Crise à la tête d'Apple, Tim Cook ne pardonne pas les erreurs [MAJ]
Deux départs et une réorganisation, aux airs de redistribution des cartes, Tim Cook resserre les rangs et montre qu'il n'accepte pas les errements stratégiques et les erreurs. Ou comment Apple réaffirme sa culture de l'excellence.
01net.
le 30/10/12 à 16h50
Scott Forstall a été débarqué pour ne pas avoir présenté ses excuses
Employé chez Apple depuis une quinzaine d’années et arrivée avec Steve Jobs après le rachat de NeXT, Scott Forstall a bel et bien été débarqué de son poste de vice-président en charge du développement d’iOS, à en croire plusieurs experts de la presse américaine.
Il aurait scellé son destin en refusant de signer la lettre d’excuse adressée par Tim Cook aux utilisateurs au sujet du fiasco de Plans. Pour Scott Forstall, ces excuses n’étaient pas nécessaires et Apple aurait pu gérer cette crise comme il l’avait fait du temps de l’antenna gate. Mais Tim Cook n’est pas Steve Jobs.
Par ailleurs, il semblerait que des divergences fortes aient opposé Scott Forstall aux autres hauts responsables d’Apple. Notamment sur des questions de design d’interface. La question semble désormais tranchée puisque Jonathan Ive sera en charge des interfaces chez Apple, comme nous le rapportions ce matin.
Selon le New York Times (NYT), sans qu’il soit question de guerre de succession, Scott Forstall incarnait à plus d’un titre une position proche de celle de feu Steve Jobs. La disparition de ce dernier équivalait à la disparition d’une certaine protection. Les deux hommes soutenaient ainsi une vision skeuomorphique (par exemple, quand un carnet de note stylisé représente l’application Notes) de l’interface. Alors que Jonathan Ive s’y opposait.
Pour John Gruber, de Daring Fireball, blog spécialisé dans le suivi de l’univers Apple très réputé, Scott Forstall « a été toujours été un dirigeant polarisant au sein d’Apple ». Le Wall Street Journal rappelle lui les dissensions et les difficultés qu’avaient les équipes d’Apple à travailler avec Scott Forstall. Rien d’étonnant, dès lors qu’un employé de longue date d’Apple se soit confié aux NYT et ait déclaré que le sentiment des salariés au sein d’Apple était largement positif au sujet de ce départ… Soit, en termes américains « C’était encore mieux que de voir les Giants remporter les World Series (…). Les gens sont vraiment heureux. » Reste maintenant à savoir si Apple en sortira gagnant.
P. F.
MAJ mardi 30 octobre 2012, 16h50
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Première publication mardi 30 octobre 2012 à 7h07Apple a annoncé lundi 29 octobre le départ de deux de ses dirigeants, le responsable de son système d'exploitation pour mobiles, Scott Forstall, et celui de son organisation commerciale
John Browett, arrivé chez Apple en début d’année, dans le cadre d'un remaniement de sa direction.
Un raté qui coûte cher
« Scott Forstall quittera Apple l'année prochaine et conseillera (le directeur général) Tim Cook d'ici là », a indiqué la société dans un communiqué. Il occupait jusqu'ici le poste de vice-président en charge d'iOS, le système d'exploitation qui fait fonctionner l'iPad et l'iPhone, mais dont la dernière version, iOS 6, a été critiquée parce qu'elle a remplacé l'application de cartes routières du rival Google
par une application maison pas du tout au point. Apple avait finalement présenté
des excuses publiques à ses clients, Tim Cook étant même réduit à leur conseiller d'utiliser des applications concurrentes.
Au-delà de ce raté, on pourrait y lire à tort la fin d’une époque. Scott Forstall est en effet entré chez Apple dans les bagages de Steve Jobs, lors du rachat de NeXT par la société de Cupertino. C’est plutôt la fin d’un parcours d’un homme ambitieux, trop ambitieux peut-être, dont Steve Jobs disait qu’il ne fallait surtout pas « le laisser monter seul sur scène ». Mais, c’est surtout une piste sur ce que pourrait faire Apple dans les mois et années à venir que pourrait ébaucher ce départ.
Nouvelle répartition de pouvoir
En effet, devenu très puissant, trop puissant, Scott Sorstall part et son royaume est divisé. Une partie revient à Eddy Cue, qui gérait déjà une série de services en ligne du groupe (le magasin de musique iTunes, la boutique d'applications App Store, la librairie iBookstore ou les services d'informatique dématérialisée iCloud). Eddy Cue va notamment se voir confier, en plus, les cartes routières et l'assistant virtuel Siri. Deux points majeurs sur lesquels Apple est en retard par rapport à la concurrence, notamment, voire principalement, face à Google et Android.
Apple souligne que tous ses services en ligne seront ainsi désormais réunis dans cette division qui a eu dans le passé « des résultats excellents » avec des services « qui satisfont ou dépassent les attentes de nos clients ». La culture de l’excellence en quelques mots et malheur aux vaincus.
Le reste du royaume de Scott Forstall, le système d’exploitation mobile d’Apple va être regroupé sous la férule de Craig Federighi, ancien de NeXT également, qui a été
responsable du développement de Mac OS X depuis le départ de Bertrand Serlet, en mars 2011. Les deux systèmes d’exploitation seront donc à nouveau réunis sous une même coupe. Une évolution logique au vu du rapprochement effectué entre les deux OS lors des deux dernières versions de Mac OS X, Lion et Mountain Lion. Le fait que les services en ligne, mobiles et multi-plates-formes, soient eux regroupés sous la surveillance d’une personne pourrait également indiquer qu’Apple va essayer de reprendre le dessus, alors qu’il marque le pas face à la concurrence récemment.
Nouvelle galerie des Vice Présidents d'Apple
Scott Forstall et John Browett ont déjà disparu
Un retail sans concession
Concernant John Browett, Apple indique être à la recherche d'un remplaçant et précise que dans l'intervalle, les équipes rendront des comptes directement à Tim Cook. Toutefois, John Browett, en charge des ventes retail, étant resté à peine neuf mois en poste, on peut imaginer que la tournure prise par le développement des Apple Store ne donne pas satisfaction, même s’il ne se passe par une keynote sans qu’une vidéo s’étende sur les merveilles de nouveaux Apple Store emblématiques aux quatre coins du monde.
Tout juste pourrait-on indiquer qu’à en croire les résultats annoncés par Apple lors des derniers trimestres, les ventes de Mac en « retail » ont suivi une courbe très légèrement ascendante sous son règne. La source de son départ pourrait plutôt se trouver du côté de sa gestion « humaine » des Apple Store, où il a réduit le nombre d’heures des salariés afin d’augmenter les marges. Une décision sur laquelle Apple était revenu, reconnaissant une erreur par la voix d’une de ses portes-paroles, qui déclarait à cette occasion que les « salariés étaient la première valeur du groupe et permettait d’offrir un service de première qualité à travers le monde ».
Remaniement et garde rapprochée
Apple ne donne pas de détails sur les raisons de ces deux départs dans son communiqué, où Tim Cook indique juste que la nouvelle organisation doit permettre « une intégration plus étroite » entre les activités du groupe dans les appareils et les équipements, les logiciels ou les services.
Et, au-delà de ces départs, c’est une véritable redistribution des cartes qui s’effectue, on l’a vu avec Eddy Cue et Craig Federighi. Mais c’est également le cas pour Jonathan Ive, grand ponte du design, et de
Bob Mansfield, qui devait partir à la retraite il y a quelques mois et est finalement revenu aux affaires, après une levée de bouclier en interne.
« Jony Ive dirigera le développement de l’interface humaine dans la société », en plus de son rôle en tant que chef du design industriel. Est-ce à dire que la vieillissante interface d’iOS va enfin être revue ou en tout cas, qu’elle évoluera plus vite ? Le temps nous le dira.
De son côté, Bob Manfield, qui était
donc revenu de sa courte retraite pour être à la tête d’une sorte de laboratoire de développement de nouveaux projets, contrôlera une nouvelle division, baptisée Technologies. Elle regroupera toutes les équipes « sans fil » d’Apple, afin de développer ces secteurs.
« Cette organisation inclura également les équipes semi-conducteurs, qui ont des plans ambitieux pour le futur », indique le communiqué de presse d’Apple. La firme de Cupertino a clairement pris conscience de l’importance de développer ses propres puces, comme le prouve les dernières générations de processeurs embarqués dans ses appareils et le fait d’avoir débauché récemment un des grands pontes de la division semi-conducteurs de Samsung...
Un engagement et une gestion
Avec ces départs et ces remaniements, Tim Cook prouve non seulement qu’il sait réagir au marché et à la concurrence mais qu’il a également une vision de l’avenir d’Apple et qu’à défaut d’être un visionnaire pour les produits, il s’entoure de personnes qui ont fait leur preuve, afin de tenir parole. En février dernier,
lors de la conférence Goldman Sachs Technology, il déclarait en effet :
« Le plus important est ce [que je vais maintenir]. Apple possède une culture unique et est une entreprise unique. Il est impossible de la cloner. Je ne vais pas être le témoin ou permettre le lent démantèlement de cette spécificité »...