La sécurité a pris du galon en 2008
Les directions informatiques européennes et américaines ont accordé beaucoup plus de place aux solutions de protection dans leur budget. A commencer par celles concernant les données.
01 Informatique
le 22/01/2009 à 00h00
Les faits
Forrester a publié fin décembre une étude sur l'état des investissements en matière de sécurité informatique en 2008, ainsi que des prévisions pour 2009. 942 entreprises ont été interrogées en Amérique du Nord et en Europe (France, Allemagne et Angleterre).
L'analyse
L'année 2008 aura été mondialement l'année de la sécurité pour les directions informatiques. Selon Forrester, la part du budget IT allouée aux démarches de protection (outils, audits…) est passée de 7,2 % en 2007 à 11,7 % en 2008. Une hausse plutôt considérable, mais pas surprenante si on considère le contexte économique sur lequel repose l'étude. En effet, l'année 2008 a démarré sous les couleurs de l'affaire Jérôme Kerviel, avec comme première conséquence un durcissement des réglementations autour du secteur bancaire, mais aussi une prise de conscience par le secteur de l'industrie de certains enjeux sécuritaires, notamment en matière de propriété intellectuelle.
“ La dématérialisation des flux monétiques sur IP a imposé la mise en place de verrous de protection supplémentaires sujets à audit ”, ajoute Samuel Dralet, responsable technique chez Atlab, le pôle audit d'Athéos. “ J'ai pu observer une hausse de la demande de deux façons : mes consultants en sécurité se sont fait débaucher et mes contrats de tests d'intrusions ont doublé ”, confirme Edouard Jeanson, directeur général de Sogeti. Au box-office des préoccupations, on retrouve en tête la protection des données, considérée par 68 % des entreprises interrogées comme “ très importante ”. Pour Edouard Jeanson, “ la fuite de données s'explique de deux façons : la miniaturisation des supports et la baisse du prix du giga octet. Les données sont en effet amenées à être plus facilement baladées et à être ainsi plus exposées au vol ou aux pertes ”.
Des cultures de la protection différentes selon les pays
RSSI, intégrateurs et consultants français s'accordent à dire qu'il est cependant risqué de lisser les résultats de cette étude : les préoccupations diffèrent selon les secteurs d'activité et les réglementations et contextes juridiques ne sont pas les mêmes dans tous les pays. Par exemple, si l'Angleterre investit beaucoup plus que la France dans les solutions de protection contre la fuite de données (DLP), c'est qu'au pays d'Albion, tout incident touchant à l'égarement d'informations confidentielles doit être déclaré et même médiatisé. “ Il y a également une question de culture, précise Eric Doyen, RSSI du Crédit Immobilier de France. En France, nous sommes très en retard par rapport à nos voisins d'outre-Manche sur les projets de classification des actifs, et donc de définition des zones sensibles à protéger. ”
L'étude s'arrête à la fin du troisième trimestre 2008, et la crise est entre-temps venue remettre en question certaines estimations. Le cabinet d'études Forrester avait prévu qu'en 2009 la part de la sécurité grimperait à 12,6 % du budget informatique. Une nouvelle étude de ce cabinet, publiée le 13 janvier dernier, annonçait une baisse de 8 % des achats dans le secteur des nouvelles technologies en France. Pour Eric Doyen, “ même si la sécurité bénéficie d'un meilleur arbitrage, il est à craindre qu'elle subisse l'impact de la crise en 2009 ”.