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Quand Hadopi rime avec lobby

Le Gouvernement est-il pro ou anti-Hadopi ? Cette question sans réponse provoque des doutes chez les internautes qui ne lisent pas clairement la ligne qui sera développée.

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Le monde du Net regarde sans vraiment comprendre l’avancée en désordre du Gouvernement sur le dossier de l'Hadopi. Après avoir sévèrement critiqué la Haute Autorité, Aurélie Filippetti aurait été « recadrée » par le Premier ministre. Désormais, comme elle l’a fait remarquer sur RFI, le mot d’ordre est « respect des temps et concertation ». Cette remise en place a tout de même fait moins de bruit que celle de Vincent Peillon, ministre de l'Education, sur les rythmes scolaires.

Mise à l’écart de l’anti-hadopiste de la campagne PS

Mais ce n’est pas cela qui inquiète vraiment. Les questions portent sur les personnalités choisies par le ministre de la Culture pour traiter ce dossier. La nomination de Pierre Lescure à la tête de la concertation pour le droit d’auteur a déjà fait grincer quelques dents. Non pas à cause de la personnalité de l’ex-patron de Canal Plus, mais sur son parcours à Vivendi – c’est un proche de Pascal Nègre, patron de Universal Music France – et, surtout, son rôle au conseil d’administration de Kudelski, une société suisse spécialisée dans le développement d’outils pour la télévision payante et les accès sécurisés. Lescure pourra-t-il être réellement neutre et objectif ?
La seconde suspicion repose sur la mise à l’écart de Juan Branco, un anti-hadopiste convaincu qui a participé à la construction de l’argumentaire sur le sujet pendant la campagne de François Hollande. Branco a partagé sa déception sur Twitter : « Viré, et sans les formes. Visiblement la realpolitik, c’est maintenant. » Dans une interview au Monde, il laisse éclater sa colère : « J'ai servi de faire valoir "ouverture société civile" anti-Hadopi. Dans le même temps que je lui construisais une légitimité et un enracinement dans les milieux culturels engagés et méfiants. »
Juan Branco aurait payé pour des propositions qui n’étaient pas du goût des professionnels de la musique et du cinéma. Le site du quotidien explique qu’il militait pour une suppression d’Hadopi et pour de nouveaux modes de rétribution. La ministre lui aurait donc préféré Gilles Leblanc, ancien membre de la mission Olivennes (qui a conduit à la création d'Hadopi), et Constance Rivière, rapporteuse de la mission Zelnik (sur le développement de l’offre légale culturelle dématérialisée).
Remis en 2010 à Frédéric Mitterrand le rapport Zelnik prévoyait, entre autres, un budget de 50 millions d'euros pour l'industrie du disque. Pour le moment, le ministre de la Culture n’a ni confirmé, ni commenté ces informations.

Quel rôle pour Fleur Pellerin sur l'Hadopi ?

On se demande maintenant quel sera le rôle de Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME, à l'Innovation et à l'Economie numérique, sur le dossier Hadopi. Après avoir porté le sujet pendant la campagne présidentielle de François Hollande, Mme Pellerin est, depuis sa nomination, assez discrète sur le sujet. Son rôle sera visiblement plus porté sur l’industrie du numérique au vu de son cabinet dont la composition a été dévoilée par Benoît Tabaka, sécrétaire général du Conseil national du numérique, qui devrait quitter ce groupe pour rejoindre Google France au poste de responsable des relations insitutionnelles.
Pour le numérique, la ministre s’est entourée de deux spécialistes aux compétences solides. Aymeril Hoang, qui a vécu longtemps à San Francisco, où il était directeur du pôle télécommunications, logiciels et Internet de la Mission économique de la ville, devient conseiller à l’innovation. Jean-Baptiste Soufron, quant à lui, a été nommé conseiller au numérique. Connu de la blogosphère, cet avocat est le directeur du think tank de Cap Digital.
Enfin, un dernier point laisse perplexe sur la volonté de développer le numérique en France. Ce n’est peut-être qu’un détail, mais le Président Hollande n’a nommé aucun conseiller spécialisé dans le numérique parmi les huit qui l’entourent. Faut-il y voir une pleine confiance envers les deux ministres chargés de ces dossiers ? A moins que le Conseil national du numérique survive au changement gouvernemental pour continuer de sensibiliser l’Elysée sur un secteur que les spécialistes considèrent comme l’un des plus importants leviers de la croissance. Pour le moment, aucun des acteurs du dossier n’a pu répondre à nos questions.
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