The Legend of Zelda : Ocarina of Time 3D sur 3DS
Le trot d'un poney sur la plaine, les notes de guitare et de piano et des nuages de souvenirs qui s'élèvent en volutes : lancer Ocarina of Time, c'est faire face à un monument de l'histoire du jeu, dont la sortie, en 1998, a considérablement contribué à figer la grammaire des jeux vidéo en 3D pour plus d'une décennie. Difficile d'y rester insensible, comme de le traiter comme un jeu lambda !
Pour ceux qui auraient raté cet épisode central de la série, voici ce qu'il faut en retenir : dans le monde d'Hyrule, le jeune Link, elfe au cœur pur élevé dans les traditions d'un peuple sylvestre, se voit confier la mission de protéger la princesse Zelda des manigances du puissant Ganondorf. Mais il ouvre par mégarde la porte sacrée du temple du Temps au sorcier. Equipé d'un ocarina magique, le héros devenu adulte devra réparer son erreur en triomphant de l'ennemi.
Un monde à la mode d'antan
Grâce au travail du studio japonais Grezzo, auquel Nintendo a confié cette adaptation, la célèbre aventure de Link est devenue un jeu pour 3DS. Il n'empêche que The Legend of Zelda : Ocarina of Time reste un jeu créé entre 1995 et 1998, pour une console bien précise, la Nintendo 64. Or la 64-bits de la compagnie avait ses contraintes techniques (mémoire vive limitée, faible amplitude d'affichage, capacités de stockage restreintes), lesquelles ont déterminé des choix de conception qui se font sentir aujourd'hui encore dans cette réédition.
Hyrule est en effet très découpé, et même la plaine centrale est suffisamment bosselée pour s'adapter à l'affichage tardif des décors. Portes, couloirs en zigzag et chemins en coude segmentent ainsi le territoire en tronçons plus courts. En 2011, ce monde assez étroit peut ainsi sembler manquer d'envergure, même s'il se révèle assez progressivement pour garder toujours sa part de mystère.
Une bonne surprise pour les yeux
Cette sortie sur 3DS a pourtant été l'occasion d'affiner certains éléments du jeu. Pas son architecture, non, mais son ergonomie (beaucoup plus intuitive), son affichage (en 16/9) et même son rendu visuel. Les graphismes sont en effet beaucoup plus fins que dans l'original, et le protagoniste principal, Link, semble désormais aussi vif et coloré que dans un dessin animé. Que ceux qui craignaient les effets du temps soient donc rassurés : la taille d'Hyrule mise à part, Ocarina of Time n'accuse pas du tout le poids des ans et s'offre même une nouvelle jeunesse éblouissante.
Quelques détails supplémentaires (comme des indices optionnels sous forme de vidéos ou une quête parallèle plus difficile) achèvent de distinguer ce remake du jeu de 1998, tout comme la 3D relief, en option, qui permet de s'immerger un peu plus dans l'univers du jeu – au prix de quelques crampes aux yeux et d'une chute vertigineuse de l'autonomie. Mais toutes ces petites nouveautés importent finalement assez peu, tant l'argument principal d'Ocarina of Time demeure son intemporalité.
Une magie intemporelle
Comment dire en quelques mots la magie de ce jeu ? Tout d'abord, à la manière d'un film de Pixar, il est à la fois admirablement construit et pourtant d'une redoutable simplicité. L'histoire s'enchaîne avec fluidité, les situations et les personnages ont la puissance évocatrice d'un conte de fées universel, et même les donjons, dans leur redoutable sophistication, se présentent toujours sous un jour accessible.
Le jeu réussit la gageure de sublimer le genre de l'aventure en 2D avec les outils alors balbutiants de la 3D en caméra libre. Son monde est foisonnant, riche et cohérent, mais surtout, plus encore que dans les épisodes précédents, il s'en dégage une impression d'unité qui enveloppe le joueur et l'immerge dans l'histoire. A l'image des mélodies contextuelles qui suivent les pas de Link, du soleil qui se lève et se couche, des points de vue saisissants qui arrêtent le regard et semblent suspendre le temps – ici sur un lac à l'aube, là au sommet d'une montagne caressée par les rayons du couchant. Zelda avait toujours été à la fois simple et diaboliquement prenant, une mécanique logique capable de soumettre même le joueur le plus regardant à ses quêtes imbriquées, ses donjons retors et son monde en poupées gigognes. Voilà qu'il devient encore plus : contemplatif, tout simplement.
Une histoire simple, mais des moments mémorables
L'aventure vaut pour son épure ; mais elle a également ses pics d'intensité, de loufoquerie et de complexité. La chasse aux spectres dans un cimetière glaçant de vraisemblance, les interactions surnaturelles avec le ventre d'un poisson géant, les couloirs psychédéliques du temple de la forêt, qui se tordent comme un boyau, ou encore le casse-tête géant du temple de l'eau, encore aujourd'hui l'un des monuments de la série.
Le monde du jeu vidéo n'a pas attendu 2011 pour savoir ce qu'il devait à Ocarina of Time. D'autant qu'on peut voir les épisodes suivants comme autant d'expériences excellentes mais inabouties – ici un Wind Waker craquant mais plombé par son faux rythme, là un Twilight Princess aux forteresses mémorables mais au monde principal bancal, ou encore ces épisodes pour DS ludiques et astucieux, mais dénués de la puissance évocatrice de Zelda 64, fort de son atmosphère menaçante et de ses combats inoubliables.
Pour toutes ces raisons, et bien d'autres encore, ce Zelda peut être considéré comme le meilleur jeu de 1998, et de 2011 aussi. Un moment de jeu vidéo qui résiste au temps, promène sa poésie d'époque en époque et, avec ou sans relief, illumine n'importe quel écran sur lequel il tourne. Pour la première fois, on peut y jouer sur une console portable.
points positifs
- L'histoire simple et prenante, avec ses rebondissements
- Les donjons variés, intéressants et parfois mémorables
- L'ambiance saisissante
- L'immersion, la beauté, la poésie, l'intensité...
- La seconde jeunesse au niveau visuel
- Les quêtes alternatives
- Le monument de la culture du jeu vidéo
- L'arrivée sur console portable
points négatifs

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