“ L'homme qui se prenait pour IBM ”
“ IBM n'était alors pas une entreprise contre laquelle vous étiez en compétition ”
Renaud Bonnet, grand reporter à 01 Informatique
Renaud Bonnet, grand reporter à 01 Informatique
La nostalgie fait des ravages. Le bon vieux temps grouille d'approximations, de maquillages, de complaisance. Larry Ellison, un des seniors de l'industrie, à la tête d'Oracle depuis 1977, trouve de drôles d'accents pour parler du passé. Comme une nostalgie de son adolescence. Suite au rachat de Sun par sa société, il a lâché : “ Nous voulons être IBM. L'IBM de TJ Watson Junior ”. Son modèle, il va donc le chercher quarante, cinquante ans en arrière : TJ Watson Junior, régna de 1952 à 1971 sur Big Blue. La bête était alors surpuissante. Elle créait, contrôlait, était le marché informatique. Pour la plupart d'entre nous, trop jeunes, l'âge d'or des hommes en bleu ne renvoie qu'à un folklore de costumes sombres et d'armoires clignotantes. Ceux qui l'ont vécu trouvent ça moins drôle. IBM dominait outrageusement le marché. 1962, 11 000 ordinateurs vendus dans le monde, 65 % par IBM. 1967, 40 000 ordinateurs vendus, 50 % par IBM. Comme l'a rappelé Larry Ellison : “ IBM n'était alors pas une compagnie contre laquelle vous étiez en compétition, c'était l'environnement dans lequel vous étiez en compétition ”. Autrement dit : il y avait une règle, celle d'IBM, et pour exister sur ce marché, il fallait la suivre. Un modèle pour le futur d'Oracle ? On ne préférerait pas voir la suite de l'épopée d'IBM. En 1969 commence en effet une série de procédures judiciaires pour abus de position dominante et pratiques monopolistiques. Elles dureront jusqu'au milieu des années 80. Les hommes en bleu possèdent une réputation détestable. Le célèbre FUD (Fear, Uncertainty and Doubt), consiste à diffamer plus ou moins ouvertement les concurrents auprès des entreprises tentées d'acheter autre chose que de l'IBM. Ces pratiques, le sentiment de toute-puissance, le manque de sensibilité aux évolutions du marché, conduisent finalement la société tout près de la catastrophe. En 1992, IBM annonce plus de 8 milliards de dollars de pertes, du jamais vu. Larry Ellison, peu connu pour sa modestie, rêve de restaurer le trône du roi IBM. Il oublie qu'entre-temps ont eu lieu quelques révolutions, et que le roi en question a bien failli y perdre sa tête.
r.bonnet@01informatique.fr

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