Facebook vaut-il 104 milliards de dollars ?
Aujourd'hui, 18 mai 2012, Facebook entre en Bourse avec un cours de l'action fixé à 38 dollars. Malgré une demande forte de la part des investisseurs, des doutes subsistent quant à la justesse de l'estimation de sa valeur boursière.
Ce vendredi 18 mai 2012 restera certainement gravé dans les mémoires des traders. C'est en effet aujourd'hui que Facebook, le réseau social aux 900 millions de membres, a fait son entrée au Nasdaq sous le sigle FB. L'événement a bien entendu été fêté par Mark Zuckerberg, qui a symboliquement sonné la cloche à Menlo Park, siège de la société en Californie. Un hackaton, un marathon de codage informatique, avait même été organisé pour l'occasion parmi les employés depuis la veille.
Le cours de l'action a finalement été fixé au prix de 38 dollars, ce qui valorise le groupe à hauteur de... 104 milliards de dollars ! Cette introduction en Bourse est la plus importante pour un groupe Internet tant en levée de fonds qu'en capitalisation boursière. Pour rappel, en 2004, lors de l'introduction en Bourse de Google, sa capitalisation boursière était estimée à seulement 23 milliards de dollars. Facebook met pour le moment sur le marché 421 millions d'actions et va donc lever de la sorte plus de 16 milliards de dollars.
En cas de fort intérêt des investisseurs, jusqu'à 63,18 millions de titres supplémentaires pourraient être mis en vente. L'entreprise récolte en propre 6,84 milliards de dollars. Mark Zuckerberg ne cède que les actions qui lui permettront de payer ses impôts, soit tout de même 1,15 milliard de dollars de titres et il conserve le reste de sa participation qui s'élève à 18,4 %.
En cas de fort intérêt des investisseurs, jusqu'à 63,18 millions de titres supplémentaires pourraient être mis en vente. L'entreprise récolte en propre 6,84 milliards de dollars. Mark Zuckerberg ne cède que les actions qui lui permettront de payer ses impôts, soit tout de même 1,15 milliard de dollars de titres et il conserve le reste de sa participation qui s'élève à 18,4 %.
Cent fois le bénéfice net !
Néanmoins, cette valorisation en Bourse laisse certains analystes perplexes. Le P/E (en anglais Price Earning Ratio), qui peut être traduit par coefficient de capitalisation des bénéfices, est un bon indicateur du rapport en réalité et potentialité d'un titre. Il se calcule en divisant la capitalisation boursière par le résultat net annuel.
Dans le cas de Facebook, on note le chiffre d'affaires de 3,7 milliards environ en 2011 et son bénéfice net d'environ 1 milliard. Avec cette capitalisation boursière à plus de 100 milliards, le P/E de Facebook est donc de 1 x 100 = 100.
À titre de comparaison, Apple vaut près de 495 milliards en Bourse et la firme a réalisé, pour l'année 2011, 128 milliards de chiffre d'affaires et un bénéfice estimé à 33 milliards. Ce qui porte le P/E à... seulement 15. Facebook vaut donc en Bourse 100 fois son bénéfice de l'année et, schématiquement, le propriétaire d'une action peut théoriquement espérer se rembourser en 100 ans si les bénéfices restent stables.
Dans le cas de Facebook, on note le chiffre d'affaires de 3,7 milliards environ en 2011 et son bénéfice net d'environ 1 milliard. Avec cette capitalisation boursière à plus de 100 milliards, le P/E de Facebook est donc de 1 x 100 = 100.
À titre de comparaison, Apple vaut près de 495 milliards en Bourse et la firme a réalisé, pour l'année 2011, 128 milliards de chiffre d'affaires et un bénéfice estimé à 33 milliards. Ce qui porte le P/E à... seulement 15. Facebook vaut donc en Bourse 100 fois son bénéfice de l'année et, schématiquement, le propriétaire d'une action peut théoriquement espérer se rembourser en 100 ans si les bénéfices restent stables.
Une projection de croissance démesurée
C'est précisément ce type de mise en perspective qui pose problème. Certes, dans un premier temps, l'agence Reuters déclarait que la demande des investisseurs était supérieure au nombre d'actions disponibles. Mais quelques heures plus tard, l'agence Bloomberg démentait, s'appuyant sur un sondage réalisé quand les supputations au sujet du cours de l'action étaient encore bien inférieures au prix finalement fixé de 38 dollars et où 79 % des personnes consultées estimaient que cette valorisation était démesurée au regard des perspectives de croissance du réseau social.
Tous les professionnels du secteur ont en mémoire Groupon qui a perdu 38 % lors de son introduction et LinkedIn qui, en un an, a pris 133 %.
Tous les professionnels du secteur ont en mémoire Groupon qui a perdu 38 % lors de son introduction et LinkedIn qui, en un an, a pris 133 %.
L'avenir est dans le mobile
« L'Internet social » a certes encore la cote parmi les investisseurs, mais Facebook a vu son chiffre d'affaires chuter de 6,5 % par rapport au dernier trimestre de 2011 pour s'établir à 1,058 milliard pour le premier trimestre 2012.
La quasi-totalité des revenus de Facebook est fondée sur la publicité et cette manne financière semble avoir fait son temps. Le réseau social n'est plus trop du goût des annonceurs, comme le montre General Motors qui souhaite retirer ses encarts des pages du site pour cause de retour sur investissement trop maigre.
Dans les faits, peu de gens cliquent sur les bannières de pub, et nombre d'analystes – hors du simple cercle financier – estiment que Facebook doit rebondir avec un nouveau business model.
La quasi-totalité des revenus de Facebook est fondée sur la publicité et cette manne financière semble avoir fait son temps. Le réseau social n'est plus trop du goût des annonceurs, comme le montre General Motors qui souhaite retirer ses encarts des pages du site pour cause de retour sur investissement trop maigre.
Dans les faits, peu de gens cliquent sur les bannières de pub, et nombre d'analystes – hors du simple cercle financier – estiment que Facebook doit rebondir avec un nouveau business model.
Tout le monde s'accorde à dire que l'avenir est dans le mobile (smartphone ou tablette). Facebook a besoin de développer un moyen de gagner de l'argent à partir du nombre croissant de ses utilisateurs (plus de 50 % selon plusieurs études), qui accèdent au réseau social avec ce genre d'appareils.
Malheureusement, ce virage semble long à prendre et pas si facile à négocier pour qu'il soit rémunérateur, sans compter que l'application mobile a mis un certain temps à voir le jour. Certaines pistes, comme un magasin d'applications payantes ou encore les mises à jour de statut... payantes elles aussi, sont déjà en cours d'exploration.
Malheureusement, ce virage semble long à prendre et pas si facile à négocier pour qu'il soit rémunérateur, sans compter que l'application mobile a mis un certain temps à voir le jour. Certaines pistes, comme un magasin d'applications payantes ou encore les mises à jour de statut... payantes elles aussi, sont déjà en cours d'exploration.

Et Mark Zuckerberg dans tout ça ?
Pour convaincre les investisseurs, un road show a été mis en place et Mark Zuckerberg a même pris part à l'un d'entre eux à New York, vêtu de son traditionnel sweatshirt à capuche. Au-delà de la tenue vestimentaire, ce sont plutôt l'attitude juvénile du PDG, son arrogance et ses caprices (comment la récente décision du PDG de racheter Instagram, prise apparemment sur un coup de tête) qui ont suscité la polémique.
Il est certain que le jeune dirigeant de 28 ans devra désormais compter avec ses actionnaires. Et certaines considérations, qui pouvaient sembler jusqu'ici reléguées au second plan comme la protection des données personnelles, pourraient revenir sur le devant de la scène si ces derniers le décidaient.
Il est certain que le jeune dirigeant de 28 ans devra désormais compter avec ses actionnaires. Et certaines considérations, qui pouvaient sembler jusqu'ici reléguées au second plan comme la protection des données personnelles, pourraient revenir sur le devant de la scène si ces derniers le décidaient.
Zuckerberg va également avoir fort à faire pour maintenir cette culture de start-up si présente aux débuts de l'aventure il y a huit ans. Notamment avec la partie de son équipe qui avait pris part au capital de la société.
Comment motiver le « simple » employé qui se retrouve du jour au lendemain millionnaire et pour qui la valeur travail va désormais prendre un tout autre sens ? Comment éviter une fuite de cerveaux qui, avec un confortable pactole, se diront qu'il est peut-être temps de tenter leur propre aventure ailleurs, ou de prendre un congé sabbatique d'une durée indéterminée ?
Et enfin, si Facebook, comme son dirigeant l'affirme, embauche de nouveaux salariés, comment ces derniers, qui n'auront qu'un « petit » chèque à la fin de chaque mois, réagiront-ils face à la situation des anciens devenus richissimes ?
Comment motiver le « simple » employé qui se retrouve du jour au lendemain millionnaire et pour qui la valeur travail va désormais prendre un tout autre sens ? Comment éviter une fuite de cerveaux qui, avec un confortable pactole, se diront qu'il est peut-être temps de tenter leur propre aventure ailleurs, ou de prendre un congé sabbatique d'une durée indéterminée ?
Et enfin, si Facebook, comme son dirigeant l'affirme, embauche de nouveaux salariés, comment ces derniers, qui n'auront qu'un « petit » chèque à la fin de chaque mois, réagiront-ils face à la situation des anciens devenus richissimes ?
Pour le moment, cette capitalisation boursière va faire une poignée d'heureux : les dirigeants de Facebook, quelques-uns des 3 800 employés. Et d'autres, moins connus, comme Digital Sky Technologies Global, le fonds d'investissement d'un milliardaire russe, Iouri Milner qui s'apprête à empocher 4,6 milliards de dollars, ou encore le fonds Elevation Partner du chanteur Bono qui possède 1,5 % du gâteau. Pour le moment, point de bulle Internet dans ces esprits-là...
Et vous, qu'en pensez-vous ? Facebook vaut-il réellement 104 milliards de dollars ? Donnez-nous votre avis dans le sondage qui suit.
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