au joueur le choix d’infléchir la balance vers la pitié. Que vous le vouliez ou non, vous énucléerez, décapiterez, éventrerez, démembrerez du dieu grec. Et, si vous êtes sage, vous pourrez même forniquer avec Aphrodite dans un QTE orgiaque. Des kilomètres cubes de sang, un doigt de sexe : la recette est calibrée à la goutte près pour satisfaire les pulsions guerrières des jeunes mâles à la recherche de plaisirs défendus. Le niveau de difficulté est bien dosé : c’est accrocheur en Normal, bien épicé en Difficile.
Deux cerveaux, un muscle
La prise en main de God of War III est admirablement bien pensée, aboutissement de beaucoup de réflexion et d’audace. La caméra fixe ose des plans tarabiscotés mais qui fonctionnent, l’ergonomie en combat est excellente malgré l’absence de verrouillage de la cible. En bon jeu moderne, le titre est truffé d’assistances qui facilitent la vie du joueur mais qui ne se remarquent pas, c’est même leur absence qui se fait le plus ressentir ! Notamment lors des phases de plates-formes, heureusement peu nombreuses, et bien plus impitoyables que les combats…
Au fil de sa progression, Kratos dispose de nouvelles capacités, un peu comme dans un Castlevania ou dans un Metroid. Bottes permettant de galoper sur les murs, nage améliorée, lanterne révélant des éléments cachés du décor, arc à flèches explosives, grappin… La panoplie s’étoffe et permet au gameplay de sortir du cadre de la baston pure, en proposant diverses petites énigmes ou phases de jeu alternatives (séquences de vol, etc.).
Messager des dieux
God of War III offre tout ce que l’on peut attendre de lui : sans aucune difficulté, il écarte d’une pichenette ses deux concurrents directs, Dante’s Inferno et Darksiders. Sa réalisation luxueuse, son jusqu’au-boutisme visuel et scénaristique, sa bande-son magnifique (petit bémol pour le doublage français, un peu trop académique) et la jubilation qu’il suscite le placent au sommet du classement des beat’em all de ce début d’année. Méchant, pas si bête et totalement défoulant : une valeur sûre de la PS3.
points positifs
- La bonne réalisation
- C'est plus fin que cela n'en a l'air
- Les angles de vision originaux
- C'est spectaculaire
points négatifs

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