











Mi-novembre, l'Afdel (Association française des éditeurs de logiciels) a tenu son assemblée générale en présence du secrétaire d'Etat Eric Besson. Quelques jours plus tard, Syntec Informatique rendait public un rapport, rédigé avec huit autres associations, qu'il a remis à Viviane Reding, commissaire à Bruxelles.
“ Aidez-nous à recruter ! ” Les éditeurs profitent du récent intérêt que leur manifestent les pouvoirs publics pour demander un coup de pouce. Premier objectif : combler les postes non fournis. Syntec Informatique les évalue à 75 000 pour l'industrie logicielle européenne, qui emploie déjà 207 000 personnes. La pénurie touche tous les éditeurs, y compris les plus gros. Ainsi, chez Cegid, numéro un des Français sur le marché national, 10 % des postes resteraient à pourvoir.
Le secteur logiciel souffre de la désaffection des étudiants pour les filières scientifiques. Une des façons d'y répondre à moyen terme est d'aller piocher des ressources dans les nouveaux Etats membres de l'Union européenne. C'est l'une des neuf préconisations de Syntec Informatique, qui veut éviter que ces profils techniques aillent nourrir l'industrie logicielle américaine. Mais la solution sur le long terme nécessite, d'une part, de redorer le blason des études scientifiques et, d'autre part, de revaloriser le métier d'éditeur. “ C'est très bien d'alerter sur le manque d'ingénieurs, mais il ne faut pas laisser penser que l'édition de logiciels se résume à du codage ”, prévient Patrick Bertrand, président de l'Afdel et directeur général de Cegid.
Même avec des bataillons d'ingénieurs recrutés à l'Est, il manquerait toujours des profils qui connaissent le métier des clients, des responsables produits et marketing, des juristes spécialisés dans la propriété intellectuelle, des financiers qui sachent mener des levées de fonds tous les deux ou trois ans… “ Le déficit de compétences n'est pas forcément technique mais concerne l'ensemble de la chaîne de fabrication et de commercialisation ”, confirme Michel Jardat, directeur des alliances et de la stratégie de Generix et participant aux travaux de Syntec Informatique. Pour répondre à ces défis, l'Afdel voudrait compléter les formations initiales (écoles d'ingénieur, université ou écoles de commerce) par une période de professionnalisation effectuée chez un éditeur. Soit pendant le stage d'étude, soit après la remise du diplôme.
La méconnaissance du métier d'éditeur affecte aussi le financement. Syntec Informatique souhaiterait que les législateurs raisonnent en termes d'innovation, concept plus large que la R&D. A partir de là, les critères d'attribution des crédits d'impôt recherche pourraient être élargis. Autre idée : réserver une partie du fonds d'investissement européen au logiciel, très gourmand en capital et dont les bilans ne seraient pas toujours bien décryptés par les investisseurs.
86 M d'euros, c'est la taille du marché européen du logiciel, soit 36 % du marché mondial.
18 000 éditeurs de logiciels en Europe (3 000 en France), dont une majorité compte moins de 15 personnes et réalise moins de 1 M d'euros de chiffre d'affaires.
100 000 euros, c'est le chiffre d'affaires annuel moyen généré par chaque employé travaillant chez un éditeur.
Le rapport rédigé par Syntec Informatique et huit organisations sœurs préconise de :
1. Créer un réseau européen d'expertise en logiciel, structure informelle favorisant les échanges.
2. Améliorer l'image et la connaissance des métiers du logiciel.
3. Attirer des étudiants des nouveaux Etats membres de l'Union européenne.
4. Définir ce qu'est une entreprise innovante en allant au-delà de la seule R&D.
5. Définir des politiques avec des objectifs et des principes directeurs ambitieux.
6. Régler le problème du piratage des logiciels.
7. Promouvoir des mécanismes de financement public-privé.
8. Créer un fonds européen du logiciel.
9. Adapter les mécanismes de financement de la R&D.
