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En matière de projets informatiques, le fournisseur d'électricité Direct Energie connaît bien les avantages et les inconvénients de toute jeune entreprise positionnée sur un secteur ultraconcurrentiel et très changeant : d'un côté, peu de contraintes pèsent sur l'existant ; de l'autre, les chantiers informatiques doivent être achevés dans des laps de temps records.
C'est exactement ce qui s'est passé pour son projet d'activation de clients. Déployé il y a quelques semaines, le processus en question a requis l'installation d'un socle JavaEE, associé à un moteur d'orchestration de service. Direct Energie est l'un des premiers clients en France à avoir opté pour SOA Suite, l'offre middleware d'Oracle, avant que celui-ci ne rachète BEA.
“ En 2007, lorsque nous avons lancé ce projet, la facturation et la gestion de la relation client étaient encore sous Cegid. Le PGI convenait parfaitement pour les 50 000 clients que nous avions. Mais avec l'ouverture du marché de l'électricité aux particuliers, nous tablions sur plusieurs millions de clients. Il nous fallait un progiciel plus robuste ”, se souvient Emmanuel Decologne, le DSI du fournisseur.
Le choix est arrêté sur SAP. Direct Energie s'attaque alors à un double chantier : migrer vers le PGI allemand tout en déployant l'infrastructure logicielle grâce à laquelle il échangera avec le reste du système d'information. Avec, en ligne de mire, un processus particulier : l'activation client. Aujourd'hui, celle-ci est déclenchée par un flux XML généré par le gestionnaire de réseau (EDF/ERDF), lequel crée un client dans SAP et sollicite des modules Java développés en interne.
Dans un premier temps, l'entreprise a misé sur la plate-forme open source de Mulesource. Un choix qui se mène rapidement à une impasse. Car ce middleware ne dispose pas de connecteurs vers SAP, “ qui expose ses services métier via un protocole propriétaire et les développe en interne sans se préoccuper du client qui va les consommer. Nous voulions donc passer par un outil de médiation pour les exposer sous un protocole standard ”, explique Jean-Pierre Rio, chef de projet middleware.
Le choix se fixe sur SOA Suite, d'Oracle, principalement retenu en raison de connecteurs SAP natifs. Un choix fait par élimination : SAP proposait à l'époque une offre trop fermée, BEA était en pleine phase d'acquisition, IBM n'a même pas été étudié. A noter que l'entreprise disposait déjà d'existants Oracle : les bases de données du PGI et ODI, un ETL issu de l'acquisition de Sunopsis. “ Compte tenu de notre croissance exponentielle, nous n'avions absolument pas le temps de mener un appel d'offres complet et de comparer les différentes propositions du marché de façon pointue, confesse Emmanuel Decologne. Il nous fallait prendre des décisions très vite en restant pragmatiques et efficaces. ”
Des différentes briques de la SOA Suite, le BPM est celle qui a mobilisé le plus d'attention. Car si les déploiements du serveur d'applications d'Oracle et de son ESB (utilisé pour de rares appels synchrones avec SAP) se sont faits dans la foulée, la modélisation des processus a nécessité plusieurs étapes et deux environnements différents. L'un, à destination des métiers, a servi à cartographier les flux. Il a été effectué avec Objecteering, un atelier de génie logiciel UML choisi par l'intégrateur du projet, EasyTeam. L'autre, “ JDeveloper d'Oracle, très technique, nous a permis de modéliser le processus BPEL avec les appels de services associés ”, détaille Luca D'Auria, directeur de projet SOA chez Easy Team. A termes, le modeleur métier sera remplacé par celui d'Aris (revendu par Oracle) qui offre quelques ponts avec JDeveloper.
“ Nous n'étions pas familiers avec la modélisation de processus. Nous avons dû faire de nombreux allers-retours avec les métiers et modifier le processus ”, reconnaît Jean-Pierre Rio. Autre travail délicat auquel Direct Energie a dû se livrer : le design des services, avec leur périmètre. Ceux livrés sur étagère par SAP ne correspondaient pas aux besoins spécifiques de l'entreprise (vérification de compteur ou détection de client déjà existant dans la base…). Certaines Bapi (objets exposés avec le protocole propriétaire de SAP) ont été réécrites pour les mettre en adéquation avec les besoins. “ Nous nous sommes appuyés sur les objets métier de SAP, mais les signatures des services ne correspondent pas forcément exactement à notre métier ”, poursuit-il. Toute la difficulté était là. Car, pris dans l'urgence, Direct Energie n'a pas fait de la réutilisabilité des services une priorité. Elle compte affiner le tir dans le temps.
La plate-forme de services de Direct Energie ne demande qu'à être enrichie avec les modules issus de BEA. L'entreprise s'équipera ainsi de son ESB, Aqualogic Service Bus, supérieur à celui d'Oracle. Elle déploiera aussi le référentiel de service du même éditeur. “ Nous pourrons alors documenter nos services, le rechercher facilement et accéder à leur contrat ”, prédit Emmanuel Decologne. Mais plus important encore, d'ici à 2010, tous les processus automatisables seront orchestrés par le moteur BPEL d'Oracle. Et pour cela, Direct Energie devra associer les métiers avec plus de conviction encore qu'il ne l'a fait avec le processus d'activation client.
Activité : fourniture d'électricité aux entreprises et aux particuliers.
Siège : Paris (75).
Effectif : 180 salariés, dont 50 personnes à la DSI.
CA 2007 : 150 M d'euros.
Problème à résoudre : Orchestrer un processus (l'acquisition client) dans lequel sont sollicités des services web exposés par SAP et par des développements spécifiques réalisés en Java. Et ce via des flux en BPEL.
Solution déployée : SOA Suite d'Oracle comprenant notamment un moteur BPM (BPEL Process Manager), un ESB (om) et un serveur d'application (Application Server).
Difficultés rencontrées : Le passage de la modélisation métier du processus (défini avec l'utilisateur) vers le design du flux BPEL n'a pas été évident.
Quelques difficultés en début de projet dans le paramétrage des connecteurs SAP.
Les coûts : Environ 400 000 euros (hors maintenance). Les licences courent sur trois ans.
Octobre 2007 : Direct Energie fait l'acquisition de SAP.
Mars 2008 : déploiement de SAP (hors facturation et CRM).
Avril 2008 : acquisition de SOA Suite et choix de l'intégrateur (Easy Team).
Mai 2008 : lancement du projet.
Janvier 2009 : déploiement de SAP (sur le périmètre restant) et de SOA Suite.
À venir : enrichir la plate-forme SOA avec l'ESB et le référentiel de services de BEA, et déployer de nouveaux processus.
En tout, le processus d'activation clients sollicite une dizaine de tâches, qui ne sont autres que des services web exposés à la fois par SAP et par les développements Java réalisés en interne. Le processus est déclenché en début de chaîne par le gestionnaire de réseau, ERDF. Cette filiale d'EDF est en charge du développement, de l'exploitation et de la maintenance du réseau d'électricité en permettant à chaque fournisseur d'énergie de livrer ses clients dans les mêmes conditions qu'EDF.
“ On assimile souvent les suites SOA à de la grosse artillerie, car elles sont très lourdes à déployer. Ça n'a pas été le cas pour nous. Sûrement parce que notre projet a d'abord concerné une architecture SOA d'intégration technique de systèmes. Notre plate-forme de service a en effet servi à connecter plusieurs applications entre elles. A termes pourtant, cette architecture d'intégration s'ouvrira plus aux métiers. Un travail d'analyse et de conception réalisé en amont avec les utilisateurs permettra d'identifier des services réutilisables. Ce qui n'a pas été notre priorité lors de cette première implémentation. ”
















