De même qu'on ne présente plus les hors-la-loi, les justiciers, les bourreaux, les légendes ou les plaines de l'Ouest, on ne devrait pas présenter John Marston, héros rangé des carrioles, ancien bandit qui veut devenir fermier, avec femme et enfant. John Marston est l'aboutissement d'une maturation. Red Dead Redemption convoque les grands anciens, convoque tout l'imaginaire populaire, tous ces films, ces livres, ces bandes dessinées, ces jeux, tout ce qui a un jour touché de près ou de loin à l'Ouest américain.
L'Ouest quand il était encore sauvage, avant la mainmise de l'Etat fédéral, avant l'automobile, alors que le rêve était encore teinté de l'épique conquête. Mais un rêve pas manichéen, car, comme à son habitude, Rockstar n'oublie pas de passer au vitriol les travers d'une époque, les hontes passées et présentes, la façon, par exemple, dont les Indiens ont été « pacifiés » par ces « Anglais d'Amérique, marchands, puritains, [qui] dans leur dure inintelligence ont refoulé, affamé, anéanti tout à l'heure ces races héroïques, qui laissent une place vide à jamais sur le globe, un regret au genre humain. »
Pour y arriver, Rockstar plante des personnages hauts en couleur et forts, drôles, inquiétants ou pathétiques. Au premier rang desquels figure Marston, charismatique personnage, taiseux, corrosif, violent, calme et humain.
Justicier ou bandit ?
Victime d'un chantage gouvernemental, qu'on imagine assez bien renforcé par la pression de lobbies naissants du XXe siècle, Marston est chargé de retrouver les membres encore vivants du gang de desperados, auquel il appartenait, et qui l'ont laissé pour mort lors d'un braquage. Il est alors temps de remonter en selle et de repartir dans les terres désertiques. Où John, sorte de nouveau-né, lesté d'un lourd passé, peut se réinventer en porc sanguinaire amoral ou en héros épris de justice, la justice qui rend aux pauvres ce que la vie et les riches leur volent.
Que ce soit au cours des missions principales, moins nombreuses que dans GTA IV - auquel il emprunte beaucoup : GPS, système de sauvegarde, etc. -, ou au fil des multiples petites quêtes et activités qui parsèment des étendues désertiques pleines de vie, John Marston doit faire le choix de l'honneur ou de l'amoralité. Choisir le chemin de la rédemption ou celui des profondeurs infernales. Abandonner une victime à un cannibale ou la délivrer, sauver une diligence ou l'attaquer, tuer une nonne ou l'épargner…
Une dualité pas toujours évidente, tant il faut parfois travailler pour de belles ordures. Un seul regret, la jauge d'honneur ne baisse pas facilement. Il faut vraiment se mettre à décimer un village sans raison pour qu'elle vacille. La maintenir au plus haut niveau vous apportera certains avantages, comme l'appui de la population ou des autorités et même une certaine impunité.
Partie de chasse
Parallèlement à l'honneur, croît la jauge de réputation. Si on peut l'emplir à coups de duels, de vierges sauvées du viol ou de paysans dépouillés en bord de route qu'on aura aidés, il est aussi possible de l'enrichir en répondant à de petits défis. Des défis qui donnent corps et profondeur au monde. Il s'agira ainsi de perfectionner ses talents de botanistes en récupérant un certain nombre de types de plantes ou encore de devenir un grand chasseur en tuant cinq loups au couteau.
Autant de petites activités qui occupent et émaillent allègrement les longues traversées (parfois trop longues, comptez 10 minutes pour aller d'un bout à l'autre de la carte, heureusement la diligence est là), rapportent quelques dollars et donnent véritablement l'impression de vivre au cœur de l'Ouest sauvage, pas encore bitumé, pas encore « McDonaldisé ».
Faire parler la poudre
Bien entendu, un western ne serait pas un western sans ceinturons, cartouchières, duels et combats épiques au pistolet ou encore à la Gatling et au canon de fort. Car Red Dead Redemption offre un véritable arsenal, une quantité impressionnante d'armes à la charnière d'une époque, entre le bon vieux six-coups et le pistolet semi-automatique, entre la Winchester et le fusil à pompe. John Marston aura souvent l'occasion de tirer parti de son expérience des années de poudre.
Et le Dead Eye, mode qui passe l'action au ralenti pour permettre de désigner les cibles à abattre ensuite, sera souvent sollicité. Chaque fois, il procure le plaisir qu'on ressent à voir un pistolero faire ce qu'il fait de mieux. Tuer. Cependant, les combats, les assauts surtout, sont parfois un peu trop faciles. La maniabilité exemplaire y est pour beaucoup, malgré un système de couverture perfectible. On mouche tranquillement les ennemis à distance à coups de fusil à bison ou de carabine Henry.
L'expérience continue en ligne
Comme rarement, le mode multijoueur n'a pas à rougir d'être apposé au mode solo. Classique dans les types de parties proposés, il offre la même impression d'espace infini, de liberté, même s'il ne s'agit finalement que d'aller capturer un drapeau ou de s'étriper pour savoir qui tire le plus juste. On attend avec impatience le mode coopératif par équipes qui devrait débarquer courant juin. Signe que Rockstar a bien l'intention de donner à ce jeu toute la portée qu'il mérite en ligne.
Générique de fin
D'un point de vue de l'imaginaire, les aventures de John Marston, c'est un peu le baroud d'honneur d'une époque qui se meurt. C'est la dernière parade d'un monde qui déjà se police. C'est l'ultime soubresaut de l'aventure. Avant que la planète soit trop petite, qu'il n'y ait plus de place pour autre chose que des banquiers, des politiciens véreux et des automobiles ridicules, incapables de semer un cheval, dans une ravine ou un champ de cactus, incapables de mener son propriétaire blessé à bon port, vers le prochain saloon, la prochaine aventure…
D'un point de vue vidéoludique, c'est une démonstration, malgré quelques petits bugs. La preuve « vivante », et de toute beauté, que les jeux vidéo à scénario peuvent être aussi des jeux d'action. Que l'immersion ne passe pas uniquement par le fait de se raser ou de jouer avec nos peurs, mais peut aussi s'insinuer dans l'esprit du joueur par un gameplay précis, par la contemplation d'une plaine que l'aube embrase soudain.
L'immersion est là, quand, tout à coup, on arrive à comprendre cette impression que les colons ont eu d'avoir devant eux un monde sans fin, inépuisable, une terre de prospérité, un nouvel Eden à conquérir dans les pleurs et le sang. Red Dead Redemption est un chef d'œuvre. Point.
points positifs
- Le souffle épique
- L'Ouest gigantesque
- L'histoire
- John Marston
- Les personnages rencontrées
- Le gameplay
points négatifs

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