La reprise d'entreprise, un levier anticrise

Pascal Houillon, auteur d'un blog consacré à la reprise d'entreprise. Il est également président de l'éditeur Sage en France.
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La crise financière touche de plein fouet les PME. Fragilisées, celles-ci peinent à obtenir des prêts auprès des établissements financiers. Mais à quelque chose malheur est bon. Le contexte actuel devrait, en effet, remettre la reprise d'entreprise sur le devant de la scène. Boudée par les pouvoirs publics qui l'envisagent avant tout comme un problème, cette pratique constitue pourtant une opportunité pour développer les sociétés en France et favoriser l'innovation. La reprise d'entreprise offre un double avantage : d'une part, elle bénéficie d'un existant qui a fait sa réussite et, d'autre part, elle reçoit l'apport d'un repreneur ou d'une autre entreprise qui va lui donner une nouvelle impulsion. Des atouts non négligeables dans une économie en quête de confiance. La fenêtre de tir est d'autant plus importante que l'effet démographique du papy-boom joue à plein. Oséo estime que 600 000 entreprises changeront de main dans les dix ans à venir.

Favoriser l'émergence de PME de taille moyenne

L'informatique est concernée en premier chef. Bien qu'encore jeune puisqu'à peine trentenaire, le secteur est plus touché par le départ massif des départs à la retraite de ses dirigeants que d'autres. La maturité et l'industrialisation des métiers de l'informatique poussent par ailleurs à la consolidation du marché des services (SSII). La grande majorité des entreprises reprises sont de petite taille, avec un chiffre d'affaires n'excédant pas 7,5 millions d'euros selon Syntec Informatique. La reprise peut favoriser l'émergence de PME de taille moyenne dont manque notre économie, comparée à celle de nos voisins européens.

L'occasion d'acquérir une nouvelle dimension

De la réussite de ces opérations dans la durée, c'est-à-dire en termes d'intégration des hommes et des femmes, mais aussi des offres, dépend la capacité du secteur à apporter davantage de valeur ajoutée. Pour une PME, la reprise est l'occasion de se structurer, de compléter son offre, et donc de changer de dimension. Le nouveau dirigeant apporte un regard neuf ; ses choix aideront l'entreprise à croître, et pas seulement à perdurer. L'essentiel se joue dans les premiers mois, qui sont extrêmement denses : connaître la structure, ses salariés et son écosystème, analyser les processus et faire des choix stratégiques (investissements, productivité, nouveaux marchés). Commence un véritable marathon. Le nouveau dirigeant est le déclencheur, celui qui va lever les anciennes inhibitions et innover dans les méthodes, l'organisation, et l'offre produit. Car il entre dans l'entreprise avec une nouvelle vision et n'est pas contraint par un historique parfois sclérosant.

Accompagner le repreneur après la transmission

Après avoir mené une trentaine d'acquisitions dans le cadre du développement des activités de Sage en France et en Europe, je suis convaincu que les expériences individuelles doivent se croiser pour favoriser la réussite durable des reprises d'entreprise. Car il existe bien un manque, dont m'ont fait part les entrepreneurs venus échanger sur mon blog dédié à la reprise d'entreprise (www.pascalhouillon.com). Si le repreneur est bien accompagné lors de la phase transactionnelle, il se retrouve vite isolé une fois aux commandes. Faute d'accompagnement suffisant, 30 % des transmissions échouent avant cinq ans. Bien que seul décideur, le repreneur a besoin d'échanger, en particulier avec ses pairs. C'est à cette condition qu'il pourra initier les réformes nécessaires à la croissance de l'entreprise. Et qui mieux qu'un entrepreneur pour accompagner un autre entrepreneur ?

Telle est la mission de l'Institut Sage, que j'ai créé en septembre dernier. Lieu d'études et de conseils, cette entité est également un réseau social destiné aux entrepreneurs et aux dirigeants d'entreprise dans l'exercice de leur fonction. Elle favorise les échanges d'informations et de bonnes pratiques sur le web et lors de rencontres à Paris et en région. Cet institut, dont l'objectif premier est la réussite des reprises d'entreprise dans la durée, abordera bientôt d'autres thématiques, car je souhaite qu'il contribue au développement des entreprises françaises.

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