











Il existe autant d'acteurs que de modèles pour le poste de travail virtuel : chez IBM, une machine virtuelle Ubuntu sur un serveur avec hyperviseur KVM ; pour VMware, un hyperviseur par PC et des environnements étanches à la demande, pour Ultéo, un OS en ligne et un bureau Java pour l'intranet.
Après les serveurs, c'est au tour des postes de travail de passer en mode virtualisation. Conscients de l'aubaine, les fournisseurs se précipitent : VMware, HP, Microsoft, Symantec, Red Hat, Citrix, IBM, une foultitude de petits et moyens acteurs. Mais de quels modèles de virtualisation parle-t-on ? Sur les serveurs, ils sont relativement stabilisés. Sur le poste client, l'imagination voire une certaine cacophonie prédominent. Pourtant la demande s'affirme. Vista provoquant la défiance, les entreprises cherchent à faire évoluer autrement leurs postes de travail. La crise économique incite également à la rationalisation, promesse de réduction des coûts de maintenance et de conservation des matériels. Mais les problématiques de sécurité poussent-elles à la recherche d'une réponse centralisée, plus contrôlable ? Les solutions sont confuses.
Tout le monde s'accorde pourtant sur le principe de base : mettre un poste de travail, avec système d'exploitation et applications, dans une bulle logique, un conteneur, à la fois mobile et centralement administré, et faire accéder l'utilisateur à cette bulle en préservant un maximum d'indépendance à l'égard du terminal. “ Le PC est monolithique, avec des couches étroitement liées : machine, système d'exploitation, données, applications, utilisateur. Dans le modèle émergent, données et applications sont liées à l'utilisateur, pas à sa machine ”, explique Carole Manueli, responsable marketing chez VMware. La mise en œuvre prend plusieurs formes : depuis les traditionnels serveurs de sessions (la compétence historique de Citrix) jusqu'aux systèmes d'exploitation sur le web, leur forme moderne, en passant par la virtualisation de systèmes d'exploitation complets et par celle des applications.
Le modèle le plus fréquent reste l'exécution centralisée sur serveur d'un système d'exploitation virtuel auquel on accède par un protocole d'affichage distant sur les postes clients. Agréger plusieurs environnements virtuels sur quelques machines physiques économise du matériel. Le poste client n'a plus besoin d'avoir des performances élevées : il affiche l'environnement mais ne l'exécute pas. Selon Philippe Bournhonesque, directeur de la stratégie logicielle chez IBM, “ la virtualisation des postes de travail chez 600 clients américains aiderait, par exemple, à économiser 3,5 milliards de dollars sur trois ans grâce à l'utilisation des clients légers moins gourmands en électricité ou des PC incapables de faire tourner Vista ”. La maintenance se résume à la mise à jour des images virtuelles. Il suffit d'en configurer une par catégorie d'utilisateurs et de la dupliquer. Les outils d'administration de serveurs virtuels manipulent aussi bien des images système bureautiques. “ La nécessité de réaliser des cartographies applicatives et d'identifier les flux réseau pour établir la liste des machines candidates à la virtualisation est la même dans les deux cas. Il y a une globalisation des méthodes ”, apprécie Mikaël Tissandier, consultant chez ITS Group. Mike Ferris, directeur de la stratégie produit chez Red Hat, parle de “ standardisation du centre de données virtualisé ”. Les techniques de bureau distant ont aussi mûri. Pour Denis Gallon, directeur commercial chez Nec, “ la virtualisation apporte un vrai gain par rapport au déport de sessions Windows, de type Terminal Server ou Citrix. Désormais, on calibre la puissance de chaque poste sur le serveur pour garantir aux utilisateurs un environnement aussi performant qu'un PC ”. Ce qui ouvre à la virtualisation de tout type d'applications, alors que les déploiements précédents se limitaient aux centres d'appels ou à la formation.
Alban Castaldi, consultant chez Logica, modère cet enthousiasme : “ Dédier une machine virtuelle à chaque utilisateur ne résout pas tout. Les protocoles de déport d'affichage n'ont pas évolué depuis Terminal Server et prohibent certaines utilisations comme la CAO. ” Conscients du problème, les fournisseurs travaillent à de nouveaux protocoles de déport. Une autre piste consiste à virtualiser les postes sans déporter l'affichage. Dans ce mode, dit déconnecté, l'image virtuelle du poste est stockée et administrée sur le serveur mais se télécharge sur le poste client pour y être exécutée.
Outre bénéficier de la pleine puissance en local, fonctionner sans connexion réseau et disposer d'un environnement professionnel dans un conteneur insensible à la contamination virale par l'environnement hôte, “ cette solution évite d'avoir à investir dans des serveurs dont la puissance doit être proportionnelle au nombre de postes ”, analyse Harold Coudeyras, fondateur de Algos Network. Problème actuel : les solutions VMware ou Citrix ne sauront synchroniser la copie locale de l'environnement et celle restée sur le serveur qu'en 2009 (au mieux).
Guillaume Le Tyrant, directeur marketing de Citrix, croit pour sa part en la virtualisation des seules applications : “ En les plaçant dans un conteneur qui les exécute sur n'importe quelle version du système d'exploitation hôte, pour une utilisation distante ou locale, on réduit la quantité d'informations à déplacer entre le poste client et le serveur, tout en laissant l'utilisateur libre de personnaliser son environnement de travail. ” “ Cela résout les conflits applicatifs qui coûtent une fortune en administration ”, rappelle Ken Beryman, vice-président chargé de la virtualisation des clients chez Symantec. Thinapp de VMware, Xenapp de Citrix et ZAV de Novell remplissent déjà cette fonction, mais il ne s'agit que d'une virtualisation partielle, complémentaire d'autres modèles.
Et si tous ces projets faisaient fausse route ? Benjamin Mestrallet, PDG d'Exo Platform, penche pour le mode Saas et le cloud computing : “ Les solutions de virtualisation de matériel, trop complexes à maintenir et à financer, ne sont pas adaptées au mode hébergé. La virtualisation du poste de travail ne fonctionne bien que pour les entreprises qui ont conçu leurs applications sur le modèle du back office. ” Avec le modèle du système d'exploitation sur le web (Web OS), on retombe sur le vieux principe de la session utilisateur affranchi des problèmes de performances grâce à la capacité de montée en charge des environnements d'hébergement Saas. Philippe Bournhonesque en convient : “ La virtualisation du poste de travail va dans le sens du Saas. En revanche, ce dernier fonctionne avec des clients web, lesquels n'offrent pas encore autant de fonctions qu'un environnement complet virtualisé. ” Gaël Duval, fondateur d'Ulteo, le confirme : Ajax n'autorise pas l'utilisation des fonctions complexes sur le poste, telle la visioconférence. Mais il suffit d'utiliser une technologie cliente alternative. Microsoft, avec Silverlight, Adobe, avec Flex, Google, avec Native Client, et Sun, avec JavaFX, sont sur les rangs. Gaël Duval estime ces projets trop avant-gardistes. Il milite pour une solution mature : son offre Open Virtual Desktop s'accompagne d'un client en Java. La démarche ne manque pas d'ironie : la mission initiale de Java était justement de standardiser l'exécution d'applications de manière virtuelle sur le poste de travail.
Tout l'environnement applicatif est stocké et exécuté sur un serveur (1). Il produit une session pour chaque utilisateur dont seul l'affichage est déporté vers le poste client (2). Principe historique du Terminal Server de Microsoft, se modèle se décline aujourd'hui pour les environnements Saas avec des sessions clientes affichées dans un navigateur web. Les offres sont signées Exo Platform, Ulteo Open Virtual Desktop ou encore Neocoretech Desktop Virtualization.
Chaque poste de travail (le système et les applications) est converti en une image virtuelle stockée sur le serveur (3). Celle-ci est soit exécutée par le serveur en déportant son affichage vers le poste client (4), soit téléchargée puis exécutée directement sur le poste client s'il travaille en mode déconnecté ou si l'application nécessite de la puissance en local (5). IBM Virtual Desktop, Citrix Xendesktop, VMware VDI, Microsoft VDIworks et Sun VDI constituent les principales offres.
Les applications sont empaquetées avec leurs bibliothèques pour fonctionner sans installation (6). Elles sont soit intégrées à la demande dans des machines virtuelles dont l'affichage est déporté sur le poste (7), ou encore directement téléchargées sur le poste (8), ce qui permet de ne pas modifier l'environnement de ce dernier. Parmi les offres, on trouvera VMware Thinapp, Microsoft App-V, Citrix Xenapp ou encore Novell ZAV.
Pour optimiser les échanges entre poste client et système d'exploitation virtualisé sur serveur, de nombreux fournisseurs mettent au point de nouveaux protocoles. A terme, le marché espère voir émerger un protocole générique sous l'acronyme PCoIP (PC over IP).
Apollo 3D, de Citrix, exploitera l'accélération graphique en DirectX et OpenGL native sur le poste client, afin de déporter aussi les applications de CAO.
Calista, de Microsoft, compressera l'affichage à l'aide d'un composant graphique virtuel du côté client qui saura exploiter une éventuelle accélération matérielle.
Terra Image Engine, de Teradici et VMware, sera capable de compresser et de chiffrer les flux d'affichage et de données depuis et vers le poste client.
Spice, de Red Hat, compressera l'affichage de l'environnement vers le poste et synchronisera son rafraîchissement avec les temps de calcul de l'hyperviseur KVM.
La DSI - Maryvonne Cronier (Cnam) : “ avoir un hyperviseur sur chaque poste ”
“ L'idéal serait que les postes disposent d'un hyperviseur qui puisse exécuter indifféremment Linux ou Windows. Ainsi il deviendrait possible d'adapter les environnements de travail aux besoins. Sur 80 000 postes, 60 000 accèdent à des applications en ligne depuis un navigateur, et n'ont pas besoin de Windows. J'uniformiserais donc mon parc au-dessus de cet hyperviseur avec une image machine unique, mais n'accéderaient à Windows que ceux qui en ont besoin, de moins en moins nombreux, et qui seraient les seuls pour lesquels on payerait des licences. Ce type de solution existe sur les serveurs, mais reste inabordable sur les postes de travail. ”
L'intégrateur - Jean-Philippe Cuenot (SCC) : “ la virtualisation déplace les contraintes ”
“ La transposition en l'état d'un poste utilisateur en poste virtuel ne soulage pas suffisamment les DSI des difficultés qu'elles cherchent à résoudre ! Si l'on opte pour un modèle Saas, la mise au point d'un nouveau socle applicatif n'accélère pas la simplification du poste de travail. De plus, la centralisation des ressources informatiques nécessite une attention particulière à la sécurisation et à la disponibilité de l'ensemble. Après, il faut encore catégoriser le comportement de l'utilisateur face à son poste, en fonction des métiers. Enfin, certains environnements très graphiques ne se prêtent guère à la virtualisation. ”
La SSII - Yves Tapia (Sogeti) : “ l'utilisateur ne doit pas avoir un poste au rabais ”
“ Il existe un problème de promotion du bureau virtuel auprès de l'utilisateur. Aujourd'hui une entreprise sait valoriser un poste fixe ou un portable en fonction de critères comme le design, les services associés, la puissance du processeur, ou l'espace disque ? Les choses sont beaucoup moins simples pour un poste virtuel. L'utilisateur à qui on présente ce choix comme permettant de réaliser des économies peut estimer avoir un outil de travail au rabais. Il en découle une potentielle perte de productivité, qui a elle aussi un coût. La solution est non pas d'avoir une stratégie de poste de travail virtuel, mais de standardiser l'environnement de travail. ”
