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Le voici donc le premier appareil de la famille Micro 4/3. Avec ses objectifs interchangeables et sa petite bosse sur le dessus, on pourrait aisément le prendre pour un reflex, c'est un peu ce que souhaite Panasonic au fond. Mais il n'en est rien ! Le format développé par Olympus est justement novateur en ce sens que les contraintes liées à la présence du prisme ont disparu. Foyer optique rapproché, encombrement diminué et poids en baisse par rapport à un reflex, les arguments en faveur du G1 sont nombreux. Alors, est-ce l'avenir de la photo expert, une niche d'appareils en devenir ou une expérience ratée ?

Au premier abord, ce Panasonic G1 ressemble sacrément à un reflex qui aurait oublié de grandir, notamment à cause de la petite bosse, caractéristique depuis des décennies, de la présence d'un pentaprisme dans les appareils doté de ce type de visée. Coquetterie esthétique ? « Il s'agissait d'effectuer la transition en douceur : séduire des personnes à la recherche d'un appareil photo plus évolué qu'un compact, mais moins difficile d'accès qu'un reflex. Le symbole de la photo expert est le reflex [la bosse, donc, ndlr]. Nous avons conservé ce design afin de rassurer les utilisateurs », nous confiait Luc Saint-Elie, responsable de la communication pour Panasonic en France, lors de la présentation du G1, la veille de l'ouverture de la Photokina à Cologne, en Allemagne.
Comme
on l'a vu au travers de différents articles, le format Micro 4/3 est
une évolution intéressante dans le domaine de la photographie et met à
portée de main le fantasme du compact à optiques interchangeables.
Premier représentant d'une –qui sait ?– grande famille, le G1 est un
vrai hybride qui reprend plein de bonnes recettes. Commençons par
l'écran, amovible, impressionnant de réactivité en pleine lumière, qui
confère à l'appareil une grande souplesse d'utilisation, entre un Canon
PowerShot et un un Olympus D3 (seul réflex à disposer d'un tel type
d'écran). Viennent ensuite le sélecteur de modes sur le dessus et la
molette en façade qui, d'une pression, passe de l'ouverture au temps
d'exposition en mode manuel. Entre les deux mondes, le G1 dispose d'une
ergonomie qui lui est propre.
Cette marginalité il la pousse jusqu'au bout. D'une part, pour être le seul appareil à objectifs interchangeables à exister en couleur. Si Canon sort généralement son entrée de gamme (300D, 350D, 400D, 450D) en gris et noir, les couleurs bleue et rouge sont sans doute une première pour ce type d'appareil. Vient ensuite la qualité des matériaux, made in Japan comme la grande majorité des appareils Panasonic, le G1 bénéficie d'un revêtement unique : son plastique est en effet très doux, comme recouvert d'un léger duvet. Si ça ne fait pas « photographe baroudeur qui revient du Vietnam », c'est en revanche agréable à l'usage.
La marque, nouvelle venue dans la photo au regard des Canon, des Nikon ou des Pentax, est pourtant l'une de celles qui a su bâtir, rapidement, ses lettres de noblesse. Si elle avait tenté, avec son L10 (un reflex aux ventes confidentielles), de mettre un pied dans le monde des grands», il est clair que le G1 est la première réalisation avec des revendications sérieuses. Car la qualité des images est là : avec les objectifs de base (14-45 mm et 45-200 mm respectivement équivalents à un 28-90 mm et un 90-400 mm en 24 x 36), le résultat est de très bonne qualité. Non seulement le capteur 4/3 fait un bon travail, l'électronique est aussi au niveau. On sent que tout le travail effectué dans la réactivité et le traitement du bruit dans les hautes sensibilités pour le LX3 n'ont pas servi à rien. Les clichés sont propres, nets, le travail du Venus Engine plus discret –comprendre que le grain est plus doux, le traitement des pixels moins agressif.
En fin de carrière, le photojournaliste a mal au dos. Car il s'est trimbalé, des années durant, des boîtiers reflex gros et lourds, capables d'encaisser une charge de CRS comme une longue attente d'un ministre sous la pluie. Aussi, le poids du G1, les photoreporters en rêvent même au bout de la première année de carrière. Car il est léger, sacrément léger. S'il n'encaissera sans doute pas trop de manifestations, ni de traitements trop violents, il soulagera bien des épaules.
L'intérêt de l'appareil étant son poids et son encombrement réduits, et
compte tenu qu'il n'a pas de prisme, il est donc tout à fait naturel
qu'il bénéficie d'objectifs dédiés. Il faudra donc passer par la case
achat si on veut s'équiper. Or l'appareil étant pour l'instant seul sur
le marché, investir dans des optiques dédiées, pour un format
d'appareil dont on ne sait s'il est pérenne, peut paraître risqué. Deux
facteurs viennent limiter ce risque : d'une part, Panasonic ne se lance
pas seul mais précède Olympus, pourtant père du format, qui va aussi y
aller de sa batterie d'objectifs dédiés.
D'autre part, les objectifs
actuels de la gamme Olympus sont compatibles moyennant l'achat d'une
bague adaptateur. Si les optiques Olympus sont à la fois de très bonne
facture et plus compactes que leurs homologues Canon, Nikon, Pentax et
Sony-Zeiss, il n'empêche qu'on préférera les optiques Micro 4/3
dédiées, encore plus petites.
Note incroyable : une société allemande (Novoflex) prépare une bague
adaptateur afin d'installer les optiques Leica de la série M. Ou
comment mettre un Summilux 50 mm f/1,4 à 2600 euros sur autre chose
qu'un M8 à 4500 euros… On attend de voir !
Parfait
ce G1 ? Non, pas vraiment. Tout d'abord en ce qui concerne le design,
ce n'est pas un reflex et pourtant il leur ressemble trop. Snobisme de
journalisme ou de photographe averti, on ne peut que regretter qu'il ne
ressemble pas plus à… un Leica. Pas uniquement pour la classe, mais
pour son apparence plus discrète. Pour faire plus simple : pourquoi ne
pas avoir fait un LX3
à objectifs interchangeables ? Sur le plan de la forme de l'engin, comme
nous vous en avions parlé dans ce billet du blog des experts, nous
préférons l'approche d'Olympus en terme de design. Reste à voir si leur
électronique sera au niveau de celles de Panasonic.
Ensuite, hérésie dans ce monde d'éternels insatisfaits, le G1 ne fait
pas de vidéo. Il aura fallu des années aux
fabricants de reflex pour intégrer la vidéo (voir le Nikon D90 ou le Canon EOS 5D Mark II). Or ce G1 n'est pas un reflex, il n'y a pas la barrière du
pentaprisme, il n'y a donc, à notre connaissance, pas de limitation
physique qui empêchait son implémentation. Les ingénieurs japonais que
nous avons rencontrés en Allemagne n'ont trouvé aucune explication à
nous fournir, offrant en guise d'excuse, que le G2 lui, aurait un mode
vidéo. Quand à poser la question à Panasonic France : « Mais pourquoi
diable ce G1 n'a-t-il pas de mode vidéo », la réponse est « Parce qu'il
n'a pas de mode vidéo ». Les voies des ingénieurs sont parfois
impénétrables…
En cette période de vie
chère et tandis que Panasonic annonce vouloir séduire les utilisateurs
qui ont peur de passer au reflex, le prix de ce G1 est de 700 euros
avec son objectif de base - un 14-42 mm équivalent à un 28-84mm en 24 x
36. Un prix un peu élevé pour un appareil sans mode vidéo. Mais comme on l'a vu l'appareil est léger, discret,
performant, agréable à l'usage. Le vrai problème, au-delà du prix, c'est qu'il fait face à une concurrence
féroce. Plus petit que la majorité des appareils, il se retrouve
affiché à un prix bien supérieur à un Nikon D80 par exemple, qui
dispose du même nombre de pixels.
Difficile alors de comprendre qu'il
est classé dans les reflex, mais que cela n'en est pas un, qu'il est
différent, qu'il a un capteur Micro 4/3, etc. Dans l'état actuel des
choses, seule sa petite taille et son écran amovible sont en mesure de
séduire un utilisateur prêt à mettre 700 euros. Le défi va donc être
de taille pour cette première mouture.

Peut-on parler de « rupture non assumée » de la part d'un constructeur qui n'a jamais réellement fait de reflex ? Oui, car plus encore que les « grands », Panasonic a le champ large pour faire preuve d'imagination, lui qui n'a pas le même héritage, lui qui n'a pas cette continuité à entretenir. Le G1 est un excellent produit : léger et bien fini, il délivre des images de qualité, son écran offre une grande souplesse d'utilisation, son poids une vraie liberté. Mais on sait que le G2 devrait venir corriger ses quelques imperfections et lui ajouter la vidéo. Le dilemme est grand, mais une chose est sûre : nous croyons au concept, et ce premier jet est plus que satisfaisant.
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