











Mi-février, Quest Software annonçait un CA de 735 M$, soit + 16,5 % sur l'année précédente. D'autres, Symantec, ASG, Attachmante-NetIQ, Microsoft et Oracle renforcent régulièrement leur offre dans ce domaine et dépassent allégrement les 100 M$ de revenus.
La crise ne frappe pas partout pareil. 2009 sera sans doute une annus horribilis pour de nombreux fournisseurs de logiciels, mais l'administration de la fonction informatique sous toutes ses formes, depuis les systèmes jusqu'aux grands cadres d'exécution de type Business Services Management, sera bien moins affectée. Les analystes le répètent en boucle : en période de réduction de budgets, les DSI vont continuer à investir dans des outils capables d'optimiser l'existant, de limiter les besoins de personnel, de prouver l'efficacité du SI. Lors de la conférence Software Universe qui s'est tenue en 2008, Francisco Serafini, le patron Europe du logiciel chez HP, n'a pas cessé de marteler ce simple message : “ Ce que tout le monde appelle une crise, nous préférons l'appeler une opportunité. ”
A cette tendance s'en rajoute une autre : la diversification des fournisseurs. Alors que le marché de l'administration informatique a longtemps été tenu par quatre acteurs historiques (BMC, CA, IBM et HP), de nouveaux entrants voient leur activité croître régulièrement et se chiffrer en centaines de millions de dollars. Une évolution qui témoigne d'un déplacement des problématiques. Il y a quelques années, le souci était de remonter la bonne information des différents composants du SI et de parvenir à gérer des sources fortement hétérogènes : réseau, système, applications… Mais les interfaces d'administration se sont depuis standardisées, les bases de données de gestion des configurations ont vu le jour, Itil a fourni un cadre conceptuel global à l'administration, les environnements à faible hétérogénéité (sans grands systèmes, ni Unix propriétaires) ont pris le pas sur les environnements hypercomplexes dans lesquels règnent les quatre grands. Comme le résume Alexandre Bazzali, consultant expert outils de production chez Vision It Group : “ Désormais, on demande aux produits spécifiques de remplir leur fonction primaire de manière industrialisée et fiable (supervision, inventaire, ordonnancement…) et d'être capables de remonter des métriques, des informations techniques d'inventaire ou des données de gestion. ” Cette nouvelle règle du jeu favorise l'émergence d'acteurs qui voient moins large que leurs prédécesseurs, mais mieux, plus précisément, et facilitent des déploiements plus rapides et légers.
Quest reste perçu comme un spécialiste de l'administration des bases de données, avec des outils comme Toad. Pourtant, avec ses 100 000 clients, et sa course rapide vers le milliard de dollars de revenus, l'éditeur se trouve désormais ancré dans trois domaines, représentant chacun un tiers de ses revenus : administration des bases de données, des applications (Oracle, SAP,.NET et Java), et des environnements Microsoft. Avec les rachats d'Invirtus (conversion de machines virtuelles, 2007), Provision Networks (postes de travail virtuels, 2007) puis de Vizioncore (administration des serveurs virtuels, 2008), Quest a aussi pris pied dans la virtualisation. Mais reste modeste : “ Nous sommes complémentaires des outils Microsoft, et restons tout petits par rapport à eux ”, note Joseph Bours, le directeur général France. “ Nous n'avons pas l'intention de nous présenter comme une console d'administration globale, mais plutôt comme un spécialiste, capable d'intervenir sur certains points clés de l'infrastructure. ” Un spécialiste donc, avec une excellente vue sur certains composants, mais pas forcément la capacité à orchestrer tous les éléments du SI. Pourtant, lorsque Joseph Bours examine les principales sources de croissance de Quest, il répond Foglight, console d'administration maison, un outil dont il avoue que les clients le mettent en concurrence avec ceux des quatre grands…
735 millions de dollars.
Acteur historique de l'administration des bases de données.
Grande expertise sur les environnements Microsoft.
Risque de voir Microsoft les concurrencer de plus en plus.
Pas encore un véritable généraliste de la supervision.
Attachmate, spécialiste de l'accès aux grands systèmes, a racheté en 2006 NetIQ, une étoile montante de l'administration des infrastructures et de la gestion de la sécurité. La stratégie d'alors était simple : face à la stagnation du marché grands systèmes, Attachmate comptait exploiter son riche portefeuille de 65 000 clients pour faire de NetIQ sont relais de croissance.
Aujourd'hui NetIQ compte 12 000 utilisateurs avec une ligne de produits qui couvre administration des infrastructures, contrôle de configurations, gestion de conformité et sécurité. A cela s'ajoute une forte compétence sur les environnements Microsoft complexes, en particulier avec Active Directory.
Mais, surtout, l'éditeur a su se placer sur le marché émergent de l'automatisation des processus informatiques (IT Process Automation, ou IT PA). Un secteur où le cabinet Forrester le place en position clé, grâce à son logiciel Aegis : “ L'IT PA, c'est la glu entre les différents silos du SI. De façon simplifiée, Itil dit ce qu'il faut faire : nos logiciels expriment comment le faire et comment relier les différents silos entre eux ”, résume Burghard Hugues, directeur commercial et marketing d'Attachmate-NetIQ. Aegis associe un moteur d'orchestration, un modeleur de processus et de nombreux outils d'intégration avec l'existant pour remonter l'information et agir sur les différents composants. L'éditeur occupe donc une position intermédiaire, entre automatisation des processus et BSM. Mais la concurrence se fait plus mordante avec Opalys (que CA a failli racheter l'année dernière), HP (qui a acquis Opsware) et BMC Realops.
400 M$ pour Attachmate-NetIQ, moins de la moitié pour NetIQ (estimation).
Un des rares acteurs reconnus de l'automatisation des processus IT.
Forte culture sécurité et conformité.
Manque de notoriété.
En pointe sur un marché où les 4 grands sont en train de réagir vite.
100 : tel est le nombre de grands comptes que Microsoft revendique avoir séduits en France avec System Center Operation Manager, une solution d'administration capable d'accomplir des fonctions de BSM. “ Le succès de ce produit lancé en 2000 a dépassé nos prévisions ”, affirme Geneviève Koehler, chef produit System Center chez Microsoft. Même si la ligne de produits System Center a pour vocation première la surveillance technique du système d'information, Operation Center sait, au travers d'un assistant graphique similaire à Microsoft Visio, générer des tableaux de bord pour mesurer les performances liées aux métiers et, par essence, ceux de la DSI. Face aux grandes solutions de BSM, le produit de Microsoft ne dispose pas d'une CMDB autonome, mais présente surtout l'avantage de constituer une extension naturelle de Windows. “ Nous avons pour nous, à la fois l'ergonomie éprouvée de nos outils, mais aussi la cohérence maximale avec un écosystème largement déployé, puisque Operation Manager s'accompagne de packs optionnels dédiés à la métrique de nos socles applicatifs, comme Exchange ou SQL ”, explique Geneviève Koehler. Aussi, en juin prochain, le produit étendra sa gestion aux serveurs Linux, Solaris et AIX. Il faudra attendre 2010 pour que l'offre se complète d'un suivi des demandes utilisateurs.
60,42 Md$. Part de l'administration inconnue.
Solution la mieux placée pour surveiller les métriques des serveurs Microsoft.
Vaste bibliothèque de bonnes pratiques incluse.
Ne couvre pas encore tous les besoins des processus Itil.
Gestion des systèmes Unix et Linux pas encore validée.
C'est depuis le rachat en avril 2007 d'Altiris que Symantec se positionne sur la mutualisation des métriques du centre de données. En vedette, la CMDB d'Altiris et ses tableaux de bord orientés service, déjà éprouvés sur le déploiement fonctionnel, la remontée d'incidents, le coût des pannes et le suivi des flux utilisateurs, communiquent avec les solutions historiques de l'éditeur. Vincent Videlaine, directeur avant vente des alliances stratégiques chez Symantec, le reconnaît : le succès de cette solution est porté par les logiciels de stockage, de gestion des clusters et, surtout, de sécurité, activité historique de Symantec. “ Notre différence par rapport aux autres solutions de BSM est de mettre l'accent sur la gestion du risque, sur les fonctions spécifiques de l'accès aux données par les processus. Ce sont les domaines que les entreprises jugent les plus critiques pour leur système d'information ”, revendique-t-il. Point particulier : la faculté de la solution à détecter si une modification des ressources altérera un service. Reste que la solution est en devenir : si le déclenchement de procédures automatiques selon les remontées des utilisateurs ne date que de juin dernier, il reste à fédérer les interfaces graphiques de plusieurs outils multiplates-formes, notamment ceux de Veritas.
5,937 Md$. Part de l'administration inconnue.
La sécurité de l'accès aux données.
La connexion des outils àOpenview. de HP la CMDB
Catalogue pas encore entièrement intégré.
Connexion à Microsoft SMS 2003, mais pas à System Center 2007.
Oracle n'affiche pas vraiment ses ambitions dans le monde de l'administration. Pourtant, l'éditeur a amplement étoffé sa gamme Enterprise Manager. Néanmoins, il reste très proche de ses fondamentaux : la supervision et l'exploitation d'applications packagées et des middlewares associés. En clair, l'éditeur ne s'aventure pas dans les couches d'infrastructure même s'il propose des connecteurs vers Microsoft Operations Manager et des plug in vers les systèmes d'exploitation (Windows, Linux, Unix). Ses rachats depuis un an et demi ont porté sur la supervision des applications et des middlewares : Moniforce (mesure des temps de réponse des applications depuis le poste utilisateur), Auptyma (performance des applications Java) et dernièrement Clear-App (supervision des applications SOA).
Ces solutions complètent son offre d'administration des bases de données. Dernièrement, l'éditeur a racheté la technologie de mValent qui assure le déploiement automatique et la gestion des configurations des applications. Une façon pour Oracle de jeter un pont entre ses logiciels d'administration et ses outils de développement, également inclus dans la gamme Enterprise Manager, et de concrétiser son approche “ cycle de vie des applications ”.
22,4 Md$. Part de l'administration inconnue.
Une gamme complète de supervision des applications, des middlewares et des bases de données.
Pas d'offre dédiée à l'infrastructure.
Administre surtout ses propres applications.
“ En 2008, les ventes de notre logiciel Becubic ont décollé ”, se félicite Gilbert Amar, vice-président Europe du Sud de ASG (Allen Systems Group). Sur la région dont il a la responsabilité, quinze clients se sont équipés de ce logiciel d'inventaire des composants techniques et fonctionnels des applications (hérité du rachat de Soamaï en 2004). C'est l'une des briques indispensables à la mise en place d'une supervision des processus métier (BSM) vers laquelle tend ASG depuis le lancement de sa plate-forme BSP début 2007. Grâce aux nombreux rachats opérés ces dernières années, l'éditeur privé américain s'est armé pour le BSM, avec notamment une metaCMDB, basée sur le référentiel Rochade (achat de Viasoft en 2000). ASG estime ainsi être en mesure de rivaliser avec les géants de l'administration sur le terrain du BSM. Il partage aussi avec trois d'entre eux un important historique mainframe. Cet environnement représente encore la moitié de ses ventes de licences. Pour autant, ASG se montre prudent et se diversifie dans la gestion de contenu. Après avoir mis la main sur Cypress en 2005, il a acquis Mobius en 2007, principal responsable de la croissance de 60 % du chiffre d'affaires l'an dernier.
Près de 400 M$.
Approche packagée du BSM avec des tableaux de bord prêts à l'emploi.
Souplesse de gestion d'une société privée.
Faiblesse des moyens financiers, comparés au “ Big 4 ”.
Marque peu connue.
Il y a quatre ans, EMC ne détenait que des solutions d'administration des systèmes de stockage. L'éditeur s'est émancipé en rachetant, début 2005, Smarts une solution d'analyse des performances réseau dont il tire à ce jour une bonne part de ses revenus dans l'administration. Si la notoriété de Smarts provient de la supervision des réseaux IP et dérivés, sa technologie est aussi exploitée par EMC dans d'autres domaines : SAN bien sûr, mais aussi supervision des serveurs physiques et virtuels.
L'offre de l'éditeur qui vise à la “ gestion globale des ressources du centre de données ” s'est enrichie au gré des rachats : inventaire automatique des serveurs et des applications, avec nLayers (devenu Smarts Application Discovery Manager), et gestion des configurations des matériels réseau (Voyence). En 2008, EMC s'est emparé d'une solution de service desk (EMC Infra) qui lui permet de se positionner au niveau des processus de production : CMDB fédérée, gestion des incidents, gestion des changements etc. A l'automne, il a également lancé une plate-forme de gestion des configurations et de déploiement automatique des serveurs (Server Configuration Manager), fabriquée maison cette fois. Sans oublier les solutions réparties au sein des divisions VMware (virtualisation) et RSA (sécurité).
13 Md$, administration
516 M$ en 2007, selon une estimation Forrester.
Bonne couverture des différents domaines de l'infrastructure.
Pas d'offre dans les applications et les bases de données.
Stratégie peu affirmée.
CA Revenus(*) : 2 140 M$. Critiqué pour son catalogue pléthorique, il a entamé il y a trois ans une rationalisation de son offre et intègre peu à peu ses solutions stratégiques autour de la plate-forme unifiée EITM. Mais la gamme Unicenter reste l'atout de l'offre de CA qui tire toujours une forte partie de ses revenus des grands systèmes (56 % environ).
BMC Revenus(*) : 1 615 M$. L'éditeur a créé le concept de BSM (Business Service Management) qui donne à l'informatique technique l'orientation métier. Le rachat de l'outil de gestion de parcs Remedy (2002) a été un relais de croissance alors qu'il commençait à stagner. La gestion des mainframes représente encore 34 % de ses revenus.
IBM Revenus(*) : 1 533 M$. Ses logiciels dédiés à l'administration de réseaux, de systèmes et d'applications sont regroupés au sein de Tivoli. La force d'IBM réside dans l'étendue de son catalogue qui suit le cycle de vie des applications. Et il peut compter sur son importante base installée de mainframes.
HP Revenus(*) : 1 402 M$. Le constructeur a depuis trois ans largement renforcé une entité logicielle autrefois moribonde. HP a avalé successivement Peregrine (service desk), Mercury (supervision et CMDB) et Ospware (déploiement automatique). Ces rachats lui ont permis d'étendre sa gamme Openview.
(*) Estimations du Cabinet Forrester Research (revenus 2007 dans l'administration).
Pourquoi cette émergence d'acteurs de second plan ?
“ Depuis trois ans, les DSI de 75 % des grandes entreprises, en devenant centres de service, peuvent fournir des tableaux de bord aux autres directions mais ne savent pas produire des métriques pour leur propre activité. La demande s'est donc tournée vers les spécialistes de l'infrastructure. Leur progression en flèche sur le marché du BSM s'explique par le fait qu'ils sont en phase de démarrage. ”
Ces acteurs vont-ils passer au premier plan ?
“ C'est peu probable. D'une part parce que les centres de données tendent à se diviser géographiquement, ce qui les rend complexes. Or, les acteurs de l'infrastructure, s'ils savent monter d'un niveau pour apporter un point d'administration global, ne sont pas compétents pour prendre à leur charge des infrastructures qui ne sont pas les leurs lorsque leur complexité augmente. D'autre part, les grands acteurs de la BSM tendent à standardiser leurs CMDB, alors que certains acteurs de second plan n'ont même pas encore appris à en utiliser une. ”
Le fournisseur - Patrick Redouté (Compuware) : “ privilégier la qualité de service ”
“ Il ne s'agit pas tellement pour les nouveaux entrants de proposer les mêmes fonctions que celles des quatre acteurs historiques, mais d'adresser des enjeux plus modernes. On pense surtout à la mesure de la stabilité et de la fiabilité du SI face aux utilisateurs, voire face aux clients de l'entreprise. Cette nécessité de qualité de service ressentie en bout de chaîne devient de plus en plus critique. Les entreprises ont d'ailleurs intérêt à traiter en priorité le maintien de la qualité plutôt que le nombre de fonctions administrables sur l'infrastructure. Cela permettra d'affecter les moyens techniques et financiers aux endroits où ils seront le plus souvent nécessaires. La gestion de problématiques plus ponctuelles pourra quant à elle être sous-traitée par des prestataires de service, occasionnellement. ”
L'integrateur - Gilles Castéran (Arismore) : “ de nouveaux entrants pour plus de fonctions ”
“ Les solutions de IBM, HP, CA et BMC ne font finalement qu'optimiser l'utilisation des composants technologiques selon des métiers en bout de chaîne. Or, idéalement, il faudrait aussi gérer la qualité et le cycle de vie des services rendus par l'infrastructure. Nous observons par exemple que l'utilisation de la CMDB et que le respect des processus Itil ne sortent jamais du giron des services informatiques, alors que les tableaux de bord et que les règles de fonctionnement pourraient bénéficier à d'autres directions, voire servir à promouvoir en interne l'efficacité du SI. Sur ce sujet, ASG et Compuware ont des approches innovantes, l'un avec une CMDB capable de s'interfacer avec des produits tiers et l'autre en mettant l'accent sur l'expérience utilisateur. Cela me conforte dans l'idée qu'il y a un vrai marché pour de nouveaux entrants. ”
