Le torchon brûle entre Oracle et le monde du libre
La communauté open source s'inquiète des projets de Larry Ellison
Lorsqu'Oracle a racheté Sun, il y a dix-huit mois, le monde de l'open source a exprimé ses préoccupations quant à l'avenir des projets de Sun. En l'occurrence, le système d'exploitation Opensolaris, la suite bureautique Openoffice, la base de données MySQL et le très répandu langage Java. Oracle avait alors tenté de rassurer les entreprises, en réaffirmant sa volonté d'investir dans ces technologies, mais les développeurs open source ont commencé à déserter les projets de la firme californienne.
Première victime, Opensolaris : en août 2010, Oracle décide d'arrêter son développement et la communauté lance le le projet Illumos pour prendre le relais. En ce qui concerne OpenOffice, Oracle semble plus intéressé par sa version commerciale, Star Office, et travaille sur une édition Saas (Software as a Service), Cloud Office. En septembre, les membres de la fondation OpenOffice.org créent une mouture dérivée, LibreOffice, et se réorganisent sous le nom de The Document Foundation.
Larry Ellison n'a jamais caché que ses motivations pour l'acquisition de Sun étaient essentiellement Java et Solaris. Les anciens fondateurs de MySQL ont créé en octobre la société SkySQL, avec le noyau dur des développeurs d'origine. Le cas de Java est encore plus problématique. La première friction remonte à cet été, lorsqu'Oracle entame une poursuite judiciaire contre Google pour son utilisation de Java dans le système d'exploitation mobile Android. Une décision qui est perçue comme une attaque contre le monde de l'open source.
En octobre, IBM annonce son ralliement au projet OpenJDK, l'intégration de référence d'Oracle et, dans la foulée, son désengagement du projet Harmony, l'implémentation open source de la fondation Apache. Quelques jours après, la firme de Larry Ellison déclare qu'elle ne délivrera pas de licence Java au projet Harmony…
Lors de l'Open World Forum, qui s'est tenu fin septembre à Paris, Gilles Gravier, responsable business développement secteur public chez Oracle, s'est voulu rassurant à ce sujet : “ Nous avons une vision à long terme de l'évolution de Java, avec une augmentation des performances et des améliorations du langage. Ce dernier fait partie des projets stratégiques, ce qui signifie, contrairement à ce qui se passait chez Sun, énormément de ressources. ”
Un éditeur schizophrénique et sans état d'âme
Du côté des développeurs, la méfiance est de mise. Pour Didier Girard, directeur technique du groupe Sfeir, “ Oracle n'a jamais réussi à construire des communautés open source. Cela prend du temps et ne s'achète pas avec des dollars. En qualité de développeur Java, ces mouvements me semblent plutôt hostiles. ”
Sami Jaber, fondateur de DNG Consulting, a un avis encore plus tranché. “ Oracle veut réussir là où Sun a échoué : monétiser Java et les outils open source. Cet éditeur est systématiquement dans une situation schizophrène, qui consiste à vendre de l'open source tout en faisant le forcing sur l'offre payante. L'avenir va donc se jouer sur le rapport vitrine/rentabilité. Si le retour sur investissement est trop faible, Oracle sera sans pitié. Il torpillera les applications open source sans le moindre état d'âme ou les rendra payantes. C'est une société qui ne lâche rien et qui est capable, du jour au lendemain, de réorienter son portefeuille logiciel sans se soucier de l'impact chez ses clients. Le cas d'Oracle Portal en est le meilleur exemple. ”
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Source : Booz & Company

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